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FILSAH : Fronde sociale au chevet d'un grand malade

La Filature du Sahel traverse de nouveau, une zone de turbulence. Longtemps accablée et 0croulant sous le poids de sa lourde dette, la Filsah reprend peu à peu du poil de la bête. Mais le temps de répit semble de courte du durée. Les travailleurs ont décidé d'activer le front social. La grève de la faim qu'a observée le secrétaire général des délégués du personnel, Seydou Ouédraogo, constitue l'élément fort de cette lutte syndicale à la Filsah. Longtemps resté silencieux, le directeur général, Abdoulaye Nabolé, a accepté d'ouvrir les portes de la société.

Observer une grève de la faim, sous les tropiques, n'est pas courant. Mieux, Seydou Ouédraogo, 36 ans, secrétaire général des délégués du personnel de Filature du Sahel (Filsah), a décidé de se priver de repas du 20 mars au 2 avril, au motif que ses camarades et lui « meurent de faim » ! Au 8e jour de grève, nous avons trouvé l'employé de Filsah à son poste. L'homme dit avoir perdu entre 8 à 9 kg, depuis son arrêt volontaire de s'alimenter. Toutefois, selon ses constantes enregistrées, son corps résiste beaucoup mieux à la faim qu'il ne le croit. En juin 2012, lors de la visite médicale organisée par la société au profit des travailleurs, Seydou Ouédraogo pesait 76kg. Au 8e jour de sa grève, sa balance affichait 74kg. Malgré son mouvement d'humeur, le délégué en chef de Filsah est, chaque jour, fidèle à son poste. Il faisait tourner sa machine qui rembobine le fil, quand nous l'avons trouvé. Il a le geste vif, le regard droit et l'expression d'un « Bac +2 ». Habitué à travailler 8 heures par jour en posture debout, il n'a pas eu besoin de s'asseoir pour répondre à nos questions. Il lance une première pique : « je suis étonné qu'on vous ait laissé entrer sur le site tant la maison ne veut pas voir de journaliste ». Et d'expliquer : « j'observe une grève de la faim pour interpeller nos autorités. Je leur demande de venir voir par elles-mêmes, le traitement inhumain qu'on nous réserve ici, en plein 21e siècle ». Dès que vous passez la porte de Filsah, vous êtes captivé par les va-et-vient incessants du personnel reconnaissable qui, par une tenue de couleur kaki, qui, par une autre de couleur bleue et les chaussures de sécurité. A côté de chacun des trois ateliers de travail est aménagée une grande toilette qui propose aux travailleurs des casiers individuels pour la conservation des effets personnels. Un permanencier est posté devant chaque toilette pour veiller à son entretien. Les travailleurs disposent de 3 robinets à eau fraîche. Ils ont aussi une aire de repos aménagée où ils peuvent se retrouver, autour de leur cafète. Pour un personnel estimé à 330 personnes, une infirmerie, comportant une salle d'observation, une salle de soins, a été construite. « Les soins sont gratuits. Nous disposons d'un stock de médicaments pour une prise en charge jusqu'à un certain niveau. En cas d'ordonnance à honorer, le travailleur peut prendre un bon de pharmacie à la direction de Filsah qui fera l'objet d'une retenue de salaire », a indiqué l'infirmier, Armand K. Guissou en charge de la gestion de ce centre médical. Et l'infirmier d'ajouter : « la direction générale fait des efforts exceptionnels pour la couverture sanitaire des travailleurs. Je viens de boucler une opération de vaccination pour tous contre la méningite qui a coûté plus de 3 millions de F CFA, entièrement supportée par la direction générale ».

Du traitement inhumain...

« On m'a mis en isolement dans cette salle. Je suis interdit de la quitter, sur instruction du directeur général. C'est insupportable ! Je suis harcelé. Interdiction est faite au personnel de m'adresser la parole. On m'a demandé de démonter une machine pour en démarrer une autre. Ce travail est fait. Depuis, je suis sans occupation », dénonce le secrétaire général des délégués, Seydou Ouédraogo. Sa grève de la faim, l'employeur, le directeur général, Abdoulaye Nabolé, dit l'avoir apprise par voix de presse. Interrogés, des collègues de Seydou Ouédraogo, le gréviste, avouent avoir pris connaissance du mouvement d'humeur de leur délégué, une semaine plus tard. Mais pourquoi Seydou Ouédraogo est-il seul à observer sa grève de la faim ? A l'écouter, les travailleurs sont tous derrière lui, c'est bien lui qui a décidé d'une action en solitaire. En réalité, il devait relativiser l'adhésion à son mouvement d'humeur, tant le sujet divise le personnel. Une ouvrière traduit bien la situation : « je soutiens la direction générale, mais je soutiens le délégué aussi » ! Mahamadi Yabré, chef d'équipe, a affiché sa désapprobation : « quand on n'a pas regardé dans la marmite du voisin, on ne sait pas qu'on mange bien » ! Ali Diandé, chef d'équipe et délégué dissident en rit même. « J'ai été vilipendé, passé pour le traitre, le vendu à la solde de la direction par le même Seydou Ouédraogo. Des camarades travailleurs qu'on a montés en leur disant que j'étais opposé à notre plate-forme revendicative ne m'adressent plus la parole et ce, jusqu'aujourd'hui. Alors, j'ai aussi une bonne raison d'observer une grève de la faim, mais contre les méthodes cavalières du SG des délégués », a-t-il enfoncé. Souleymane Koné, lui, exerce toujours son mandat de délégué du personnel. Il affiche son soutien au gréviste : « Bien sûr, que je le soutiens, c'est après tout, mon SG » Toutefois, il a tenu à nuancer : « J'ai dit au délégué de mettre fin à sa grève de la faim, pour que nous puissions négocier avec l'administration. Mais, il a refusé ». Le soutien de poids au gréviste est venu de là où on s'y attendait le moins, au sein du collège directorial de l'entreprise. « Je ne suis pas pour les grèves, les casses. Mais, la grève de la faim me paraît un moyen souple pour avoir ce qu'on demande », soutient Jean Luc Kima, directeur industriel, qui a joué le rôle de médiateur, entre-temps, dans la crise. Mieux, M. Kima semble confirmer la thèse de l'isolement. « Tout le monde a remarqué qu'il est seul dans une salle. En tant que responsable, l'isolement est difficile à vivre », a-t-il relevé. La salle qui fait office d'isoloir est un prolongement d'une grande salle dans laquelle s'activent une dizaine de travailleurs, chacun sur sa machine. Le délégué Souleymane Koné jette un trouble qui met à mal l'isolement dénoncé par Seydou Ouédraogo. « Personne ne m'empêche de voir le gréviste », martèle-t-il. A la direction générale, c'est l'étonnement. Le directeur général, Abdoulaye Nabolé, est surpris de l'accusation. « Le règlement intérieur de l'entreprise arrêté par nous-mêmes, validé par la Direction régionale du travail, de la sécurité sociale et le tribunal du travail stipule, à son article 23, qu'il est interdit de s'éloigner de son poste de travail sans motif valable et sans autorisation de son chef direct. Ce n'est pas une mesure qui cible uniquement Seydou Ouédraogo, le délégué du personnel », explique-t-il. Appuyant son DG, le Directeur des ressources humaines (DRH), Moussa Roch Fofana précise que la loi réserve 15 heures d'autorisation aux délégués, pendant les heures de travail pour exercer leurs activités. « Sur instruction du DG, nous laissons à Seydou Ouédraogo et à ses camarades, la liberté de mener leurs activités sans contrainte », affirme le DRH. Le délégué Seydou Ouédroago conteste cette affirmation. « Pour aller en banque ou la CNSS, le travailleur doit requérir plusieurs avis. La pression est énorme », soutient-il.

L'unité syndicale vole aux éclats !

Les travailleurs de Filsah, dans l'optique de rechercher leur bien-être, ont pensé élaborer une plate-forme revendicative. Le diable est entré dans la maison, à partir de ce jour-là. Déjà à son élaboration, l'unité syndicale a volé aux éclats. En effet, le bureau des délégués va enregistrer 4 démissions. « Ils sont partis avec leurs raisons que je me garde de commenter », confirme le délégué-chef, Seydou Ouédraogo. Ali Diané, chef d'équipe et délégué dissident, revisite ce pan de leur histoire, très volontiers. « Le jour de l'AG des travailleurs, j'ai été surpris de constater la présence de la presse. Or, le règlement intérieur ne nous l'autorise pas. L'interdiction ne frappe pas que les médias mais l'introduction de toute personne étrangère sur le site du service, sans l'autorisation préalable de la direction. Après la rencontre, j'ai approché Seydou Ouédroago, notre responsable, pour en savoir plus et lui traduire mon inquiétude. Il l'a mal pris, me traitant de délégué acquis, délégué à la solde de l'administration », relate le délégué dissident. Il dit n'avoir pas apprécié la méthode d'élaboration de la plate-forme. « Quelques minutes avant le début de l'AG, Seydou m'a prévenu en aparté qu'il a fait quelque chose qui ne sera pas de mon goût dont on reparlera après la rencontre. Effectivement, une fois dans la salle, on a distribué une plate-forme déjà prête aux travailleurs. A la fin de la réunion, j'ai saisi mon responsable pour lui signifier que j'étais contre sa méthode. Pour moi, c'est ensemble qu'on devait discuter des points de revendication à retenir. En toute réponse, j'ai été présenté comme celui qui est contre la plate-forme », explique-t-il. Malgré la divergence de points de vue, les délégués en ordre de bataille rencontrent la direction générale pour discuter de ladite plate-forme. « Réagissant à la plateforme, le DG a fait des propositions et nous a donné un temps de concertation. Il était convenu que nous nous retrouvions pour lui donner notre position. Ce rendez-vous n'aura pas lieu. Car, j'ai reçu entre-temps, une convocation de l'inspection du travail. Etonné, je rentre en contact avec Seydou Ouédraogo, notre responsable, qui me fait savoir qu'il n'en savait pas plus que moi. C'est l'inspecteur qui, en lisant l'objet de la réunion, m'apprend qu'elle fait suite à la demande du bureau des délégués du personnel de notre entreprise. Là, je suis tombé des nues ! J'ai pris la parole et j'ai dit à l'inspecteur que je n'étais pas au courant de la demande de conciliation introduite par le bureau auquel je suis censé appartenir. Embarrassé, l'inspecteur a suspendu la rencontre nous donnant du temps pour régler nos différends internes. Une fois entre nous, je leur ai dit que je trouvais la démarche maladroite, car nous étions en pourparlers avec l'administration et qu'il fallait donner la chance à ce dialogue, en réservant l'inspection comme dernier recours. Je n'ai pas été écouté », s'offusque encore l'un des 4 délégués dissidents, Ali Diané. « Pour l'ensemble de ces raisons, 3 autres délégués et moi-même avons rendu le tablier », conclut-il.

La plate-forme de la discorde

La plate-forme revendicative des travailleurs de Filsah comporte 24 points. Entre autres points, les revendications portent sur la revalorisation des salaires, la reconstitution des carrières, l'application d'un même salaire pour les travailleurs exerçant les mêmes tâches... « Nos salaires ne suffisent pas. Des agents sont obligés de venir à l'usine à pied par manque de carburant. Et nous travaillons beaucoup, 8 heures par jour. Les jours fériés ne sont pas payés. Cette situation est inacceptable » révèle Souleymane Koné, délégué du personnel. Et son SG, M. Ouédraogo de préciser : « On n'a pas de grille salariale. Ici, on sert le salaire à la tête du client ». A ce niveau, les délégués du personnel perdent leur soutien de taille, Jean Luc Kima, membre du collège directorial de la société. « Les agents doivent le savoir, un salaire n'a jamais suffi. On ne meurt pas de faim ici », prend t-il ainsi ses distances. A la direction des affaires financières et administratives, les fiches de paie des travailleurs affichent le traitement salarial suivant : conducteur de machine ayant une ancienneté, 49 336F CFA nets, ouvriers manuels ayant une ancienneté, 45 106 de nets. Dans les mêmes catégories et sans ancienneté les agents émargent respectivement pour 48 444 nets et 44 210 F CFA nets. Le délégué Seydou Ouédraogo a signé son contrat avec Filsah en 2002, en sa qualité d'ouvrier. Avec pour seul diplôme le Certificat d'études primaires, c'est un ouvrier exemplaire qui a vite appris sur le tas, au point d'être appelé à des tâches d'appui à la formation de nouvelles recrues. Pour cela, il perçoit un salaire de plus de 90 000 F CFA nets, le mois. En janvier 2011, la société a concédé une augmentation de la prime de pharmacie qui est passée de 3000F/mois à 5000/mois. Une prime de production variable entre 2000 et 14 000 F CFA est servie aux ouvriers, selon leur grade et leur poste. De même, la prime de transport est passée de 2500 F CFA à 5000 F CFA, le mois. En outre, Filsah a appliqué l'augmentation salariale décidée par le gouvernement en 2012. « Nous ne refusons pas le fait que la Filsah a consenti des efforts », reconnaît le SG des délégués. Ces efforts ont surtout porté sur la régularisation de la situation des travailleurs occasionnels de la société. « Au plus fort de notre crise, j'ai vu des ouvriers temporaires, ceux-là qui étaient payés par jour et à la tâche se battre, chacun à sa façon, pour sauver l'entreprise. Et quand les activités ont redémarré, je me suis dit qu'il était de bon ton de sortir ces travailleurs occasionnels de la précarité. J'ai dû batailler dur pour convaincre mon conseil d'administration de m'autoriser à signer des contrats à durée indéterminée, régularisant 111 travailleurs », note le directeur général. « Une fois la situation régularisée, des travailleurs ont quitté le domicile familial où ils vivaient, ils se sont mariés, ils ont contracté des prêts en banque. Du coup, les charges se sont multipliées. L'argent qu'on leur donnait ne pouvait plus suffire », renchérit le directeur comptable, financier et du budget, Salif Konaté. Conséquence : « Nos camarades travailleurs, après les 8 heures ici, vont faire des briques ou d'autres durs travaux. Ils arrivent le lendemain au boulot, fatigués. Ils se mettent ainsi à dormir au lieu de travailler. Quand ils se font prendre une, deux fois, ils reçoivent des lettres d'explication, des mises à pied et se font licencier. Voici nos dures réalités », déclare le gréviste. Si l'administration est sensible aux revendications des travailleurs, elle reste persuadée que celles-ci ne sont pas encore opportunes. En effet, Filsah, même si elle a réussi le miracle de se maintenir en vie (lire l'encadré), la société n'est pas encore sortie de la zone de turbulence. Filsah est déficitaire. Le report déficitaire en 2012 est de 1 milliard 600 millions. Au niveau des emprunts, les dettes de plus de 8 milliards de la société ne sont plus que de 1 milliard 300 millions de F CFA, mais l'ardoise est loin d'avoir été totalement effacée. « Croyez-vous que nous serons crédibles et écoutés par nos partenaires, si nous nous mettons à augmenter nos salaires ? L'Etat qui nous a subventionné, les banques qui ont accepté une réduction de dette à notre profit pourront-ils comprendre une décision de la direction générale d'accroître sa masse salariale », s'interroge le DG, M. Nabolé. A ce propos, le premier responsable des délégués dit n'avoir pas l'information sur l'état de santé de sa société. « C'est un sujet tabou. Nous avons demandé des informations sur la santé financière de notre entreprise. Nous avons reçu une fin de non recevoir », affirme-t-il. Ce qui n'est pas de l'avis du directeur comptable, financier et du budget, M. Konaté : « Nous leur avons tout dit, mais ils ne veulent pas comprendre ». Et l'argentier de « la boîte » d'expliquer que certains travailleurs, depuis qu'ils ont appris que l'Etat a subventionné la Filsah, estiment qu'il y a de l'argent frais qui doit être utilisé pour améliorer leur quotidien. « La subvention étatique étalée sur 3 ans n'est pas en liquidité. Du fait que nous avons des dettes vis-à-vis des banques, l'argent liquide n'allait pas nous servir, puisqu'une fois viré sur nos comptes en rouge, il sera totalement happé » indique-t-il. « L'intervention de l'Etat est passée par la SOFITEX qui nous livrait au compte du Trésor public, la matière première nécessaire à nos besoins », précise le directeur général.

Le délégué Ouédraogo accuse...

« C'est un problème de dialogue. Les deux parties ne se sont jamais assises pour discuter », lance le médiateur, Jean Luc Kima, directeur industriel. « Comment voulez-vous qu'on parle ? Au lieu que le patron apporte des réponses à nos doléances, le directeur général a préféré exercer des pressions sur nous, nous traitant de tous les noms d'oiseaux », défend le délégué-chef, M. Ouédraogo. Le directeur général ne voit pas les choses sous le même angle. « Non contents d'exiger une satisfaction à 100% de leurs revendications, depuis qu'ils sont partis de mon bureau avec pour promesses de revenir, je les attends toujours. Ce n'est pas moi qui ai rompu le fil du dialogue », a avancé le DG. Les délégués du personnel ont choisi de changer d'interlocuteur. « Nous avons saisi l'inspection du travail, puis la justice pour notre différend. Pendant ce temps, nous espérions que le dialogue social serait maintenu. Alors que les délégués du personnel s'acharnent à contenir la grogne du personnel en attendant le verdict de la justice, je dois payer le prix. Un délégué a été licencié, malgré l'avis contraire de l'inspection du travail. Un autre attend de l'être, car il a reçu une 2e mise à pied », a annoncé le secrétaire général des délégués du personnel, Seydou Ouédraogo. En réplique le DG, Nabolé affirme que « les délégués du personnel ne doivent pas se considérer comme étant au-dessus des textes régissant le fonctionnement de l'entreprise ». Abdoulaye Nabolé est un patron à caractère trempé et formaté dans la culture européenne. Ses employés l'appellent « Toubabou » (ndlr : Le blanc en langue dioula). Dans la gestion de l'entreprise, il applique la rigueur du caporal formateur. Ce n'est pas pour rien qu'il a été choisi pour piloter le Comité national de la restructuration et de la mise à niveau des entreprises en difficulté. Alors que nous faisons le tour de l'entreprise en sa compagnie, il monte soudain sur une balance qui affiche 69 kg. « Ok, c'est bon. Il n'y a pas de problème, ma balance à domicile et celle-là affichent la même valeur. Je me dois d'avoir des astuces qui me permettent de vérifier, par moi-même, certaines choses. Dans le milieu industriel, une balance mal réglée à dessein ou involontairement peut avoir de lourdes conséquences », souligne le patron de la Filsah. Porté à la tête d'une entreprise en état comateux (lire l'encadré), ce manager est parvenu à redresser la barre. « Quand l'Etat a consenti autant d'efforts, les banques aussi pour sauver une affaire comme la nôtre, nous n'avons pas d'excuses, en tant que gestionnaire, d'échouer dans les volets les plus faciles que sont l'administration et le management », lance- t-il, avec conviction. Il a réorganisé le travail. A travers le mot d'ordre « un pour tous, tous pour un », les performances sont jugées individuellement, mais aussi collectivement. Les lourdes pertes du temps de travail, les heures supplémentaires sont maîtrisées. Le délégué du personnel lui-même l'avoue : « avant, je pouvais cumuler jusqu'à 60 heures supplémentaires de travail, chaque mois. A présent, cela n'est plus d'actualité ». Le DG soupçonne que les efforts requis pour les performances annoncées ne sont pas du goût d'une certaine catégorie de travailleurs qui ont perdu des avantages personnels. « Certains agents traînaient la jambe, retardant volontairement le travail pour finalement, le faire bien après, mais à titre d'heures supplémentaires », révèle le DG. Mais le délégué Ouédraogo estime lui, que la suppression des heures de travail signifie repos pour lui et ses camarades. De même, l'aménagement de toilettes et de l'infirmerie dans l'enceinte de l'établissement est dans l'ordre normal des choses. « Imaginez qu'avant la construction de ces infrastructures, nous perdions, chaque année, un équivalent de temps de travail de 20 agents dans les absences et autres autorisations », indique le DG. Et le DRH, Moussa Fofana, de compléter : « les travailleurs abusaient des repos médicaux. Manifestement, certains certificats médicaux qu'on nous présentait étaient farfelus. En ayant notre infirmerie, on a réduit de façon vertigineuse, les taux d'absentéisme ». Le SG des délégués n'applaudit pas des deux mains, l'ouverture d'une infirmerie au sein de la Filsah. « Depuis que nous disposons d'une infirmerie, interdiction est faite à tout travailleur de se faire consulter ailleurs qu'à l'infirmerie de l'entreprise » ! Cette affirmation fait sursauter l'infirmier, Armand K Guissou, qui la balaie du revers de la main : « les gens abusaient des repos médicaux arrangés. Ils sont nombreux ces agents qui viennent me demander un tel service. Je ne marche pas dans cette combine ». Mais, le délégué Ouédraogo va faire un autre pas dans ses accusations : « Filsah donne 45 000 F CFA par mois à son infirmier. Donc, il est à solde de la direction générale. Il arrive qu'il demande l'autorisation aux chefs d'équipe et au directeur des ressources humaines, si l'absence d'un travailleur peut mettre à mal le fonctionnement d'un maillon de la chaîne, avant de donner le certificat médical ». La réplique tombe, tout de suite : « J'espère qu'il a les preuves de ce qu'il dit. Ces accusations sont graves. Je suis un pratiquant assermenté qui officie au compte de l'Office de santé des travailleurs (OST). Je ne vais pas mettre en péril la vie des agents par ordre de qui que ce soit. Dans ce cas, ma place n'est pas à l'infirmerie, mais à l'abattoir ». Le DRH se sentant interpellé, contreattaque : « cette façon d'accuser tout le monde discrédite le délégué-chef. Franchement, sommes-nous si inhumains, au point de maintenir sur leur lieu de travail, des malades ? Si lui ne mesure pas les risques, nous si. Un ouvrier mal portant qu'on maintiendrait à son poste de force, peut avoir des complications. Pris de vertiges ou de malaise si le malade s'écroule sur les machines qui présentent toutes, des dangers, imagine-t-il le prix à payer. Nous, on le sait et on ne prendra jamais un tel risque ». Visiblement, on est loin de se comprendre à la Filsah. Le directeur général, Abdoulaye Nabolé a tendu la main au gréviste. Ce dernier a accepté de suspendre sa grève. Le dialogue pourrait donc, reprendre entre les deux parties. La poule aux yeux d'or ne se tuera donc pas. Car la Filsah en crise, ce sont, au-delà des emplois directs (330 travailleurs), les activités de 60 000 personnes, à travers le métier de tisserand qui seront prises en otage. La Filsah, c'est également 6 505 590 104 F CFA d'impôts collectés pour le Trésor public burkinabè. Autant dire, un secteur économique stratégique qu'on ne peut laisser compromettre par une crise !

Jérémie NION

Encadré

La Filsah, une société sous perfusion

La Filature du Sahel (Filsah) est un miraculé. L'exemple aurait pu être enseigné dans les écoles de commerce, au titre d'une société sauvée au prix d'un effort collectif. La Filsah, créée en 2000 pour être un fleuron de l'économie burkinabè dans le textile, a été victime de la crise ivoirienne. En 2003, la société ne pouvant plus vendre son produit à ses deux clients ivoiriens doit faire face à ses créanciers qui ne passaient plus à la caisse. « Tous les jours, j'étais assailli par les huissiers qui ont tous saisi. On était au bord de la liquidation financière », se souvient encore le directeur général, Abdoulaye Nabolé. Au compte de l'exercice 2004, les dettes cumulées de l'entreprise vis-à-vis des banques se chiffraient à plus de 6 milliards 400 millions de F CFA ! « Dans un élan de solidarité générale, tous les partenaires ont pris la résolution de sauver la seule et unique unité de filature de la sous-région », fait remarquer le DG Nabolé. Après une première restructuration (2004-2008) infructueuse, une autre restructuration par le contrat-plan couvrant la période 2009-2013 a été lancée. « Pendant 3 ans, l'Etat nous a apporté une subvention. Toutefois, elle n'est pas en liquidité », a indiqué le directeur comptable, financier et du budget, Salif Konaté. « L'intervention de l'Etat est passée par la SOFITEX qui nous livrait au compte du Trésor public, la matière première nécessaire à nos besoins », précisera le directeur général. L'effort de l'Etat à lui seul n'allait pas suffire. Les banques et autres partenaires financiers de la société, d'ordinaires réputés pour leur esprit très mercantile, affichent, à la grande surprise du directeur général (selon ses mots), une « étonnante volonté de sauver l'entreprise plutôt que de rentrer dans leurs fonds ». Les banques et autres partenaires financiers concèdent une remise de dette au profit de la Filsah. « C'est un cumul de plus de 3 milliards 600 millions de F CFA de remise de dettes qui nous a été concédé entre 2006 et 2010. L'effort mérite d'être salué », se félicite le directeur général, Nabolé. Le patron de la Filsah se souvient tout de même qu'à l'époque, il a surtout redouté « l'orage sur le front social ». Et d'expliquer : « Nous étions obligé de licencier, de mettre des travailleurs au chômage technique. En retour, il y a une solidarité de corps, une compréhension des travailleurs qui m'ont beaucoup marqué. Certains venaient, bien que n'ayant rien à faire et ne percevant pas de salaire se proposer de désherber la cour ».

J. NION

Le Faso

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