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6 avril 2000: Habib BOUGUIBA nous quittait

Par Ridha Ben Kacem

En 1972, encore lucide, Vous, Président Habib Bourguiba, vous ne vous faisiez, guère, d'illusions sur votre succession. Vous aviez prononcé ces paroles qui prennent beaucoup de poids avec le recul : « Il ne sera pas facile de remplacer un homme comme moi. Sur le plan sentimental, il y a entre le peuple tunisien et moi, quarante ans de vie passés ensemble, de souffrances subies en commun, ce qui n'existera pas avec celui qui viendra après moi». Oui, M. LE PRESIDENT, vous aviez, parfaitement, raison. Ce que certains prenaient, à l'époque, pour de l'immodestie, s'est révélé tout ce qu'il y a plus exact, avec le passage du temps. ZABA, d'abord, Marzouki, ensuite, surtout Marzouki, devrais-je dire, se sont chargés de vous donner raison, au-delà de toute raison. Dès l'annonce de votre décès, le jeudi 6 avril 2000, ces paroles avaient, déjà, acquis une force prophétique qui ne s'est pas, à ce jour, démentie, bien que je souhaite, de tout mon c½ur, qu'elles soient démenties, avec le prochain locataire de ce majestueux palais que vous avez voulu là où Didon donnait naissance, il y a 28 siècles, à l'envoûtante entité Carthage/Africa/Tunisie.

Le 6 avril 2000, La Tunisie apprend, avec beaucoup de tristesse et de nostalgie, votre décès. Vous étiez né avec le vingtième siècle et avec lui vous aviez disparu. Tel un puissant boulet de canon, vous aviez traversé, de part en part, VOTRE siècle et y aviez laissé, non seulement, l'impact de votre ½uvre, sinon, je ne serais pas là à vous rendre cet hommage appuyé, mais vous y aviez, également, gravé, à jamais, les éclats des vos déclarations- obus et le tintamarre, incessant, des explosions de vos discours retentissants et si prenants. J'estime, pour ma part, qu'il n'y pas meilleure guerre que celle des mots et de l'esprit. Sur ce plan-là, M. LE PRESIDENT, vous étiez imbattable, tant en oral qu'en écrit. J'utilise, à dessein, le discours de la guerre, alors que vous étiez un homme, profondément, épris de paix. Je fais mien, en effet, votre style de combat et ma raison m'entraine à lutter pour que le Combattant suprême, Habib Bourguiba, ne soit jamais enterré, une seconde fois, dans l'oubli et par l'oubli. Vous n'aviez eu droit qu'à des funérailles frugales et furtives destinées, surtout, à glorifier votre successeur, votre usurpateur, devrais-je dire, le pseudo président Zine El Abidine Ben Ali. Pourtant, l'émotion réelle qui avait saisi votre pays et votre peuple, à l'annonce de votre décès, n'était pas, seulement, l'expression d'une reconnaissance à l'égard de votre ½uvre passée. Elle participait, aussi, d'une réévaluation du bilan de votre règne – en matière d'éducation des jeunes et des moins jeunes, et des droits des femmes, notamment -, réévaluation qui prend, encore, plus de poids et de consistance, à la lumière de l'½uvre de démolition généralisée, de l'équipe dirigeante, d'aujourd'hui.

La France, que vous avez combattue, des décennies durant, a été plus tendre, envers vous, que votre successeur et usurpateur. Jadis, vous n'aviez passé que onze ans dans des prisons françaises, et ZABA vous a contraint à treize années de résidence surveillée, dans votre propre pays. La France a fait de vous une des plus grandes figures politiques du XXème siècle et votre successeur, un corps sans vie. Mais ces treize années qui séparent votre destitution, le 7 novembre 1987, par votre premier ministre, le général Zine El Abidine Ben Ali, pour cause de « sénilité », de votre décès, le 6 avril de l'an 2000, n'ont fait que rehausser votre prestige parmi les Tunisiens de tous bords y compris, au sein des milieux les plus critiques à l'égard de l'ancien « président à vie ». Aujourd'hui, avec le recul, au sens propre comme au figuré, ce prestige atteint son sommet et frise, même, la naissance des prémisses d'une nouvelle mythologie. A mes yeux, comme aux yeux de millions de vieux et de jeunes, vous êtes, à jamais, installé au panthéon des GRANDS de ce pays. Ne vous inquiétez pas, M. LE PRESIDENT, les Tunisiens sont trop fiers pour y faire figurer le félon ZABA, l'inculte Ghannouchi ou le pitre au pensionnat, Marzouki. Serions-nous assez fou pour les placer à côté des grands de ce pays ? DIDON, HANNIBAL, St AUGUSTIN, IBN KHALDOUN et compagnie risqueraient de revenir à la vie pour nous le faire, chèrement, payer ! De plus, M. LE PRESIDENT, à vos paroles prophétiques de 1972, nous aurions du faire attention. Car finalement, Zine El Abidine Ben Ali, a été, à sa manière et à son corps défendant, aussi prophétique que vous (7achek !). Sinon, pourquoi, s'était-il affublé d'un tel nom programme : Zine El Abidine Ben Ali, s'il ne prophétisait pas sa propre succession ? Zine El Abidine El Kedhibine El 5aynine Ben Ali, c'est ainsi, en fait, qu'il aurait du s'appeler vu que ce sont les porteurs de ces épithètes qui lui ont succédé, à la tête de VOTRE PAYS. Gloire à vous, honte à eux !

En l'an 2000, la tristesse de la Tunisie profonde, au lendemain de votre décès, vous qui aviez conduit le pays à l'indépendance, en 1956, sans trop d'effusion de sang, a fait contraste avec l'attitude du pouvoir en place, qui a mis tout en ½uvre pour tenir les citoyens à l'écart de vos soit disant « funérailles nationales ». La Tunisie, les Tunisiens, sont, aujourd'hui, plus qu'hier, orphelins et inconsolés de votre disparition et, encore plus, de votre mémorable ½uvre, au service de la Tunisie. Ben Ali, l'auteur du « coup d'Etat-médico-constitutionnel », du 7 novembre 1987, était apparu, lors de vos obsèques, samedi 8 avril de l'an 2000, comme un président assoiffé de légitimité. Et c'était pathétique que de le voir chercher à asseoir ce qu'il croyait être la sienne, sur la votre que nous tous, tunisiens, vous avions, unanimement, accordée. Ne disait-il pas, ce jour là, en effet, en prononçant votre oraison funèbre : « Nous avons entrepris le changement du 7 novembre 1987 en puisant dans ce qu'il y a de meilleur dans le legs que nous a laissé le leader Habib Bourguiba, tout en l'enrichissant et en le fructifiant». Il n'est pas, encore, mort, mais il a emporté sa pseudo légitimité à un exil doré, avec lui. Il pourra, toujours, tenter d'enrichir et de fructifier ce que personne ne lui reconnaitra plus. Tout au plus, retiendrons-nous de lui cette grande lâcheté devant le péril. Un général qui abandonne ses troupes au combat. Pardi ! cela ne s'est jamais vu.

Aujourd'hui, encore, je m'incline devant votre perspicacité. En février 1931, vous écriviez dans « La Voix du Tunisien » à propos de la situation en Tunisie et des moyens de la faire évoluer : « S'agit-il d'un pays sans vitalité, d'un peuple qui décline, réduit à n'être plus qu'une poussière d'individus ? C'est la déchéance qui l'attend, c'est l'absorption progressive, l'assimilation, en un mot. S'agit-il, au contraire, d'un peuple sain, vigoureux, que les compétitions internationales, ou une crise momentanée, ont forcé à accepter la tutelle d'un Etat fort ? Le contact d'une civilisation plus avancée détermine, en lui, une réaction salutaire. Une véritable régénération se produit. Grâce à une judicieuse assimilation des principes et des méthodes de cette civilisation, il arrivera, fatalement, à réaliser, par étapes, son émancipation définitive». Aujourd'hui, 6 avril 2013, treize ans après votre disparition le Pays est, de nouveau, à la croisée des chemins. Sommes-nous redevenus une poussière d'individus ? Ou bien, au contraire, sommes-nous un peuple sain ? Optimiste de nature, j'ai tendance à croire que nous sommes un peuple sain. En fait, ce n'est pas, seulement, de l'optimisme béat, c'est aussi une leçon de vie. C'est la leçon de ma vie, que je vous dois, entièrement, M. LE PRESIDENT. Je suis le produit de votre ½uvre et j'ai le droit de penser que ce produit, n'est ni gâté, ni pourri. J'ai été à bonne école, l'école de Bourguiba, pour n'être qu'un grain de poussière dans le vent. Le sang qui coule dans mes veines est le même qui vous a animé, celui-là même qui a coulé dans les veines d'ALLYSSA.

En 1927, Le Barreau de Tunis avait enregistré l'inscription d'un jeune avocat, issu des universités parisiennes, vous, Habib Bourguiba. Membre du Destour, depuis 1922, vous n'alliez commencer votre action politique qu'en 1930, en collaborant à un journal quotidien de langue française : « La Voix du Tunisien », porte parole de la commission exécutive du Parti Nationaliste. Moins d'un an après, vous alliez tracer votre ligne de conduite, la méthode si pragmatique des petits pas à laquelle vous resterez fidèle, votre vie durant. C'est, donc, sans surprise que lorsque l'occasion se présentera, vous irez promouvoir votre méthode, chez nos frères arabes, les palestiniens, englués dans une situation inextricable, au Moyen Orient. Oui, là, ou presque, où Marzouki est allé insulter et promettre la pendaison aux démocrates tunisiens, qui, à ma connaissance, sont, encore, majoritaires dans ce pays, vous étiez passé, bien avant lui, pour donner une leçon magistrale de politique de haute voltige, à la tunisienne, dont vous aviez le secret. C'était il y a 48 ans, c'était 34 ans après ce que vous aviez écrit sur les colonnes de « La Voix du Tunisien », en 1931, c'était le 3 mars 1965, à Jéricho. Permettez, M. LE PRESIDENT, que je relise, encore une fois, à haute voix, cette fois-ci, pour que toute la Toile m'écoute, restituer, à la postérité, votre esprit hors pair, cet esprit libre et ô combien tunisien :

« Chers frères,

Je ressens en ce moment un double sentiment d'émotion et de fierté. Ému, je le suis lorsque je pense à l'ampleur du désastre que nous avons subi en Palestine il y a dix-sept ans. Mais en même temps, l'enthousiasme qui vous anime, la volonté farouche que je lis sur vos visages, la détermination à reconquérir vos droits, tout cela me réconforte et consolide mon optimisme.

Vous savez sans doute que le peuple tunisien alors qu'il menait encore une lutte âpre contre la forme la plus abjecte du colonialisme, a tenu à apporter sa contribution dans la guerre de Palestine. De tous les coins de Tunisie, jeunes et vieux sont accourus ici pour prendre effectivement part à la lutte dont l'enjeu était d'assurer l'intégrité d'une terre arabe et musulmane qu'ils considéraient comme leur seconde patrie. Le peuple tunisien a pu, au bout de vingt-cinq ans de lutte, fonder un État solide et moderne sur une terre d'Islam débarrassée de toute co-souveraineté et de toute forme de domination politique ou militaire.

Mais nous pensons en Tunisie que notre action ne se circonscrit pas à l'intérieur de nos frontières, La Tunisie qui a combattu le colonialisme est consciente du rôle qu'elle doit assumer dans la libération de chaque pouce de la nation arabe demeuré encore sous l'emprise de l'étranger. J'avais déjà proclamé à la première Conférence au sommet arabe, que la Tunisie était décidée à mettre à la disposition de la cause palestinienne toutes ses potentialités. Je le proclame à nouveau aujourd'hui. Il est toutefois un point sur lequel je voudrais attirer votre attention : vous êtes les titulaires d'un droit violé; à ce titre vous vous devez d'être à la première ligne du front ouvert pour la reconquête de la Palestine. Il est de mon devoir de vous entretenir en toute franchise d'un certain nombre de vérités que vous devez avoir présentes à l'esprit : D'abord votre rôle dans la lutte est primordial. C'est ce que vous ne devez jamais perdre de vue. D'autre part, je voudrais dire, en ce moment où je m'adresse à tous les arabes partout où ils se trouvent que mon expérience personnelle, issue d'une dure et longue lutte, m'a appris que l'enthousiasme et les manifestations de patriotisme, ne suffisent point pour remporter la victoire. C'est une condition nécessaire. Mais elle n'est pas suffisante. En même temps que l'esprit de sacrifice et de mépris de la mort, il faut un commandement lucide une tête pensante qui sache organiser la lutte, voir loin, et prévoir l'avenir. Or, la lutte rationnellement conçue implique une connaissance précise de la mentalité de l'adversaire, une appréciation objective du rapport des forces afin d'éviter l'aventure et les risques inutiles qui aggraveraient notre situation.

Il faut donc nous armer de lucidité, élaborer soigneusement nos plans et créer toutes les conditions de succès. Il faut préparer les hommes et les doter de moyens. Il faut aussi renforcer notre potentiel de lutte par l'appui de l'opinion internationale. Éviter toute précipitation dictée par la passion, agir avec discernement, en vue d'arriver au but, voilà l'essentiel.

Si toutes ces conditions sont réunies, alors notre cause triomphera, d'autant plus sûrement que le Droit est de notre côté. C'est aux responsables qu'il revient de réunir les atouts du succès. Ces atouts nous manquaient lorsque nous avions, il y a quelques années, engagé la bataille, cette fois-ci, c'est sans répit qu'il faut travailler pour les réunir. Nous devons profiter des expériences passées et nous imposer un grand effort de réflexion. Déjà nous sommes sur la bonne voie; mais la voie est longue. Pour aboutir au but, notre action exige loyauté, sérieux et courage moral.

Il est extrêmement facile de se livrer à des proclamations enflammées et grandiloquentes. Mais il est autrement difficile d'agir avec méthode et sérieux. S'il apparaît que nos forces ne sont pas suffisantes pour anéantir l'ennemi ou le bouter hors de nos terres, nous n'avons aucun intérêt à l'ignorer, ou à le cacher. Il faut le proclamer haut. Force nous est alors de recourir, en même temps que se poursuit la lutte, aux moyens qui nous permettent de renforcer notre potentiel et de nous rapprocher de notre objectif par étapes successives. La guerre est faite de ruse et de finesse. L'art de la guerre s'appuie sur l'intelligence, il implique une stratégie, la mise en ½uvre d'un processus méticuleusement réglé.

Peu importe que la voie menant à l'objectif soit directe ou tortueuse. Le responsable de la bataille doit s'assurer du meilleur itinéraire conduisant au but. Parfois, l'exigence de la lutte impose contours et détours.

Il est vrai que l'esprit s'accommode plus aisément de la ligne droite.

Mais lorsque le leader s'aperçoit que cette ligne ne mène pas au but, il doit prendre un détour. Les militants à courte vue pourraient penser qu'il a abandonné la poursuite de 1'objectif. Il lui revient alors de leur expliquer que ce détour est destiné à éviter l'obstacle que ses moyens réduits ne pouvaient lui permettre d'aborder de front. Une fois l'obstacle contourné, la marche reprend sur la grande route qui mène à la victoire.

Plus d'un leader arabe s'est trouvé dans l'impossibilité d'agir de cette manière. Pourtant, notre défaite et l'arrêt de nos troupes aux frontières de la Palestine prouvent la déficience de notre commandement. L'impuissance des armées à arracher la victoire malgré l'enthousiasme des combattants était due à ce que les conditions de succès n'étaient pas réunies.

Aujourd'hui, les chefs d'état travaillent sérieusement à mettre en place un commandement qui soit au niveau de ses responsabilités. Mais cela ne saurait suffire. Il est nécessaire que les peuples se gardent de gêner, par des débordements passionnels, l'action des dirigeants. Il ne faut pas que leur attachement obstiné à une certaine ligne de conduite mette les responsables politiques en difficulté pour l'exécution de leurs plans. Il ne faut pas qu'on accuse de défaitisme ou de compromission tel au tel leader arabe parce qu'il a proposé des solutions partielles ou provisoires si celles-ci représentent des étapes nécessaires sur la voie de l'objectif.

Mais, pour que le peuple ne gêne pas ou ne tasse pas échec à l'exécution des plans arrêtés, il est nécessaire-- comme c'est le cas en Tunisie-- qu'il ait confiance en ses dirigeants. Disposant ainsi de leur liberté d'action, ceux-ci sont en mesure d'avancer plus sûrement vers l'objectif. Il m'est souvent arrivé de me trouver dans l'obligation pour être maître de certaines situations, de recourir à la « politique des étapes ».

Lorsque certains militants faisaient preuve de réticences, je m'efforçais de les convaincre que ma méthode ne pouvait déboucher que sur la victoire, surtout lorsqu'apparaissaient chez l'adversaire des signes de faiblesse. Il fallait alors ébranler ses positions de force, entamer son moral et en même temps renforcer davantage notre position.

Quant à la politique du « tout ou rien », elle nous a menés en Palestine à la défaite et nous a réduits à la triste situation où nous nous débattons aujourd'hui.

Nous n'aurions en aucune façon réussi en Tunisie si nous n'avions abandonné cette politique et accepté d'avancer pas à pas vers l'objectif. A chaque pas, à chaque conquête par le peuple tunisien d'une nouvelle position stratégique, la France cédait une partie de ses privilèges; pour elle, c'était un moindre mal. Elle s'imaginait pouvoir ensuite arrêter le processus. Mais chaque point stratégique conquis augmentait davantage nos moyens d'action. Le processus devenait ainsi absolument irréversible. Ainsi, pas à pas, la France s'est trouvée acculée à la dernière bataille, la bataille de Bizerte où elle ne pouvait que céder définitivement.

En Palestine, au contraire, les Arabes repoussèrent les solutions de compromis. Ils refusèrent le partage et les clauses du Livre blanc. Ils le regrettèrent ensuite.

Si nous avions, en Tunisie, refusé en 1954, l'autonomie interne comme solution de compromis, le pays serait demeuré jusqu'à ce jour sous la domination française.

Il est donc essentiel que le commandement ait la liberté de man½uvre, qu'il soit capable de prendre telle ou telle initiative et qu'il ait des qualités de sincérité, de probité, de dévouement et de clairvoyance.

Je tenais à vous faire part de ces réflexions en tant que frère rompu depuis longtemps à la lutte anticolonialiste. J'ai inculqué les notions que je viens de vous exposer à vos frères tunisiens qui ont fini par adhérer à tous mes plans d'action.

Il leur est arrivé parfois d'en éprouver un certain malaise. Malgré cela, ils ont accepté de s'engager sous mon impulsion dans telle ou telle expérience car ils ont mis à l'épreuve mon dévouement et ma clairvoyance. Ils ont constaté les résultats. Aujourd'hui nous sommes libres et indépendants.

Voilà ce qu'un frère a voulu dire à l'occasion de cette visite. Voilà le conseil que je crois devoir vous donner ainsi qu'à tous les Arabes. Il est nécessaire d'appuyer les sentiments et l'enthousiasme par une vision claire des données du problème, pour que notre action soit pleinement efficace.

C'est un homme en tout point désintéressé qui vous le dit, un homme dont vous ne pouvez contester la sincérité ni la profonde affection qu'il vous porte.

Nous arrivons au but. Nous n'aurons pas à passer dix-sept ou vingt années encore à nous lamenter vainement sur « la patrie perdue ». Nous en tenir aux sentiments serait nous condamner à vivre des siècles dans le même état. Ce serait l'impasse.

Il faut que, de la nation arabe, montent des voix pour parler franchement aux peuples, savoir que la lutte doit se poursuivre avec tout ce qu'elle comporte de détours, d'étapes, de ruses jusqu'au jour où nous aurons arraché, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les générations futures une victoire complète et définitive.

Je vous demande de méditer sur ces propos. Chacun de nous aura à rendre compte à Dieu et à sa propre conscience, de ses intentions et de ses actes.

Mon v½u le plus cher est que les Musulmans vivent dans une communion des c½urs encore plus étroite, que les dirigeants réalisent entre eux une meilleure compréhension et combattent tous les complexes de quelque sorte que ce soit : complexes d'infériorité vis-à-vis de l'ennemi dont on serait tenté de surestimer les forces, complexes de supériorité qui risqueraient de nous précipiter dans une catastrophe que nous pouvons sûrement éviter, grâce à un recours incessant à la raison et à l'intelligence ».

Par Ridha Ben Kacem le 5 avril 2013

 

 

 

 

 

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