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L’audiovisuel ou un champ crypté

Après plus d'une année d'existence «semi-clandestine», les trois chaînes de télévision Ech Chourouk, En Nahar et El Djazairia, de droit étranger, viennent d'obtenir «provisoirement» l'autorisation officielle d'ouvrir des bureaux à Alger, a indiqué hier un communiqué du ministère de la Communication. Les chaînes ont été «autorisées, à leur demande, à ouvrir provisoirement des représentations à Alger», peut-on lire dans le communiqué du ministère. Toutefois, l'accréditation est valable seulement jusqu'au 31 décembre prochain. Elle peut être «corrigée ou retirée à tout moment», a souligné le département de Mohamed Saïd, sans préciser dans quelles conditions cette accréditation serait retirée. L'épée de Damoclès est suspendue au-dessus de «la tête» de ces TV algériennes offshore. L'autorisation accordée aux chaînes de télévision, qui émettent à partir de la Jordanie, intervient dans un contexte où le gouvernement algérien s'apprête à présenter au Parlement un projet de loi sur une ouverture contrôlée de l'audiovisuel. Un projet autorisant uniquement des chaînes thématiques et qui fixe des contraintes rendant impossible de lancer une chaîne de télévision libre. Un semblant d'ouverture qui cache mal un verrouillage du champ médiatique. Des professionnels de l'information doutent sérieusement de la volonté du gouvernement de libérer les médias lourds aux privés. Le pouvoir entend obsessionnellement garder le monopole sur le secteur de l'information tout en laissant faire des chaînes de télé au ton moins critique. Les téléspectateurs algériens ont découvert brusquement, depuis plus d'une année, et coup sur coup, une avalanche de chaînes de télévision privées dans un univers audiovisuel national pourtant hermétiquement cadenassé. Des chaînes détenues par des Algériens résidant en Algérie qui s'adressent aux Algériens et qui parlent de l'Algérie, mais qui émettent d'un ciel étranger. Sous la poussée des révoltes de janvier 2011, Bouteflika, qui n'a jamais fait mystère de son aversion à la liberté de la presse, s'est pourtant engagé à ouvrir le champ audiovisuel avant de faire machine arrière sans aucune explication. Dans ce domaine, l'Algérie est le seul pays dans la région où le pouvoir garde arbitrairement la main sur l'audiovisuel. L'ENTV, seule chaîne de télévision publique financée par l'argent du contribuable, est un instrument médiatique ou si l'on préfère un levier de pouvoir entre les mains des décideurs. Par ailleurs, il est pour le moins curieux de constater que c'est ce même gouvernement qui pousse ces TV à l'exil, leur offre pourtant, comble de l'absurde, l'hospitalité en tant que chaînes étrangères ! A moins d'une attente d'un retour sur investissement... d'ici le rendez-vous de la présidentielle de 2014. CQFD !  

El Watan

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