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Le Swaziland, terrain miné pour les ONG

Le Swaziland, royaume confiné entre l’Afrique du Sud et le Mozambique, se montre de moins en moins complaisant vis-à-vis des ONG et des diplomates présents sur le territoire. Dans un environnement tout sauf démocratique et plutôt hostile à la liberté d'expression, le roi Mswati III dirige son pays d'une main de fer et garde un œil rivé en permanence sur les agissements des acteurs internationaux qui s'y trouvent.

Le 12 avril 2011, date du 38e anniversaire du décret du roi Sobhuza II pour l’instauration de l’état d’urgence et l’interdiction des partis politiques, une manifestation de grande ampleur s'est tenue contre le règne sans partage du dernier roi du continent noir. Les nombreuses arrestations et la violente répression opérées par les forces de l’ordre n’ont fait qu’attiser le conflit politique qui sévit entre les opposants au régime et les fidèles du roi. C’est donc bon gré mal gré que les représentants étrangers se retrouvent pris entre les deux feux de cette guerre intestine.

«Le système de valeurs non-partisan des ONG ne les empêche pas d’être entraînés dans la bataille politique […] Une fois que des ONG "franchissent la ligne" et se caractérisent comme des entités politiques, elles se retrouvent exposées à la législation sécuritaire du Swaziland, ce qui peut entraîner leur interdiction», explique Dimpho Motsamai (chercheuse au Programme de prévention des conflits africains, think tank de l’Institut des études de sécurité à Pretoria, Afrique du Sud) citée par le site Irin (service du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies).

La marge de manœuvre est étroite pour les ONG, qui, pour rester en bons termes avec le gouvernement, doivent s'abstenir de certaines relations.

«On dit que les gens doivent se dissocier des partis politiques interdits —ou quel que soit le nom que vous leur donnez—, et après nous en retrouvons certains d’entre vous, Vos Excellences, en compagnie de ces gens […] Vous ne pouvez pas être vus avec mon ennemi. Ça ne se fait pas, c'est évident», a déclaré Nthutuko Dlamini, le ministre swazi des Travaux publics, devant une assemblée de 30 étrangers conviés à un meeting organisé par Lutfo Dlamini, ministre des Affaires étrangères, à Mbabane, la capitale.

155e (sur 178) au classement 2010 de Reporters sans frontières pour la liberté de la presse, le gouvernement du roi Mswati III ne se prive pas de museler toute voix dissidente au régime. Lors des dernières manifestations pacifiques du 12 avril 2011, «plus de 200 personnes, parmi lesquelles des journalistes, des syndicalistes ou des membres de partis politiques, ont été arrêtées et détenues dans différents commissariats à travers le pays. Il y a également eu des rapports sur la brutalité policière et l’enlèvement de manifestants», souligne le site Rights Monitoring.

En 2008, l’adoption de la loi n°3 sur la suppression du terrorisme n’est qu’une manifestation supplémentaire du caractère répressif du régime. Sous couvert de lutte antiterroriste, le gouvernement swazi a ainsi taxé «d’organisation terroriste» des mouvements pro-démocratiques tels que le Pudemo (Mouvement démocratique des peuples unis) et le Swayoco (Congrès de la jeunesse swazie).  

La porte-parole d’une organisation basée à Mbabane rappelle sur Irin le rôle essentiel des ONG, dont l’aide peut concerner jusqu’au quart de la population:

«La vérité est que les ONG assurent des services que le gouvernement ne fournit pas.»

Dans le pays du «Lion de la nation», roi extravagant aux 14 femmes et dont la fortune dépasse celle du roi d'Espagne ou l'emprereur du Japon, 25,9% des adultes sont atteint par le virus du sida, et au moins deux tiers de la population vit avec moins d'un dollar par jour.

Lu sur Irin, Rights Monitoring