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8 et 9 avril 1938 à Tunis : Les évènements HEURE par HEURE

Par Ridha Ben Kacem

Contexte juridique économique et social

Dans un contexte de difficultés économiques et sociales engendrées par le krach de 1929, le mouvement nationaliste tunisien gagne en vigueur et en audience auprès d'une population confrontée à une forte croissance démographique, et à une hausse du chômage découlant du manque de débouchés. La scolarisation a, en revanche progressé, notamment au sein de la petite bourgeoisie qui affiche, désormais, des idées différentes de celles des notables, plus conciliants avec le régime du protectorat. C'est ainsi qu'une nouvelle génération de lettrés provinciaux, ayant suivi des études supérieures en France, rentre au pays et se lance dans le journalisme militant en se tournant directement vers les masses populaires.

Sur le plan juridique, les tunisiens sont soumis au régime de l’indigénat. Le régime de l’indigénat est une législation d’exception et un ensemble de pratiques utilisées, dans les colonies françaises, depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. Cet ensemble de pratiques est resté disparate, et si l’on parle fréquemment de Code de l’indigénat, il ne s’agit pas d’un texte unique. L'origine du régime de l’indigénat est à chercher dans la législation de conquête mise en place en Algérie dès 1834, et confirmée par la loi du 28 juin 1881. Il s’agit d’une justice administrative qui s’applique aux seules personnes définies comme « indigènes ».Cette justice ne respecte pas les principes généraux du droit français, en particulier, en autorisant des sanctions collectives, des déportations d’habitants et en sanctionnant des pratiques que la loi n’interdit pas, sans recours ou défense, ni possibilité d’appel ! Ce statut légal discriminatoire attribué aux populations autochtones est rapproché, par certains auteurs, de l’apartheid pratiqué en Afrique du Sud.

Sur le plan politique, la figure emblématique de cette nouvelle génération montante, l'avocat Habib Bourguiba fustige, dès 1930, le régime du protectorat dans des journaux comme La Voix du Tunisien et L'Étendard tunisien. Il y dénonce la tenue du 7 au 11 mai 1930 du trentième congrès eucharistique à Carthage mais, aussi, le système des décrets beylicaux, les avantages des Européens découlant de l'application du régime de l’indigénat et réclame l'accès des Tunisiens à tous les postes administratifs. En 1932, Bourguiba fonde avec Tahar Sfar, Mahmoud El Materi et Bahri Guiga le journal L’Action tunisienne. Il y déclare rechercher « avec prudence et sincérité un remède à la crise économique, morale et politique de la Tunisie, défendre, en dehors de tout esprit de caste et de démagogique stérilité, les intérêts de tous les Tunisiens, sans distinction de religion. La Tunisie que nous entendons libérer ne sera pas une Tunisie pour musulmans, pour Juifs ou pour chrétiens. Elle sera la Tunisie de tous ceux qui, sans distinction de religion ou de race, voudront l'agréer pour leur patrie et l'habiter sous la protection de lois égalitaires ».C'est là un condensé du programme du Néo-Destour. Outre l'indépendance de la Tunisie, Bourguiba prône, aussi, une forme de laïcité, ce qui marque une rupture avec les positions traditionnelles du mouvement destourien. Lors du 7ème congrès du Destour, tenu les 12 et 13 mai 1933, Bourguiba et son groupe de jeunes, sont élus à la commission exécutive du parti. Mais le 7 septembre, ce groupe se retire sans démissionner, du parti qui finit par l’exclure. Une divergence idéologique finit, ainsi, par provoquer une scission au sein du Destour et mène à la création, en 1934, du Néo-Destour -- l’ancien parti étant appelé l’Archéo-Destour, par les historiens -- d’abord, sous la présidence de Mahmoud El Materi, puis sous la direction de Habib Bourguiba. Le vieux Destour est progressivement évincé de la scène politique, avant de disparaître au début des années 1960. Le 27 mai 1933, le résident général François Manseron qui comprend parfaitement le danger présenté par Bourguiba, prend un arrêté de dissolution du Destour.

Rupture du Destour et naissance du Néo-Destour

Les audacieuses prises de position de Bourguiba, en rupture totale, avec la politique de prudence du Destour, le conduisent à se retirer sans démissionner du Destour, qui finit par l’exclure. Lors du congrès extraordinaire du Destour que Bourguiba parvient, tout de même, à convoquer, à Ksar Hellal, le 2 mars 1934, il provoque la dissolution de la commission exécutive du parti et l'exclusion de ses membres, conduisant, de fait, à la scission du parti en deux branches, la première, islamisante, panislamiste et traditionaliste, conserve le nom de Destour ou Vieux-Destour, et la seconde, moderniste et laïque, le Néo-Destour, prend la forme d'une formation politique moderne, structurée sur les modèles des partis socialistes et communistes européens, et déterminée à conquérir le pouvoir pour transformer la société. Néo-Destour critique, en effet, la branche du Destour qui luttait contre le régime du protectorat « entre deux parties d'échecs »,selon les termes de Bourguiba. Un universitaire tunisien décrit, ainsi, la rivalité entre les deux mouvements : « Le Vieux Destour était un parti de notables, de gens biens élevés, distingués, d'arabisants formés en majorité à l'université religieuse de la Zitouna. Bourguiba et ses compagnons avaient, dans l'ensemble, un profil et des visées très différents. Issus de la petite bourgeoisie du littoral, ils étaient considérés, avec dédain, comme des Afaqiyin, « ceux qui viennent de derrière l'horizon », un euphémisme servant à désigner les provinciaux. Ils avaient suivi un cursus moderne, bilingue, étaient aussi à l'aise en français qu'en arabe, cultivaient une proximité avec le peuple, lui parlaient dans sa langue, en dialectal, et avaient l'ambition de créer un grand parti de masse ».

Le nouveau parti, le Néo-Destour, privilégie l'action politique, la mobilisation de ses adhérents et leur prise de conscience et, estime qu'il doit convaincre l'opinion française, tout en adaptant sa stratégie aux nécessités de l'action. Intellectuellement jeunes, socialement modestes, ayant fait leurs études en France, les Néo-Destouriens se réclament des principes de la vie occidentale. Le bureau politique du parti est composé d'un médecin et de quatre avocats : Bourguiba et El Materi le dirigent, Tahar Sfar en est le secrétaire général alors que Bahri Guiga et M'hamed Bourguiba en sont les trésoriers. Ayant, fondamentalement, le même objectif que le Destour, l'indépendance du pays, le Néo-Destour diffère sur les moyens à mettre en ½uvre pour parvenir à ses fins, privilégiant, ainsi, l'action sur le terrain et n'hésitant pas à recourir à la violence.

Dans le journal L'Action tunisienne, Bourguiba et le Néo-Destour demandent la souveraineté nationale et la fin du protectorat. Pour atteindre ce but, ils exigent le transfert des responsabilités gouvernementales, législatives et administratives même si cela permettrait la préservation des intérêts français dans les domaines culturels et économiques. Ainsi, la méthode des étapes si chère à Bourguiba est dès le départ mise à contribution. Ces exigences provoquent un conflit entre le gouvernement français et le mouvement nationaliste d'autant que les responsables du Néo-Destour engagent une action d'envergure à travers le pays pour sensibiliser les populations à leur message. Le résident général Marcel Peyrouton, voulant briser le nationalisme, décide de censurer la presse et envoie, le 3 septembre 1934, Habib Bourguiba, Mahmoud El Materi et M'hamed Bourguiba dans un camp de détention à Bordj le B½uf. Après des incidents à Moknine où un gendarme français est tué, Salah Ben Youssef, Tahar Sfar et Bahri Guiga sont, eux aussi, arrêtés. Peyrouton propose, même, au gouvernement français, d'interdire aux Tunisiens de suivre leurs études en France et de fixer un numerus clausus pour limiter le nombre de bacheliers ! Lors d'un discours aux membres français du Grand Conseil, il justifie, ainsi, sa proposition: « Si j'ai pris des mesures qui me valent les reproches de certains milieux, où l'on tend à me représenter comme un « fasciste déchaîné », c'est pour vous, Messieurs ; c'est pour vous tous, que j'ai attiré sur ma tête ces violentes condamnations»

Peyrouton est fin tacticien. Il essaie de capitaliser, au profit de la France, la division entre les destouriens. Encouragé par la modération du Vieux Destour, assuré de son hostilité envers le Néo-Destour, il se porte, alors, garant, de la liberté toute relative, reconnue aux vieux-destouriens : « Dans ces conditions, écrit-il, il m'a paru opportun de laisser les Destours s'épuiser d'eux-mêmes, dans leurs querelles intestines. Et, à la suite d'entretiens, avec les représentants de l'ancien Destour, j'ai promis de laisser, en fait, sinon, en droit, l'ouverture de leurs locaux, la reconnaissance officielle de leur parti et la publication d'un journal en langue arabe, à condition que l'ordre public restât respecté. C'était, à mon point de vue, la meilleure façon de faire pièce aux Néos dissidents dont l'activité révolutionnaire se manifeste par une active propagande ».Le journal du destour, al Irada, promis par Peyrouton, commence, effectivement, à apparaitre le 8 septembre 1934. Ainsi donc, le Néo-Destour doit faire face, non seulement à la France, au gouvernement du Bey, mais également, au Vieux Destour. La seule issue pour Bourguiba est de mettre à contribution la population, à travers des manifestions sur le terrain. Les événements des 8 et 9 avril 1938 commencent à prendre forme.

Après 18 mois de résidence forcée dans le Sud tunisien, Bourguiba réapparait, publiquement, le 11 septembre 1936 pour signifier l'espoir que suscite l'arrivée du Front populaire et de Léon Blum, au pouvoir, en France. Entre 1936 et 1938, le Néo-Destour développe son activité politique et, grâce aux revendications ouvrières, se lie avec les syndicats. Ainsi, en février 1936, d'importants mouvements de grèves se muent en affrontements qui se caractérisent par la profanation de tombes d'Européens, des tensions entre Juifs et musulmans, le tout alimenté par la polémique sur l'inhumation des naturalisés. Des négociations sont alors engagées par le gouvernement Blum, dans un dialogue entamé entre Bourguiba et Pierre Viénot, sous-secrétaire d'État chargé des protectorats du Maghreb. Cet épisode est souvent passé sous silence, en dépit de sa grande signification historique. N'en déplaise à ceux qui voudraient réécrire l'histoire du pays, âgé, seulement de 33 ans, Bourguiba est reconnu, ainsi, officiellement, par la France, comme un interlocuteur de premier plan.

Bourguiba exprime, à Pierre Viénot, sa volonté de mener la Tunisie à l'indépendance, demandant, d'abord, la fin des privilèges des Français de Tunisie, comme les suppléments de solde des fonctionnaires et les lots de colonisation, privilèges découlant, bien évidemment de l'application du régime de l’indigénat. Bourguiba exige, en outre, la création d'un régime constitutionnel fondé sur le suffrage universel. En raison de l'opposition des Français de Tunisie, Pierre Viénot affirme l'attachement français au protectorat, condamnant, ainsi, toute négociation en vue de l'indépendance. Les colons les plus influents « tinrent l’avènement du Front populaire pour une catastrophe cosmique et [le sous-secrétaire d'État] Pierre Viénot pour l’Antéchrist [...] » (Charles-André Julien, dans Léon Blum, chef de gouvernement) : ils déployèrent, donc, tous leurs efforts pour saboter la politique menée. Mais pour la première fois, un dialogue est ébauché, une politique réformiste est envisagée : c’est un premier dépassement du clivage entre le colonialisme, pur et dur, d’une part, et la sécession immédiate, d'autre part. Le code de l’indigénat est vidé, petit à petit, de sa substance, (puis complètement abrogé, par Marius Moutet, en 1946). Ainsi, la résidence adopte, le 11 août 1936, des mesures assouplissant la législation sur la presse, le droit de réunion et de manifestation et élargissant l'amnistie. Le Néo-Destour remporte, ainsi, indirectement, sa première grande victoire et c'est ainsi, aussi, que le décor qui conduira, 20 ans plus tard, à l'indépendance du pays, est, définitivement, planté.

Le Néo-Destour profite de cette avancée pour étendre ses réseaux, atteignant, rapidement, 100 000 adhérents, issus de milieux sociaux différents. Lequel des partis qui veulent réécrire notre histoire, peut se targuer, aujourd'hui, même, d'une telle légitimité populaire acquise sans Chocotom? N'oubliez pas que le pays comptait, à l'époque, moins de 2 millions d'habitants, démunis de tout, et sans moyens modernes de communication. Favorisant le consensus en son sein, le mouvement se réunit autour de l'idée nationale et de Bourguiba. Mais les difficultés économiques et sociales font persister le lourd climat qui pèse sur la Tunisie et, le Néo-Destour continue à se positionner catégoriquement, contre le protectorat et, partout, provoque diverses manifestations. En février 1937, des émeutes de la faim secouent le bidonville de Mellassine, constituant, ainsi, le premier mouvement revendicatif de chômeurs réclamant le droit au travail plutôt que l'assistance publique. En mars de la même année, une grève de mineurs, lancée par la CGTT, vire à l'émeute à Métlaoui et Jérissa et fait de nombreux morts, abattus par l'armée, comme aux ateliers de Chauffour Dumez, à Metline, le 31 juillet 1937. La répression qui s'en suit, cause la mort de seize personnes et en blesse 3277autres. Ainsi après neuf mois de calme, la Tunisie entre à nouveau dans une période d'agitation sociale et politique. Avec la chute du gouvernement Blum, en juin 1937 et l'arrivée du gouvernement Chautemps, la situation ne fait que se détériorer. A partir de 1938, Bourguiba, qui a remplacé Mahmoud El Materi à la présidence du Néo-Destour et placé Ben Youssef au secrétariat général, le 3 janvier, cherche l'épreuve de force avec le gouvernement français. En mars, les incidents se multiplient et le Néo-Destour appelle à la désobéissance civile, au boycott des produits français et au sabotage des lignes téléphoniques et des voies ferrées. Les événements des 8 et 9 avril peuvent, maintenant, se dérouler, inéluctablement.

Les événements des 8 et 9 avril 1938 heure par heure

Du 30 octobre au 2 novembre 1937, le Néo-Destour tient son congrès national pour décider de la position à adopter envers les autorités françaises. Le congrès voit s’affronter deux tendances : celle des modérés menés par Mahmoud El Materi et celle des radicaux menés par Habib Bougatfa. La ligne de conduite retenue par Bourguiba se situe entre les deux tendances, en approuvant la motion politique d’El Materi tout en intégrant les réserves d'Habib Bougatfa. Le Néo-Destour continue de reconnaître le gouvernement local mais engage une série de mouvements qu’il baptise « lutte sur le plan économique ».C'est le programme d'escalade qui conduira aux événements des 8 et 9 avril 1938.

Le bureau politique du Néo-Destour appelle à une grève générale pour le 20 novembre 1937. Ce durcissement amène le président du Néo-Destour, El Materi, à présenter sa démission le 3 janvier 1938. À Bizerte, dans le nord du pays, une manifestation s’oppose, le 8 janvier 1938, à l’interdiction de territoire frappant le leader destourien local, le militant syndicaliste Hassan Nouri. Elle est durement réprimée avec un bilan de six morts et des dizaines de blessés. Cette répression n’entame en rien, la détermination de Bourguiba et des autres membres du parti, à mobiliser les masses populaires, face à l’escalade de la répression. Les étudiants de l’Université Zitouna sont incités à faire grève, ce qui provoque le renvoi de 108 d’entre eux, dont 88 Tunisiens, pour activités au sein du Néo-Destour, formation de comités estudiantins liés au Néo-Destour et associations illégales.

Le 10 mars, âgé alors de 28 ans, Ali Belhouane, que l’on surnommera, plus tard, le « leader de la jeunesse »,donne une conférence sur le « rôle de la jeunesse dans la bataille de libération nationale », à laquelle, 700 élèves de différents établissements scolaires assistent. Le Conseil national du Néo-Destour, réuni les 13 et 14 mars, adopte une motion appelant à la poursuite des manifestations, au non paiement des impôts et au boycott du service militaire. Ali Belhouane est congédié du Collège Sadiki où il enseigne.

Pour enrayer le mouvement de protestation, les autorités du protectorat anticipent en procédant à l’arrestation de Youssef Rouissi, Hédi Nouira, Salah Ben Youssef et Slimane Ben Slimane, accusés d’incitation à la haine raciale et d’atteinte aux intérêts de la France en Tunisie. En représailles, le Néo-Destour organise, le 7 avril, une manifestation, principalement, formée d’étudiants, et drainant 2 500 personnes, devant le palais beylical d’Hammam Lif. Mongi Slim, membre du Conseil national du Néo-Destour, parvient à rencontrer le bey et sollicite son intervention en vue d’obtenir la libération des responsables emprisonnés. Ne voyant rien venir, au cours de la journée, le Néo-Destour réagit rapidement et décide d’appeler à une grève générale, pour le lendemain, le 8 avril. Dès le matin, les hommes du Néo-Destour, armés de manches de pioches, veillent à l’application du mot d’ordre de la grève. À 10 heures, toutes les boutiques et tous les marchés de Tunis sont fermés. Des soldats français sont dépêchés sur les principales places de la ville et prennent position à 13 heures, en prévision d’une manifestation annoncée par le Néo-Destour. À 14 h 30, une grande manifestation conduite par Mongi Slim et Belhouane s’ébranle du quartier d’Halfaouine et se dirige vers le siège de la résidence générale.

Une autre manifestation, dirigée par El Materi, part de Bab Menara et Bab Jedid et fait sa jonction avec la première à Bab El Bhar, non loin de la résidence générale. Pour la première fois, une manifestation politique réunit 10 000 personnes au c½ur de Tunis. Cela ne s'était jamais vu. Ali Belhouane prend la parole et harangue les manifestants : « Nous sommes venus, aujourd’hui, démontrer notre force [...] celle de la jeunesse qui ébranlera le colonialisme [...] Le parlement tunisien ne sera créé que par le martyr des militants et les sacrifices de la jeunesse… »Avant la dispersion pacifique des manifestants, grâce à l’action d’El Materi, Slim rappelle, dans un discours, les revendications du Néo-Destour et annonce l’organisation d’une deuxième manifestation pour le surlendemain, le 10 avril. La France qui ne croyait pas en la capacité de mobilisation du Néo-Destour, ne veut pas se laisser déborder une seconde fois. Elle va, donc, réagir, violemment.

Le lendemain, 9 avril, à 11 heures, les étudiants de l’Université Zitouna, ayant manifesté devant la résidence du bey, à Hammam Lif, se rassemblent, à nouveau, à la kasbah, où une délégation va à la rencontre du Chef du gouvernement, alors que le reste des manifestants se rassemble devant Dar El Bey. À l’issue de cette rencontre, Ali Darghouth se lance dans un discours incitant les manifestants à passer à l’action. Ces derniers se dirigent vers la maison de Bourguiba pour y recevoir des instructions. Entre temps, Ali Belhouane est convoqué par le juge d’instruction, en début d’après-midi. Il doit arriver à 14 heures, au tribunal pour être interrogé à propos du discours prononcé la veille. Une foule immense se rassemble, alors, devant le Palais de justice où les forces de l’ordre sont présentes en masse. Les forces de l’ordre commencent, d’abord, par disperser la foule, à coups de bâton, pour frayer un passage à la voiture cellulaire qui doit emmener Ali Belhouane.

Les manifestants se retirent, vers la Médina pour s'y abriter. Les choses auraient pu en rester là si un déclic historique ne s'était pas produit à ce moment là. Oui, un clin d'½il du destin qui a fait tout basculer. Un de ces effets que l'on dénomme : effet papillon. Arrivés, en nombre, à la Médina, les manifestants ont été accueillis par des centaines de femmes, sur les terrasses poussant des youyous qui sonnent comme un appel au martyr. De plus, elles jettent, aux manifestants, tous les instruments qui peuvent servir d’armes en les poussant à retourner au « combat ». Les femmes de ce pays sont les descendantes d'Alyssa. Revigorés, les manifestants rebroussent chemin et s’amassent en deux points commandant l'entrée de la Médina : les places de Bab Souika et de Bab Menara, alors que les forces de l’ordre tentent de protéger le Palais de justice, où un zouave est poignardé, et la prison civile de Tunis située à quelques centaines de mètres de là. Les forces coloniales, composées de policiers, de gendarmes et de zouaves, repoussent les manifestants qui viennent de Bab Menara, à coup de crosse, mais ceux qui déboulent de Bab Souika les surprennent et ils sont accueillis par des coups de feu. Les forces de l’ordre finissent, même, par tirer à l’automitrailleuse lorsqu’ils aperçoivent des émeutiers qui tentent de renverser et d’incendier le tramway et d’attaquer des automobiles. Finalement les heurts sanglants s’arrêtent à 18 heures et se soldent par, au moins, 22 morts et près de 150 blessés. Le résident général se rend auprès du bey et promulgue une loi instaurant l’état de siège à Tunis, Sousse et dans le cap Bon.

Le lendemain, Bourguiba et Mongi Slim sont arrêtés et traduits, avec le reste des dirigeants du Néo-Destour, devant le Tribunal militaire, pour complot contre la sûreté de l’État. Le Néo-Destour est dissout le 12 avril, ses locaux fermés, ses documents confisqués et la presse nationaliste suspendue. Les militants du Néo-Destour entrent, alors, dans la clandestinité.

Par Ridha Ben Kacem le 9 avril 2013

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