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Ainsi Pensait Habib BOURGUIBA

 Par Ridha Ben Kacem                                                     

Né le 22 juin 1941 à El Hamma et alors qu'il n'avait que 10 ans, l'avènement de Rached Ghnnouchi, était pressenti par Bourguiba, non pas en tant que personne, mais en tant que pensée rétrograde et provocatrice de scission au sein de la société. Au début des années 1950, Bourguiba savait déjà, que le discours islamiste, ce genre de pensée rhétorique, était un danger mortel pour la modernisation des sociétés arabo-musulmanes. Il s'en méfiait et appelait ses compagnons du Néo-Destour, à faire barrage à ce danger. Ainsi, Bourguiba luttait, non seulement, contre le colonialisme, mais, aussi, contre les tenants de cette pensée rétrograde qui se nourrissait et se nourrit, encore, de la misère et de l'analphabétisme dominant à l'époque.

Une fois l'indépendance acquise, l'on comprend le souci de Bourguiba de libérer, dans l'urgence, la femme pour en faire un rempart contre les tenants d'une pensée archaïque d'un autre âge, tout comme l'on comprend qu'il ait choisi de faire de l'éducation la priorité des priorités pour faire sortir le peuple de l'ignorance, terreau du dogmatisme religieux. Il ne faut pas croire, pour autant, que Bourguiba, à l'image d'Ataturk, voulait débarrasser la Tunisie de sa dimension religieuse et de sa spiritualité. Bourguiba avait, tout simplement une vision moderniste de la religion. Cette vision transparaitra, dès 1956 dans cette magnifique ½uvre qu'est le code du Statut Personnel. Le CSP, n'est en fait qu'une vision rationnelle de la religion qui concilie modernité et spiritualité sans aucune contradiction avec l'esprit de la religion et sans le moindre conflit avec la lecture du livre saint, le Coran. 55 ans plus tard, Rached Ghannouchi et sa clique de nostalgiques d'une époque révolue depuis plus de 14 siècles, viendra nous conter des vertes et des pas mûres sur la complémentarité en lieu et place de la parité et de l'égalité !

Dans un discours prononcé le 8 février 1961, Bourguiba déclarait : « Je suis, en effet, persuadé que le plus grand apport de l’Islam est la libération de l’esprit humain. C’est à cette libération que les premiers Arabes musulmans doivent leur immense bond en avant ».Parlant des croyances populaires qu’il juge contraires à l’Islam, il ajoutait dans le même discours : « Mais lorsque s’élève la conscience humaine, ce qui fut le cas dans les siècles d’or de la civilisation musulmane, les grands maîtres de la doctrine tels que Ghazali et d’autres nous enseignent que cette croyance est d’un niveau inférieur à celui de la foi qui n’attend des ½uvres accomplies aucune récompense terrestre ou céleste, mais recherche simplement la paix de la conscience ».En d'autres termes, les vrais penseurs de l'Islam ont utilisé l'esprit pour comprendre et interpréter le Coran. Les autres, à l'image de Ghannouchi, ne font que développer un discours médiocre à la portée des masses populaires qui ne sont pas familiarisées avec la logique de l'esprit critique, ni avec la logique tout court. Ne vous étonnez, donc, pas que ces tartuffes ne s'intéressent qu'à la Aoura, et ce qui tourne autour. C'est que leur vision intellectuelle ne peut s'élever plus haut, étant, définitivement, solidaire de leur sexe, toujours à la recherche de la Aoura de leur discours.

Bourguiba aurait pu utiliser l'Islam pour s'élever au dessus des autres et asseoir, encore plus, son hégémonie, sur la population. Vous croyez qu'il lui aurait été difficile de s'affubler d'une barbe, d'une soutane et de devenir un Cheikh ? Cependant, ce n'est pas ce qu'il voulait. Il ne cherchait, nullement, à régner sur un peuple de miséreux superstitieux! Vous êtes loin de croire que Ghannouchi cherche, réellement, à régner sur un peuple de miséreux et de superstitieux ? Ah oui ? Expliquez-moi, alors, le sens de cette course effrénée à l'augmentation du coup de la vie et, surtout, cette dégradation, inimaginable, de notre environnement citadin et rural ? Les tunisiens, d'aujourd'hui, après un an et plus de quatre mois de règne d'Ennahdha et de Ghannouchi, ne sont-ils pas en train de perdre tous leurs acquis civilisationnels pour retourner à la barbarie ? Non décidemment non, Bourguiba ne voulait qu'une chose, la restauration de cet esprit innovateur qui avait fait le bonheur de l'Islam, lors des premiers siècles de la « Oumma ». Ne disait-il pas, dans ce discours de février 1961 : « En tant que Chef de l’Etat, responsable des progrès de la nation dans ce monde, au même titre que le Prophète pour les musulmans de l’époque, il est de mon devoir de penser à tout ce qui est de nature à la consolider, à la relever, et à lui insuffler un dynamisme créateur »

Voilà où en était Bourguiba de ses réflexions sur l'Islam et la société, 10 ans après avoir sonné l'alarme sur le danger de l'Islam rétrograde, en Tunisie. Cela s'était passé le 25 mai 1951, date à laquelle Bourguiba avait adressé une lettre, à Salah Ben Youssef, alors qu'il se trouvait au Caire. Le Caire, vous savez, c'est en Egypte, et c'est là où était apparu le mouvement d'Al-Ikhwan, durant les années vingt. Les Frères musulmans ,ou, si vous voulez, Jamiat al-Ikhwan al-muslimin, c’est-à-dire, littéralement, Association des Frères musulmans, est une organisation panislamiste fondée en 1928 par Hassan el-Banna, à Ismaïlia, au nord-est de l’Égypte. A des milliers de kilomètres de là, Bourguiba, dont le flair était phénoménal, avait senti le danger. Ghannouchi n'est-il pas, aujourd'hui, leur affilié ? Lorsque Bourguiba avait écrit cette Lettre, l'enfant Ghnnouchi, âgé, alors, de 10 ans, seulement, poursuivait, en toute insouciance, des études primaires, dans son village natal. Dans cette lettre Bourguiba parlait de l’Islamisme militant. Chose incroyable, dans cette missive Bourguiba citait tous les pays qui, aujourd'hui, sont en lutte avec les mouvements islamistes et cela donne vraiment des frissons dans le dos ! Plus. Certains passages étaient prémonitoires et cela m'étonne et me bouleverse au point que je me pose la question : Bourguiba était-il un visionnaire ou un médium ? C'est incroyable, mais lisez, donc :

CHER SI SALAH

« Je reprends ma conversation. Je n’ai pas voulu poster cette lettre hier. J’ai préféré attendre le départ d’un ami pour la lui confier.

Je me suis longuement étendu sur le problème zitounien parce que j’estime qu’il dépasse notre vieux différend avec les  » archéos « . C’est un problème qui est en train d’évoluer vers une direction dangereuse, un problème dont les éléments ne sont déjà plus ceux d’avril 1950, un problème qui se pose, au surplus, avec plus d’acuité dans tous les pays musulmans arrivés à l’indépendance. Il ne faut pas s’y tromper : à côté et au-dessus du différend initial sur les réformes de l’enseignement zitounien, il y a – chez les chefs, chez les pontifes – la conscience nette du danger que constituerait pour eux l’accession au pouvoir des leaders du Néo-Destour, de formation occidentale et de mentalité progressiste. Je vous raconterai toutes les difficultés qu’éprouvent les gouvernements des pays musulmans que j’ai visités, à résister à l’opposition insidieuse des exaltés de l’Islam, à mentalité zitounienne, qui sévissent dans ces pays et résistent à cette adaptation de l’Islam aux nécessités de la vie internationale moderne (Ikhwan el-muslimin au Moyen-Orient, Djamaâ el-Islam, au Pakistan, opposé à la Ligue musulmane présidée par Liakat Ali Khan, Dar-ul-Islam, tenant encore le maquis en Indonésie, Fidayn el-Islam en Iran etc...)

J’ai assez longuement développé cette question dans mon interview à la  » République Algérienne  » dont je vous ai envoyé une copie pour être publiée dans  » Mission « . Le danger en Tunisie, c’est qu’en se posant à nous avant notre libération, avant la reconquête de notre souveraineté, ce problème risque de diviser prématurément le peuple en deux factions irréductibles, ce qui aurait pour résultat de retarder (notre libération)... Peut être qu’une garde zitounienne destinée à faire pièce à la  » Voix de l’étudiant zitounien  » est une bonne chose, à flatter même leurs ambitions, à dissiper leurs inquiétudes, à empêcher à tout prix que l’antagonisme ne dégénère en une guerre inexpiable qui ne fera l’affaire que du colonialisme...

C’est pourquoi il convient, tant que nous n’avons pas fini avec notre principal adversaire, de ménager les zitouniens en vue de les gagner, de faire preuve de patience et de sang-froid avec les chefs, de maintenir surtout le contact avec les étudiants, en grande majorité de bonne foi, de façon à les empêcher de devenir les troupes de choc d’un quarteron d’intrigants, d’ambitieux ou de fanatiques qui au fond d’eux-mêmes préfèrent encore la domination française qui leur garantit un certain prestige à l’indépendance nationale avec le Néo-Destour. C’est pourquoi pressentant dès 1949 (à mon retour du Caire) la gravité de ce problème, j’ai essayé de neutraliser, voire de conquérir Fadhel Ben Achour (en exploitant le respect qu’il avait pour moi personnellement), en vue de priver le clan religieux de la seule tête pensante et agissante qu’il possède en Tunisie. Je me demande s’il ne sera pas trop tard à mon retour en Tunisie pour reprendre cette tentative, maintenant que le sang a coulé entre nous et que les positions se sont durcies de part et d’autre. Ce serait réellement dommage.

Le même problème, le même antagonisme, se pose, je le répète en Egypte, en Syrie, au Pakistan, en Indonésie, mais il y est moins redoutable parce que le pouvoir dans ces pays est entre les mains de progressistes qui se rendent compte que seule une adaptation de l’Etat musulman aux nécessités de la vie internationale et du monde moderne est en mesure de garantir la survie, le développement et le progrès du monde musulman et, partant, de l’Islam. J’ai eu de longues conversations à ce sujet avec Slaheddine Pacha, Liaquet Ali Khan, Soekarno et aussi avec les leaders des clans adverses.

Tâchez donc de faire un effort pour voir ce problème de haut, de très haut, de dominer la voix du sentiment, d’obtenir surtout que nos militants réalisent le danger mortel que constituerait pour nous, en cette période difficile, où nous sommes si vulnérables, une lutte inexpiable sur deux fronts, le bénéfice et les possibilités qu’une telle lutte offrirait à la France colonialiste pour perpétuer sa domination.

Je suis sûr que si vous arrivez à regarder ce problème de cette altitude, la solution n’est pas difficile à trouver. J’en ai fini. Je vous envoie, à tous, mes sentiments les plus affectueux. »

Habib Bourguiba

Publié par Ridha Ben Kacem le 6 avril 2013

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