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Ouganda - Des hommes violés brisent le silence

Le viol utilisé comme arme de guerre est désormais une réalité connue de tous. Chacun pense qu’il ne concerne que les femmes, car elles en sont la plupart du temps les seules victimes. Mais le reportage réalisé en Ouganda par le magazine The Observer paru dimanche 17 juillet 2011 nous montre que les hommes subissent eux aussi ces violences sexuelles.

Le récit commence par l’histoire d’un homme dont le nom n’est pas cité. Il a subi un viol pendant sa fuite au Congo, au moment de la guerre civile ougandaise. Pris par les rebelles et séparé de sa femme, «ses geôliers l’ont violé 3 fois par jour pendant 3 ans».

L’homme finit par raconter son agression au détour d’une visite de sa femme auprès d’une conseillère du Refugee Law Project, une association qui aide les réfugiés à dépasser leurs traumatismes. Son épouse, venue évoquer les difficultés de son mari à avoir une activité sexuelle, le convie à rencontrer la conseillère. Posant une serviette hygiénique sur le bureau de cette dernière, il lâche: «Ça m’est arrivé, je souffre, [maintenant] je dois utiliser ça».

En plus de la honte que ressentent souvent ces hommes, il y a la peur d’être jugés:

«En Afrique, aucun homme n’est autorisé à être vulnérable. Vous devez être masculin, fort. Ne jamais fondre en larmes. Un homme se doit d’être un leader et d’assurer pour toute la famille», pointe du doigt Salomé Atim, une responsable du Refugee Law Project.

Jean-Paul, un autre homme violé à de multiples reprises, n’ose pas en parler à son propre frère:

«J’ai peur qu’il dise, "maintenant, mon frère, tu n’es plus un homme"».

Par ailleurs, évoquer son martyre peut avoir de lourdes conséquences pour les hommes abusés. Certains sont abandonnés par leurs femmes, qui partent avec les enfants, après avoir avoué à leur épouse le drame dont ils ont été victimes. En Ouganda notamment, ces hommes risquent de surcroît d’être considérés comme gays et arrêtés à ce titre.

Personne ne semble vraiment prêt à entendre le récit de ces victimes. Lana Stemple, une chercheuse à l’université de Californie, a consacré une étude intitulée «Viol masculin et droits de l’Homme» (PDF). Elle y reconnaît que le récit communément accepté est que «les victimes de viols sont des femmes dans un environnement dans lequel les hommes sont traités comme un groupe monolithique d’auteurs [potentiels de viols]».

Pourtant, poursuit The Observer, Stemple montre que «la violence sexuelle est une composante des guerres dans le monde entier suggérant que les organismes d’aide internationaux ratent les victimes masculines. Sur les 4.076 ONG passées en revue, seules 3% d’entre elles mentionnent [les viols d’hommes] dans leurs rapports».

Lu sur The Observer