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En Ouganda, aller au travail à pied est illégal

Pour protester contre la flambée du prix du carburant, les Ougandais ont trouvé une idée originale. A l’initiative de l’opposition, les habitants de ce pays ont décidé de se rendre à pied sur leur lieu de travail deux fois par semaine. Ce qui n'est pas du goût des autorités, qui ont réprimé une manifestation le 14 avril 2011 à Kampala, la capitale de l’Ouganda.

D’autres manifestations contre la vie chère ont eu lieu le même jour dans le pays. A Mbarara, à 300 kilomètres à l’ouest de Kampala, des taxis ont bloqué les routes pour dénoncer le prix du carburant qui a doublé en un an. La police, qui affirme que ces manifestations sont illégales car elles n’ont pas été autorisées, a déclaré que toute personne qui participerait à ces «marches pour le bureau» serait arrêtée.

Lors de la marche de Kampala qui a regroupé plusieurs centaines de personnes, l’un des leaders de l’opposition, Kizza Besigye, a été légèrement blessé par balle. Selon la Croix rouge locale, Besigye aurait été touché par un policier qui tirait à balles réelles pour disperser la foule. Interpellé puis relâché sous caution, l’opposant ougandais sera jugé en mai pour trouble à l’ordre public.

«Le gouvernement craint que ce mouvement de contestation ne prenne une trop grande ampleur, affirme Anna, qui travaille pour un centre de formation de journalistes à Kampala. C’est pourquoi il a interdit les marches et arrêté les leaders d’opposition. La population ougandaise a suivi de très près les événements en Tunisie, en Egypte et en Libye. Les révolutions arabes nous ont appris que, quel que soit le dictateur, le peuple peut le renverser.»

Les questions liées au pouvoir d’achat préoccupent de plus en plus les Ougandais. «Même ceux qui ont un travail, ont des difficultés à joindre les deux bouts, entre le carburant, la nourriture et le reste», ajoute Anna. La journaliste, qui a choisi de témoigner sous pseudonyme, déplore aussi les entraves à la liberté d’expression et la corruption généralisée jusqu’au plus haut rang.

Au pouvoir depuis 1986, le président ougandais Yoweri Museveni est actuellement accusé de corruption et d’autoritarisme par ses détracteurs. En février 2011, il a été réélu pour un quatrième mandat sur fond de contestation de l’opposition.

Lur sur Daily Monitor, France 24