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«Les clients débiteurs ont laissé une ardoise de 81 milliards de dinars»

- Six ans après, le procès revient au tribunal criminel près la cour de Blida. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ?   Le temps mis par la Cour suprême pour répondre aux pourvois en cassation est à mon avis très long. Mais cela correspond au rythme de réaction de la justice. Est-ce une mauvaise ou une bonne chose de recommencer le procès ? Je pense que c'est toujours bien que la justice manifeste la conformité.   - Pensez-vous que ce procès se déroulera dans les mêmes conditions que celui présidé par Mme Fatiha Brahimi, avec ses révélations et la liberté de ton des accusés et des témoins ?   Je ne sais pas. Mais il est certain que l'organisation et la gestion du premier procès étaient de haut niveau, même si à la fin, il était regrettable de constater que les sentiments avaient pris le dessus sur la justice. C'est probablement dû au temps assez long que toutes les parties ont passé ensemble.   - Vous étiez, avec le ministère public, parmi ceux qui ont contesté le 1er jugement. En quoi le verdict ne vous a-t-il pas satisfait ?   En réalité, nous sommes partie civile. La position du procureur général qui s'est pourvu en cassation, qui fait que nous devons être présents au procès et en tant que partie civile. Ce qui est anormal, c'est que nous n'avons pas été cités en tant que tel, et nous n'avons même pas été convoqués lors de l'audience du 2 avril dernier. Dans les faits, lorsque nous avons présenté notre démarche revendicative, nous avons été acceptés en tant que partie civile.   - Comment expliquez-vous que certaines personnes soient citées comme témoins, alors qu'elles sont aussi impliquées que les accusés, notamment celles qui ont affirmé, en audience, assumer le faux qu'elles ont établi, ou alors celles qui reconnaissent n'avoir pas été suffisamment intelligentes pour déceler les violations des règles prudentielles ?   Pour moi, c'est la grande question. Cela reflète la manière dont la justice est rendue. Il me semble que sur le plan de l'instruction, tout a été révélé, puisque nous avons été à chaque fois interpellés pour remettre les justificatifs et même faire des démonstrations sur les irrégularités. Il ne me semble pas que l'exploitation a été faite de façon absolue. Je préfère rester en référence à la sagesse des juges   - Voulez-vous dire qu'il y a eu une justice à deux niveaux ?   Je préfère ne pas me prononcer...   - Vous avez été cité comme témoin à charge dans l'instruction menée par la Cour suprême contre de hauts cadres de l'Etat, notamment des ministres. Pouvons-nous avoir des détails ?   Il y a deux dossiers pour lesquels les concernés bénéficient du privilège de juridiction. Par voie de conséquence, ils échappent à cette justice de premier niveau, celle rendue par les tribunaux. J'ai pris part activement à cette instruction, et j'ai donné les preuves en ma possession. Mais depuis quelques temps, je n'ai plus eu de nouvelle.   - De nombreux avocats ont évoqué l'énigme de l'agence Khalifa de Koléa. Est-ce le cas, selon vous ?   Si vous voulez des révélations, il faut être objectif. Nous n'avons rien qui justifie des révélations non faites. Nous ne détenons rien. Si nous faisons allusion à des opérations qui se sont déroulées et qui ont été rapportées par la rumeur, je préfère ne donner aucun avis sur le sujet.   - Le rapport de l'expertise comptable révèle que l'agence de Koléa a subi un lourd déficit, mais est-ce la seule dont les responsables n'ont pas été inquiétés ?   Les écarts financiers existent dans toutes les agences. Mais je ne pense pas qu'il y ait un lien entre ces écarts et les responsables de ces structures.   - Qu'en est-il du dossier en instruction au tribunal de Chéraga, relatif à Khalifa Airways ?   J'ai été engagé dans cette instruction pendant longtemps. Mais je suis surpris qu'il n'y ait pas eu de suite à ce sujet. J'ai questionné les personnes en charge de ce dossier qui m'ont toujours donné l'espoir que l'institution judiciaire considérait cette affaire comme étant en cours. C'est un dossier très important de par la nature des irrégularités commises et l'importance des montants en jeu. L'affaire des transferts en instruction au tribunal de Chéraga est un dossier épineux et plein d'irrégularités. Pour des raisons de confidentialité, je ne peux vous donner les montants...   - Durant le premier procès, le nom de Raghed Echamaâ, Franco-Libanais, homme de confiance de Abdelmoumen Khalifa a été longuement cité. Qu'est-il advenu de ce personnage ?   Raghed Echamâa a de tout temps été libre d'agir jusqu'à ce que l'affaire Khalifa éclate. La liquidation s'est constituée partie civile pour porter à l'attention de la justice française les actions de ce personnage, et surtout son implication dans la cession des 12 petits avions achetés auprès de EADS. La justice française a engagé des actions qui ont abouti à un mandat d'arrêt international. Des mois après, il est rentré à Paris, où il a fait l'objet d'une arrestation, puis présenté devant le juge. Actuellement, il est sous contrôle judiciaire. A l'origine, les 12 avions avaient été achetés par Abdelmoumen, et à la découverte des méfaits qui ont abouti à la liquidation, Khalifa et Echamaâ se sont entendu pour procéder clandestinement à la cession de ces avions. Je n'ai pas d'idée nette sur le degré de complicité de Abdelmoumen. Ce dont je suis certain, c'est que le maître d'½uvre est Raghed Echamaâ. Il a contribué à démanteler ces appareils et à les vendre en pièces détachées à l'extérieur de la France.   - Par votre action, voulez-vous récupérer l'argent de cette vente ?   C'est pour tous les dommages causés que nous nous sommes constitués partie civile, afin que la justice française reconnaisse notre sort. Il est prévu une première audience, pour que les parties soient entendues par le tribunal. Depuis peu, nous avons été informés qu'il sera programmé cette année, au plus tôt en juin prochain, et au plus tard, en novembre. Le liquidateur d'El Khalifa Bank ainsi que celui de Khalifa Airways seront entendus en tant que partie civile durant ce procès.   - Contre Raghed Echamaâ, mais aussi contre d'autres personnes...   Il y a un ensemble de personnes concernées. Il s'agit de Chachoua, Amirouchène, épouse de Moumen, Nanouche, Kebbache, Kassa, Krim, Mme Tayebi, Brandela, ainsi que le notaire qui a vendu la villa de Cannes et Philippe Le Brun, représentant de la société EADS. Durant ce procès, plusieurs thèmes seront débattus, dont celui de la villa de Cannes. Si gain de cause nous est reconnu, nous bénéficierons éventuellement de dédommagement.   - Beaucoup disent que Khalifa est plus une affaire politique que criminelle. Qu'en pensez-vous ?   Nulle part dans les dossiers que j'ai traités, je n'ai vu transparaître d'indices politiques dans cette affaire. C'est un dossier où il y a de nombreuses irrégularités commises, qui ont porté préjudice à la banque. Nous avons accompli des diligences pour obtenir réparation dans la conformité et la promptitude.   - Selon-vous, Abdelmoumen Khalifa a-t-il laissé une catastrophe financière ?   Effectivement. En termes de dettes, j'évalue le préjudice à 300 milliards de dinars. Ce sont les conséquences fâcheuses des actes commis par Abdelmoumen Khalifa. Si nous nous trompons, c'est uniquement sur les chiffres qui pourraient être plus élevés. Pour cause, en l'état actuel des données, nous avons 120 milliards de dinars de dettes revendiquées par leurs titulaires. Dans l'immédiat, nous avons 100 milliards de dinars de déficit qui pourrait être plus élevé dans les jours à venir, parce que la régularisation des comptes de la banque en liquidation sera achevée, et sans parler des déficits prévisibles qui sont la conséquence des biens jamais inscrits ou transcrits dans les comptes de l'entreprise, comme le cas de la villa de Cannes, du Boeing hypothéqué, des 12 avions achetés auprès de EADS et des unités de dessalement. C'est un constat de déficit à mettre au passif de la liquidation.   - Sans compter les cas des clients qui ont laissé des ardoises partout...   Oui, si l'on parle des débiteurs inscrits dans les comptes, au 31 décembre 2012. Et malgré tous les efforts de recouvrement consentis, le montant qui apparaît est de 81 milliards de dinars. C'est sûr que nous ne pouvons parler de sérieux de la part de ces débiteurs, qui ont fait usage souvent de subterfuges pour retarder le paiement de leurs dettes.   - Et parmi ces débiteurs, y a-t-il des personnalités et des institutions de l'Etat ?   Il n'y a pas d'institution de l'Etat qui se trouve en état d'insolvabilité. De plus, nous ne pouvons pas dire qu'il y a de hauts cadres de l'Etat. Il n'y a que des entreprises individuelles ou des SARL, qui étaient clientes et qui ont bénéficié de concours, mais qui n'ont pas jugé bon d'honorer leurs engagements de débiteurs. Elles sont nombreuses, ces entreprises ou ces personnes que nous considérons comme de vrais clients douteux. Parce que voilà bientôt dix ans que nous traînons toujours un contentieux les concernant. Ce dernier est d'ailleurs rendu compliqué parle manque de compréhension dont fait montre l'institution judiciaire, quant aux particularités de la procédure de la liquidation.   - La plupart de ces débiteurs n'ont toujours pas remboursé...   Oui malheureusement. Jusqu'à présent, il y en a encore qui refusent de rembourser. Il y a un lien direct entre ce que nous réalisons en tant qu'actif. Le recouvrement constitue une part importante de cet actif, il y a donc un lien direct entre la réalisation des actifs et la consistance du passif. Plus nous recouvrons, plus nous faisons rentrer des fonds à la liquidation et mieux nous pouvons payer nos créanciers. Actuellement, notre taux de remboursement est de 5% seulement. C'est un taux très faible. A l'origine, nous pouvions soutenir qu'il y avait insuffisance d'actifs. C'est-à-dire le total est largement inférieur à l'assiette du passif. Mais cette insuffisance est aggravée par la qualité médiocre des actifs. L'insolvabilité des clients en est un témoignage...   - Voulez-vous dire que la fin de la liquidation n'est pas pour demain ?   Malgré les travaux qui restent à faire, nous considérons que la liquidation doit avoir un terme. L'échéance, que nous nous sommes fixée pour procéder à sa clôture, est située aux alentours de trois à quatre années encore. Le délai global d'accomplissement de la liquidation demeure très important.   - Qu'en est-il du sort des nombreuses filiales de Khalifa ?   Il y a six filiales dont la liquidation a déjà été clôturée dans les formes et dans la conformité la plus absolue. L'institution judiciaire nous en a donné acte. Il ne reste que deux entités à clôturer, à savoir : Khalifa Construction et la Eurl Khalifa Airways, qui ne sauraient dépasser le délai d'une année.   - En 2007, lors du procès à Blida, vous aviez affirmé avoir constaté deux niveaux de clients malhonnêtes. Ceux qui sont visibles et ceux qui ne le sont pas. Pensez-vous, aujourd'hui, qu'il y a aussi des accusés visibles et d'autres invisibles ?   Je répète tout le temps que ce qui me fait peur n'est pas ce que je sais, mais ce que j'ignore...   - Cela suppose que vous ignorez beaucoup de choses...   Probablement.   - Qu'en est-il du dossier de l'extradition de Abdelmoumen Khalifa de Grande-Bretagne ?   D'après les informations que je détiens, le dossier est en bonne voie. L'administration judiciaire algérienne a fait un excellent travail. Il y a des crispations qui émanent de l'institution judiciaire anglaise. Nous n'en comprenons pas les raisons.  

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