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Co-localisation, le contenu vrai d’un nouveau concept

La visite d'État au Maroc du Président de la République française a certainement été plus politique qu'économique. Elle a néanmoins permis de mettre l'accent sur la détérioration des relations commerciales franco-marocaines que prouve suffisamment un indicateur, celui du pourcentage des importations de France qui sont tombées de 25 % du total des importations marocaines (sur les années  1990) à 12 % ( 4,2 milliards d'euros) aujourd'hui. Cela, alors que nos importations n'ont cessé de croître, pesant négativement sur la balance commerciale du pays.

Ce déséquilibre se fait certes au profit de l'Espagne comme le montre le nombre d'entreprises installées au Maroc de plus de 900 pour l'Espagne contre 750 pour la France et qui emploient à peine 80 000 personnes.

Les entreprises hexagonales installées au Maroc le sont, pour la plupart, depuis fort longtemps, à l'image des banques par exemple, ce qui confirme d'autant que les entrepreneurs français ne diversifient pas systématiquement leur activité au Maroc.

Sur ce sujet donc, on espèrera que la visite de M. François Hollande induira une prise de conscience du patronat français surtout par les temps de crise qu'il connait aujourd'hui.

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L'autre sujet économique qui a été au coeur de toutes les déclaration, de Hollande jusqu'au ministre des Finances Nizar Baraka, en passant par la CGEM et le MEDEF, preuve que le principe en serait acquis, porte sur la co-localisation. En effet, le concept de co-localisation est sur toutes les lèvres, c'est pourquoi il devient urgent d'en analyser les contours.

Il ne s'agit pas de signature de contrats dans des domaines d'activités précis où l'apport technologique de la France est précieux comme les 300 millions d'euros de contrats signés entre la France et le Maroc, lors de la dernière visite du Premier ministre français Jean-Marc Ayrault en décembre dernier ou encore les conventions signées ces derniers jours, mais d'une nouvelle philosophie de l'investissement français au Maroc sous une autre forme de délocalisation.

De prime abord, le Maroc ne peut être que flatté d'être considéré comme un partenaire à part entière et de pouvoir imposer ses exigences, car la co-localisation se baserait sur le partage des valeurs «gagnant-gagnant» censé créer des emplois dans les deux pays.

Le principe en serait fort simple. Pour des produits compétitifs fabriqués à faibles coûts, les entreprises françaises ne pourraient trouver meilleure destination que le Maroc, où les salaires sont encore bas avec un SMIC à 240 euros, soit une main d'oeuvre bien moins chère qu'en Europe.

Mais, comment cette nouvelle conception de l'investissement français au Maroc fera-t-elle le partage des intérêts économiques entre deux pays ? Comment sortir des schémas utilisés quand l'exemple de l'implantation de Renault à Melloussa dans le nord du pays prouve que les financements marocains en capital sont à la hauteur de l'apport industriel français?

La “co-localisation” consisterait pour la France à faire fabriquer des composants industriels à valeur-ajoutée par une main d’oeuvre qualifiée et moins onéreuse au Maroc tout en laissant le montage final aux entreprises françaises. En ce cas, on pourrait parler, à juste titre, de co-production. Ce concept s'apparente certes à la délocalisation, mais celle-ci a été jusqu'à présent pratiquée de façon verticale et donc ne concernait que l’assemblage des produits de masse dans le but d'une réduction des coûts. Les effets induits étaient la perte d’emplois pour la France, bien évidemment, mais au Maroc, pays fabricant, il n'y avait ni apprentissage, ni qualifications.

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Usine Renault Tanger-Med

                                                                                                                                                                                                                              Pour les entreprises françaises, la co-localisation produirait des effets de compensation qui auraient un impact positif sur l’emploi et la compétitivité des entreprises. Dans un premier temps, certes, le donneur d’ordres, en l'occurrence la France, substituerait des travailleurs étrangers à la production nationale. Mais, rapidement, sa compétitivité coûts s’en trouverait améliorée, ce qui lui permettrait de gagner des parts de marché, d’investir, et donc de créer des emplois.

Quant au pays exécutant, le Maroc, le bénéfice le plus important résiderait, au-delà de la création d'emplois, dans la formation et la professionnalisation de sa main-d’oeuvre. Cette co-localisation tant espérée donc, ne saurait se matérialiser cependant sans de gros efforts préalables de formation et de professionnalisation de la main d'oeuvre, à l'image de ce qui a commencé de se faire, au niveau de l'aéronautique, de la filière automobile ou du textile, sans compter l'offshoring.

C'est à cette condition d'attractivité que les entrepreneurs, français et autres, trouveront intérêt à la co-localisation.

Afifa Dassouli

La Nouvelle Tribune

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