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L’exception marocaine, fondement de l’axe Paris-Rabat

Au lendemain de la visite d'Etat du Président François Hollande, intervenue en pleine tourmente née de l'affaire Cahuzac, les hypothèses et constats dressés ici même avant son arrivée au Maroc sont confirmés. En effet, au chapitre de la coopération économique et financière, hormis un prêt consenti par l'AFD à l'ONEE de 30 millions d'euros et la signature d'une convention entre la même Agence Française de Développement et le Groupe Attijariwafa bank pour la garantie d'investissements français, marocains et franco-marocains en Afrique occidentale et centrale, il n'y a rien eu d'autre que la confirmation d'accords antérieurement conclus par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault en décembre 2012.

La visite du Président de la République française a été essentiellement consacrée à l'affirmation forte de positions de principe que l'Exécutif élyséen n'avait point faites jusqu'à là avec une telle solennité.

Celle que l'on retiendra en premier, bien évidemment, c'est la reconnaissance devant les deux Chambres du Parlement, de la validité et de la pertinence de la proposition du Royaume pour un règlement politique, pacifique, négocié et définitif de la question du Sahara occidental marocain.

Cette affirmation clairement énoncée de François Hollande a pris force et valeur d'engagement devant le Peuple marocain et on en saura gré au Président de la République qui a ainsi repris à son compte, une position que la Gauche française a toujours eu du mal à accepter et surtout à énoncer officiellement.

Paris, ainsi, se range aux côtés de Rabat, sans aucune ambiguïté et ce ralliement vaut énormément aujourd'hui alors que l'envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU, Christopher Ross, en tournée maghrébine, semble être également sur cette « longueur d'onde », insistant sur une issue rapide de la question de nos provinces du Sud du fait des dangers de déstabilisation qui se multiplient au Sahel.

La France, ainsi, prend quelque distance avec la position traditionnelle d'équilibre

« hypocrite » qu'elle croyait devoir adopter pour ménager l'Algérie de Bouteflika, alors que le Maroc, qui a obtenu gain de cause, a mis dans la balance beaucoup plus que n'a consenti à le faire le voisin algérien.

Soutien résolu et rapide accordé par Rabat dans l'engament français au Mali, libre passage au-dessus du territoire marocain des chasseurs bombardiers que François Hollande a envoyés en janvier pour arrêter les avancées djihadistes vers Bamako. Mais aussi, ce que l'on dit moins, plaidoyer fervent du Royaume auprès des Etats arabes et islamiques en faveur de l'Opération Serval, sans omettre le soutien clair et ferme du Maroc dans la quête française d'une plus grande intervention occidentale en Syrie.

L'axe Paris-Rabat est donc désormais bien consolidé et l'Algérie semble ainsi isolée, elle qui refuse de lâcher Tindouf et a fait preuve de réticences pour accompagner du bout des lèvres l'intervention française au Sahel.

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Le second point fort de cette visite d'Etat, est matérialisé par les propos aussi francs que positifs que François Hollande a tenus sur le Maroc, son édifice institutionnel, son architecture constitutionnelle et les progrès qu'il a accomplis dans les champs des libertés publiques, des acquis démocratiques, du développement économique, durable, social et humain.

Ces constats de M. Hollande ont été faits, chaque fois, de la façon la plus solennelle, soit au cours de l'allocution prononcée lors du dîner officiel offert par le Souverain au palais royal de Casablanca, soit devant la représentation parlementaire au complet à Rabat.

Ils ont donc valeur de soutien non équivoque à « l'exception marocaine », une réalité qui a eu du mal à émerger dans nombre de chancelleries européennes et occidentales lors du déclenchement du « printemps arabe », considéré comme libérateur et salvateur en 2011 et qui, en 2013, a perdu quasiment toutes ses promesses émancipatrices, à Tunis comme à Tripoli, au Caire…

Enfin, dernière illustration du caractère essentiellement politique et géostratégique du déplacement présidentiel français au Maroc, la volonté commune de consacrer au continent africain l'importance que méritent ses potentialités de développement, ses besoins multiformes et ses richesses qui, aujourd'hui, sont trop peu appréhendés par les appareils économiques et les entreprises en France et au Maroc.

Ni chasse gardée française, ni zone exclusive d'expansion marocaine, l'Afrique, surtout dans sa partie francophone, représente une vaste terre d'opportunités pour les secteurs privés et publics des deux pays, mais aussi pour les milliers de cadres et de diplômés que comptent la France et le Maroc, aujourd'hui quelque peu contraints par la crise économique.

Redécouvrir l'Afrique, voilà le nouveau challenge que Paris se donne avec Rabat à l'heure où Chinois, Brésiliens, Américains et autres Britanniques disposent déjà de solides points d'ancrage en plusieurs points du « continent noir ».

Pour ces raisons, et elles seules, le voyage de M. Hollande dans notre pays aura été un succès, tant il est vrai qu'aujourd'hui, le Président de la République, son gouvernement et ses amis politiques sont à la peine, Cahuzac et crise multiforme obligent.

Au moins M. Hollande aura-t-il eu l'intelligence de comprendre que nul n'est prophète en son pays et de reconnaître que pour le Maroc et les Marocains, la fidélité en amitié est une valeur qui fait partie de nos constantes.

Fahd YATA

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La Nouvelle Tribune

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