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Budget de l’Etat : Le dernier ou le premier cran de la ceinture ?

Enfin, le gouvernement vient de se décider à agir ! Pour relativiser l'ampleur du déficit budgétaire, qui a atteint 7,1 % du PIB en 2012, il a décidé, lors de sa dernière réunion hebdomadaire, de procéder à des coupes importantes dans le Budget d'investissement de la Loi de Finances 2013, espérant ainsi pouvoir se conformer à son objectif de déficit de 5 %, (environ), pour la présente année.
Il y a sans doute plusieurs manières d'apprécier une telle décision, en considérant que le verre est à moitié vide ou à moitié plein, mais ce qui est sûr c'est que l'équipe Abdelilah Benkirane n'a pas fait dans la dentelle en décidant ainsi d'amputer d'un quart le budget d'investissement de l'Etat, soit 15 milliards de dirhams…

Pour les uns, il s'agit là d'une décision salutaire, légitimée de surcroît par deux considérations. D'une part, les budgets ne sont exécutés qu'à hauteur de 60 % en moyenne et cette insuffisance est elle-même génératrice d'alourdissement du déficit budgétaire. Prévoir moins et réaliser ce qui est effectivement prévu serait donc l'une des solutions les moins dommageables pour l'Etat et son Budget dans la conjoncture actuelle.

D'autre part, faute d'exécution, les prévisions d'investissements sont reportées d'une année sur l'autre, ce qui, ipso facto, alourdit d'autant le déficit budgétaire, lequel a atteint l'an passé une amplitude qui a profondément inquiété nos « amis » du FMI, qui s'accrochent à la rigueur budgétaire comme les chauves-souris à leur branche…
Pour d'autres, cette coupe sombre dans le Budget est catastrophique parce que l'Etat est d'abord le premier investisseur dans notre pays, moteur de l'économie et créateur de richesses. S'il met un coup d'arrêt à ses investissements, la croissance s'en ressentira et « le modèle marocain », fait de dynamisme de la consommation intérieure et de la croissance endogène aura vécu !
Mais, sans doute fallait-il faire quelque chose, de façon urgente, alors que les sonnettes d'alarme et les avertissements se multipliaient à l'endroit d'une équipe gouvernementale qui montrait si peu d'appétence pour la situation économique et ses composantes…

Opacité et précipitation ?

Cette démarche, cependant, pour concrète qu'elle est désormais, ne saurait empêcher de nécessaires critiques. En effet, M. Abdelilah Benkirane et ses pairs, ont décidé de réduire le Budget d'investissement de 15 milliards de dirhams, mais cette décision, qui engage l'Etat, au cours de l'exercice 2013, a été prise par décret, ce qui prive les instances parlementaires d'exprimer leur jugement et leur opinion sur une question afférente à l'exécution d'une Loi de Finances votée et approuvée par les deux chambres parlementaires.
Est-ce ainsi que s'applique la nouvelle Constitution et que sont valorisés les principes de responsabilité, de transparence et de séparation des pouvoirs ?

L'esprit de Montesquieu ne planait sans doute pas au-dessus des têtes de nos ministres, jeudi dernier à la Primature…
Par ailleurs, cette annonce s'est faite sous forme de « package » global et le gouvernement s'est bien gardé d'annoncer quels seraient les secteurs, les projets et les départements touchés par ce tour de vis budgétaire. Il aurait mieux valu que l'information soit plus exhaustive et détaillée et que dans la foulée de cette annonce, soit connu le détail des restrictions…

Enfin, la décision ainsi prise apparaît à beaucoup comme précipitée et incomplète parce que des urgences et des priorités autrement importantes sont aujourd'hui ignorées ou soumises à des délais qui accréditent l'idée que le gouvernement Benkirane ne veut pas s'engager dans la voie des réformes aussi indispensables que courageuses et partant, impopulaires…

On taille dans le vif du Budget à défaut d'imposer une réforme profonde de la fiscalité ou de soumettre la Caisse de Compensation à une cure d'amaigrissement salutaire pour le déficit budgétaire…
In fine, fort de tous ces constats, on en vient à se demander si l'Exécutif souhaite vraiment changer son fusil d'épaule et quitter les rivages du Verbe pour entrer dans le champ de l'Action.

Les expériences que vivent nos voisins européens nous montrent que les coupes budgétaires, les hausses d'impôts intempestives, l'austérité mal conçue, sont toutes génératrices de stagnation économique, de baisse de la consommation, de hausse du chômage et de difficultés sociales.

Est-ce la voie que se prépare à emprunter le gouvernement de M. Abdelilah Benkirane ?
Est-ce le premier ou le dernier cran de la ceinture qu'il vient ainsi de serrer ?

Fahd YATA

moustache7

 

La Nouvelle Tribune

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