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Guinée: le président Condé sort indemne d'une attaque contre sa résidence


Le président guinéen Alpha Condé, le 23 mars 2011 à l'Elysée, à Paris AFP/Archives Johanna Pyneeandee

 Le président guinéen Alpha Condé, entré en fonction il y a sept mois, est sorti mardi indemne d'une attaque armée menée par des militaires contre sa résidence privée de Conakry, au cours de laquelle un membre de la garde présidentielle a été tué et deux autres blessés.

Peu après cette attaque dont les motivations restaient inconnues mardi à la mi-journée, le président Condé est intervenu à la radio-télévision publique RTG pour appeler ses compatriotes "au calme" et "à la vigilance".

L'ancien chef d'état-major de l'armée guinéenne, le général Nouhou Thiam, a été arrêté juste après l'attaque, selon son épouse. Il avait été limogé par le président Condé peu après son investiture, le 21 décembre 2010.

Les premiers tirs dans le quartier de Kipé où est situé le domicile du chef de l'Etat, qui s'y trouvait, ont commencé à 03H00 (locales et GMT) et ont duré pendant plus de deux heures, selon des témoins.

Une roquette a été tirée contre la maison dont une partie a été soufflée par l'explosion et la façade criblée de balles.

François Fall, ministre-secrétaire général de la présidence, a déclaré à l'AFP que le président Condé et les membres de sa famille étaient "sains et saufs", mais qu'un membre de la garde présidentielle qui défendait la maison avait été tué. Deux autres ont été blessés.

Aussitôt après l'attaque, des barrages militaires ont été établis dans toute la ville et les accès au quartier administratif de Kaloum, au centre de Conakry, ont été fermés à la circulation.

"Ma maison a été attaquée cette nuit, mais je dois féliciter la garde présidentielle qui s'est battue héroïquement de 03H10 jusqu'à 05HOO du matin avant d'avoir du renfort", a déclaré le président Condé dans son allocution à la RTG.

"Je vous appelle au calme, mais (aussi) à la vigilance et à l'unité nationale. Je ne veux pas de réaction populaire, ni de réaction contre qui que ce soit, laissez l'armée et les forces de l'ordre faire leur travail", a-t-il ajouté.

Une réunion d'urgence des plus hautes instances de l'Etat et de l'armée de Guinée a été convoquée par le Premier ministre Mohamed Saïd Fofana après l'attaque.

Cellou Dalein Diallo, chef de l'opposition, a jugé cette attaque "déplorable" et a souhaité "qu'elle n'affecte pas l'unité de la nation, le processus démocratique et le tissu social déjà fragilisés".

La France, ex-puissance coloniale, l'a "fermement" condamnée et a estimé que l'armée guinéenne devait être "au service de la démocratie", puis a appelé à "la tenue prochaine des élections législatives" reportées.

Alpha Condé, premier président démocratiquement élu de Guinée, avait été élu en novembre 2010 face à Cellou Dalein Diallo, qui avait accepté sa défaite, mais qui a depuis dénoncé les "dérives autoritaires" du régime.

Des législatives auraient dû se tenir dans les six mois suivant l'investiture, mais le scrutin a été repoussé, M. Condé souhaitant faire un nouveau recensement, ce que ses opposants dénoncent.

L'une de ses premières tâches a été de réformer le secteur de la défense et de la sécurité, l'armée ayant toujours joué un rôle déstabilisateur dans ce pays dont l'histoire est marquée par la violence politique, les coups d'Etat et tentatives de coups d'Etat militaires.

Le dernier en date avait porté au pouvoir en décembre 2008 le capitaine Moussa Dadis Camara, renversé un an plus tard.

C'est ensuite un régime de transition dirigé par un autre militaire, le général Sékouba Konaté, qui a dirigé le pays jusqu'à l'organisation de la présidentielle remportée par Alpha Condé.

Le 2 juillet, le colonel Moussa Keita, ancien responsable de l'aile politique de la junte militaire de Moussa Dadis Camara, a été arrêté à Conakry. Il est depuis détenu "dans un lieu tenu secret et inaccessible à sa famille", selon ses proches et des ONG.

Avant son arrestation, le colonel Keita avait fait des déclarations à la presse sur la gestion du régime de transition du général Konaté, affirmant en particulier que ce dernier avait détourné plus de 20 millions de dollars.