SlateAfrique

mis à jour le

La sexualité noire est un mythe

Est-il possible de faire l’impasse sur l’impact des valeurs morales imposées par la colonisation, lorsque l’on aborde le sujet des pratiques sexuelles en Afrique?

Pour les 60 contributeurs et plus d’African sexualities: A Reader, la réponse est oui. Publiée en juin 2011, cette compilation d’essais et de poèmes tente de théoriser la sexualité en Afrique en allant «au-delà des stéréotypes occidentaux», commente le site Think Africa Press (TAP) dans un article paru le 11 juillet 2011.

Ces stéréotypes s’illustrent entre autres par l’idée selon laquelle les noirs auraient une sexualité débridée, une fable «née dans l’esprit des colonisateurs blancs», érigée d’autorité en «connaissance scientifique au XIXe siècle».

Dans African sexualities, des universitaires diversifient les perspectives. Une démarche novatrice qui leur permet de sortir des clichés racialistes, estime TAP. Les comportements sexuels en Afrique sont alors dépeints sous des aspects tels que la masculinité au Ghana, le célibat au Swaziland, la criminalisation de l’homosexualité, ou encore l’inégalité entre hommes et femmes.

Toutefois, comme le rappelle l’éditrice de l’ouvrage Sylvia Tamale, il est difficile d’ignorer que la colonisation a laissé des traces dans les pratiques. Féministe, cette chercheuse est doyenne de la faculté de Droit de l’université Makarere à Kampala, la capitale ougandaise:

«Les méthodes coloniales de recherche et de théorisation mises en place pour aborder la sexualité en Afrique ont laissé des traces considérables et indélébiles dans la vie sexuelle des gens, explique-t-elle dans la préface du livre. Ce qui ne veut pas dire que le continent est otage de son histoire coloniale.»

A l'époque, plusieurs facteurs ont imposé des modes de comportement, comme si les mœurs préexistantes étaient inférieures. La notion de pudeur est arrivée par exemple avec la chrétienté et l’islam. Les missionnaires ont également introduit la notion de retenue dans l’acte sexuel.

En somme, l’objectif de Sylvia Tamale est de décomplexer les recherches sur la sexualité face à ces racines coloniales, tout en évitant de reproduire le même type de généralités sur les rapports sexuels en Afrique.

Lu sur Think Africa Press, The Nordic Africa Institute