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La consécration du fait du prince

Le bilan politique de quatorze années de gouvernance consacre un net recul sur les acquis démocratiques de 1989. Abdelaziz Bouteflika est depuis ce jour le président qui a cumulé le plus grand nombre d'années à la tête de la République algérienne. Quatre années nous séparent du 9 avril 2009 où il est proclamé pour la troisième fois consécutive président de la République et quatorze années sont passées depuis ce jour d'avril 1999 où il fut placé à la tête de l'Etat. Bouteflika continue actuellement, et à la faveur d'un troisième mandat qu'il a obtenu grâce à une révision imposée de la Constitution en 2008, de mener à terme ce mandat qui prendra officiellement fin en avril 2014. Il est donc le premier magistrat du pays et ministre de la Défense nationale qui enregistre le plus de longévité à ces postes, bien plus que ne furent, même malgré eux, Houari Boumediène et Chadli Bendjedid (mandat de13 ans chacun), des présidents pourtant installés au temps du parti unique. L'ère de Bouteflika n'a donc de «libérale» que le nom, il fait autant que ses prédécesseurs et «exige» des plébiscites à la Naegelen. Plus encore qu'une mandature présidentielle, Bouteflika a participé à la conception du système politique en 1962, c'est-à-dire qu'il est du système et pour le système. Quatorze années de règne, quatorze années d'orchestration d'un jeu clanique aux relents passéistes. Le bilan politique de Bouteflika à la tête de l'Etat traduit en termes de nombre d'années et de méthode de gouvernance la dérive d'un système qui tend à s'imposer à contre-courant de l'histoire. Répression dans le sang des manifestations des jeunes du printemps noir, promulgation de lois liberticides consacrant la fermeture du champ politique et médiatique, atteintes successives et marquées aux libertés individuelles et collectives, consécration de la règle de l'impunité, interdictions de l'espace public aux rassemblements et manifestations pacifiques, mesures restrictives à l'exercice syndical et associatif, dynamitage des formations politiques et surexploitation des organisations de masse. Le bilan politique de quatorze années de gouvernance consacre, sans conteste, un net recul sur les acquis démocratiques de 1989. Comme si les pendules de l'horloge Algérie ont pris la marche à reculons, un retour graduel aux méthodes de l'ère prétorienne de 1962 et 1965 est opéré. L'image d'un président omnipotent est distillée par les médias d'Etat devenus des instruments de propagande officielle au service du Chef de l'heure. Les institutions officielles ne sont plus que le reflet de sa volonté, tout est fait sous le contrôle du Chef. Le deal armée-Bouteflika a tôt fait de mettre en place une monarchie déguisée, où l'intérêt des clans prime sur celui du pays. Les fanfaronnades sur le retour de l'Algérie sur la scène internationale ne font plus recette. La diplomatie du plus grand pays d'Afrique n'a cessé d'accuser, au fil de ces dernières années, humiliations et camouflets. Les feuilletons de scandales financiers ont ôté quant à eux le voile sur un mode de gestion catastrophique des deniers publics. La corruption coule dans les veines du système et sa clientèle, transformant le pays en un énorme objet de transactions douteuses. Jamais l'Algérie n'a été aussi riche, pourtant jamais elle n'a autant semé le désespoir chez sa population. Des milliers d'Algériens s'essayent à de fatales évasions en mer, d'autres au suicide, alors que certains se livrent aux immolations. L'Algérie cumule des classements désastreux dans différents rapports mondiaux. De pays autoritaire à agresseur des libertés et des droits, en passant par pays du mal-vivre, l'Algérie est réduite par le fait d'une mauvaise gouvernance à côtoyer les derniers pays de la planète. Alors que l'on parle d'alternance et d'espoir démocratique dans les quatre coins du monde, l'Algérie célèbre aujourd'hui quatorze années du règne d'un seul président. Un Président qui apparaît et parle de moins en moins et pourtant pour qui certains s'activent à préparer le terrain pour un autre mandat ou participent en tout cas à faire accréditer l'idée que c'est toujours la logique du clan qui déterminera qui sera le prochain prince.  

El Watan

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