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Le cacao ivoirien, une affaire de famille

En Côte d’Ivoire, cacao et politique ont noué des liens plutôt étroits, si l'on en croit la «saga familiale» dont Alassane Ouattara, président de Côte d'Ivoire reconnu par la communauté internationale, tient le rôle principal.

En effet, celui-ci ne serait autre que le beau-père de Loïc Folloroux, directeur du service Armajaro Trading Limited, un négoce de produits agro-alimentaires de la société Armajaro. Ce fonds d’investissement britannique basé à Londres est bien connu sur le marché du cacao: son fondateur, Anthony Ward, serait à l’origine de spéculations fructueuses sur le cours de «l’or brun», qui ont généré d’importants bénéfices. Toutefois, le succès d’Armajaro sur le marché du cacao ivoirien en laisse certains sceptiques. Le Daily Finance avance qu'«Armajaro saurait des choses que le reste du monde ignore» et France 24 cite Laurent Pipitone, analyste à l’Organisation internationale du cacao, qui estime «qu’il y a un évident problème de transparence qui nuit à la confiance des acteurs».

Surnommé «chocolate fingers» (doigts en chocolat), Anthony Ward s’est imposé comme «un acteur irremplaçable du négoce de cacao», selon le quotidien MoneyWeek. Surfant sur la vague d’instabilité politique et financière qui traversait —et traverse toujours— la Côte d'Ivoire, il a savamment appliqué une stratégie «consistant à paralyser l’offre par des achats massifs, afin de garantir une montée artificielle des prix». Concrètement, il aurait profité des troubles électoraux pour commander en juillet 2010 241.000 tonnes de cacao ivoirien —soit 7% de la production annuelle mondiale—, qu’il aurait ensuite fait stocker en Europe. Une opération à l’origine d’une véritable envolée des prix du cacao sur le marché.

«Une opération —la plus importante jamais réalisée depuis 1994— qui a provoqué une flambée des prix. Peu de temps après la transaction, la tonne est montée à 2.725 livres (3.247 euros), son niveau le plus haut depuis septembre 1977. Pour près d’un milliard de dollars (700 millions d'euros), Armajaro s’est offert de quoi remplir environ 155 piscines olympiques de fèves de cacao», indique France 24.

Le Blog Finance revient sur la politique menée par Ouattara postérieurement à l'achat massif de cacao par la société Armajaro. Le président avait instauré fin janvier 2010 un embargo sur «toute exportation de café et de cacao à compter du lundi 24 janvier 2011 et ce jusqu'au 23 février 2011», ce qui a incité l'Union européenne à mettre en place un embargo sur les importations de cacao ivoirien. Un blocus à l’origine d’une envolée (6%) des cours du cacao sur les marchés londoniens et new-yorkais, et qui a profité aux exportateurs qui avaient encore des stocks de cacao disponibles —en l’occurrence la société Armajaro. Le site explique que la stratégie de la société serait «justifiée alors par le fait qu’Anthony Ward aurait disposé d'informations inédites sur l'évolution de la situation politique en Côte d'Ivoire».

Les Afriques déplore que ce coup d'éclat ne bénéficiera pas à la population ivoirienne:

«L’embellie ne profitera malheureusement pas aux agriculteurs africains pour une raison simple: ils ont déjà été payés à un prix fixe. Avec 241.000 tonnes, l’objectif stratégique d’Armajaro est avant tout de créer incertitude et volatilité sur le marché.»

Le surnom «chocolate fingers» d'Anthony Ward remonte à 2002, lorsqu’il avait utilisé avec brio son «talent» pour anticiper les cours du cacao. Il en avait alors acheté 203.320 tonnes juste avant que le prix de celle-ci ne passe de 1.580 à 1.800 euros. Une manœuvre qui se serait soldée par un bénéfice estimé à 60 millions de dollars (40 millions d'euros).

Lu sur Daily Finance, France 24, MoneyWeek, Le Blog Finance, Les Afriques