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Base militaire de la résidence présidentielle d'Abidjan où Laurent Gbagbo a été arrêté. Reuters/Finbarr O'Reilly
Base militaire de la résidence présidentielle d'Abidjan où Laurent Gbagbo a été arrêté. Reuters/Finbarr O'Reilly

Les mystères de l'arrestation de Gbagbo

Qui a arrêté Laurent Gbagbo à Abidjan le 11 avril? Les forces pro-Ouattara? Les Français? Plusieurs versions contradictoires circulent toujours.

Mise à jour du 11 avril 2012: Cela fait un an, le 11 avril 2012, que l’ex-Président ivoirien Laurent Gbagbo, a été arrêté à Abidjan dans son palais présidentiel. Une arrestation rendue possible par l’intervention des casques bleus de l’ONUCI et des militaires de l’armée française.


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Deux versions de l’arrestation de Laurent Gbagbo à Abidjan ont émergé dans les heures qui ont suivi, le 11 avril. L’une, hautement cinématographique, affirmait que le Président avait tenté de fuir sa résidence de Cocody, en flammes, en cherchant à sauter dans un bateau amarré au fond de son jardin, au bord de la lagune Ebrié. Les tirs de sommation d’un hélicoptère français l’en auraient empêché. Selon l’autre version, moins glorieuse, Gbagbo a été arrêté à son bureau, dans les sous-sols de sa résidence. Et ce après une avancée laborieuse des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) pro-Ouattara, dont plusieurs soldats ont sauté sur des mines antipersonnel, selon les témoignages recueillis par les agences de presse.

Les premiers mots de Gbagbo arrêté auraient été: «Ne me tuez pas», selon un soldat du camp Ouattara cité par l’Agence France Presse. Un gilet pare-balles lui a été remis, de même qu’un casque. Le Président sortant a ensuite été entouré par des commandants des FRCI, «parce que certains d’entre nous voulaient en finir tout de suite avec lui», toujours selon le même soldat. Il a ensuite été conduit en 4x4 à l’hôtel du Golf, le QG d’Alassane Ouattara, où il a échappé par une porte dérobée aux coups dont sa femme Simone et son fils Michel ont écopé. L’une des photos prises à ces instants montre Simone Gbagbo à terre, visage fermé, encore vêtue de la chemise mauve et portant les tresses qui lui seront arrachées quelques minutes plus tard. Le fils de Laurent Gbagbo, Michel, lui, a été sévèrement battu, et a évité de justesse le lynchage.

Dans les heures qui ont suivi l’arrestation, deux autres versions de l’arrestation ont encore ajouté à la confusion. Diverses sources, d’abord dans les milieux diplomatiques et militaires français, puis dans le camp Gbagbo, ont affirmé que les forces spéciales françaises avaient permis l’arrestation de l’ancien Président. Plusieurs voix se sont aussitôt élevées dans le camp Ouattara pour affirmer le contraire. Des propos ensuite étayés par des images, montrant des membres des FRCI se forçant un passage dans la résidence, puis entourant Laurent Gbagbo. Ces images donnent l’impression d’être montées. Elles ne montrent pas les coups de crosse assenés par les FRCI aux membres de l’entourage de Gbagbo, y compris chez les blessés soignés dans une infirmerie de fortune. Des coups qui ont semble-t-il coûté la vie au ministre de l’Intérieur, Désiré Tagro, dont on a juste aperçu sur France 24 la mâchoire pendante.

Un bunker en carton-pâte

La chute de Gbagbo était un événement redouté pour les uns, attendu pour les autres, fantasmé pendant plusieurs mois. On a découvert à la télévision des images d’un sous-sol ordinaire, loin des mètres cubes de béton épais suggérés par le mot «bunker», utilisé par les médias pendant tout l’assaut contre la résidence de Laurent Gbagbo. Un «bunker» qui renvoyait dans l’imaginaire à d’autres temps, sous d’autres cieux. La Télévision de Côte d’Ivoire (TCI), pro-Ouattara, n’a d’ailleurs pas hésité, aux dernières heures du régime Gbagbo, à diffuser La chute. Un film qui retrace les derniers moments de Hitler à Berlin, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les différentes versions des faits ont «parlé», à leur manière, formant un curieux reflet de cette guerre ivoirienne où les deux récits des camps rivaux sont fondés, reposant sur des vérités différemment sélectionnées. Alors, héros courant tel Fantomas ou James Bond à travers la pelouse vers le navire qui aurait pu l’emporter? Ou figure humaine épuisée, n’ayant pas dormi depuis plusieurs jours, demandant sa survie au terme d’un combat acharné?

Quant au rôle de la France, faut-il y voir un acte secourable d’un pays «n’ayant fait que son devoir», comme l’a dit le président Nicolas Sarkozy, suscitant d’ailleurs les remerciements de nombreux Ivoiriens? Ou une ingérence intolérable, voire une déclaration de guerre post-coloniale, comme l’a répété Alain Toussaint, conseiller de Gbagbo, en conférence de presse chez l’avocat et ami de Gbagbo Jacques Vergès?

A chacun de se faire son film. Même si, concernant l’arrestation de Gbagbo, les deux versions sont vraies, et s’enchaînent dans le fil des événements tels que la presse  les a racontés. Dans la matinée du 11 avril, un petit groupe a en effet tenté de quitter la résidence de Cocody par bateau. Il en a été empêché par un hélicoptère français. La force française Licorne, de son côté, a bien ouvert la voie aux FRCI, qui avaient livré dans la semaine trois assauts terrestres, en vain, sur la résidence. L’ONU et surtout les Français ont littéralement ouvert une brèche dans le bâtiment, avant de l’encercler avec une trentaine de blindés, permettant aux FRCI de cueillir Laurent Gbagbo.

Epilogue du feuilleton imposé à la Côte d’Ivoire par l’ex-président, qui en a occupé le rôle principal pendant quatre longs mois. Mais c’est la dure loi de la guerre: après la bataille, l’écriture de l’histoire appartient aux vainqueurs.

Anne Khady Sé

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Anne Khady Sé

Journaliste sénégalaise, spécialiste de l'Afrique de l'Ouest.

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