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Monsieur le Président de la république du Cameroun, vous avez toujours une solution : la dissolution

La session ordinaire du parlement se poursuit à l'hémicycle de Ngoa-Ekelé mais il convient de nous poser déjà la question de savoir si le Président Paul Biya peut se sortir d'affaire ? Quatre mois après la prorogation du mandat des députés, dix-sept mois après sa réélection, le bateau du Renouveau prend de l'eau de toute part. Les sénatoriales montrent déjà que le Parti des Flammes est un géant aux pieds d'argile, incapable de constituer des listes de candidatures conformes à la loi. Normal jusqu'ici, ils ont fonctionné sur le mode de désignation. L'Ouest et l'Adamaoua sont tombés et à dire vrai les autres n'ont été repêchés qu'avec faute !(1) Pourtant, nous dit-on, Paul Biya est au travail, sur les chantiers non plus grands, mais structurants. Il doit donc, pour cela, prendre des mesures difficiles pour le pays et son impopularité égale celle de son gouvernement, de son parti, de son parlement, de sa Cour Suprême bref de tout l'ensemble de l'appareil d'État. Sa base, autrefois présentée comme solide, se lézarde à grande vitesse.

Le Cameroun est dirigé comme une monarchie depuis son indépendance. Mais une monarchie archaïque voilà pourquoi il donne l'impression de procéder de temps en temps à des décollations symboliques. Elles peuvent durer plusieurs années, c'est même une sorte de sport national. Le président Paul Biya, plus que son prédécesseur, a su aiguiser des haines et la fin de son règne qui s'annonce se fait avec le cliquetis des couteaux qu'on aiguise de toutes parts et surtout dans son propre camp. À croire que le chef de l'État n'est pas majoritaire chez les siens. De ce point de vue, la candidature même rejetée du président de l'Assemblée Nationale au Sénat naissant est sans doute l'un des événements politiques de ces dernières semaines. Cavaye Yégué est inquiet du devenir de l'auguste chambre où il est régulièrement élu depuis 43 ans et dont il occupe la présidence depuis 21 ans !

Ce qui est stupéfiant, c'est que le Cameroun est le pays de tous les records : placé en tête depuis 5 ans des pays les plus corrompus au monde, le pays de Paul Biya est aussi celui où un seul homme occupe la tête de trois sociétés de souveraineté sans que ceci n'émeuve qui que ce soit. Roger Milla a été buteur à la coupe du monde la quarantaine passée ! Talba Malla a encore de beaux jours devant lui et Iya Mohammed suivant la décision du Contrôle Supérieur de l'État et de son ministre Henri Eyebe Ayissi pourra revenir aux affaires dans cinq ans ! Cinq ans exactement c'est-à-dire à la fin du mandat actuel du président Paul Biya ! Voilà succinctement la carte d'identité politique du pays que j'aspire diriger et vous conviendrez donc avec moi, que preuve est faite, Paul Biya ne dort plus que d'un ½il et d'une oreille. Son gouvernement, son parlement, sa Cour Suprême sont certainement les moins lucides et les moins réalistes du champ politique aujourd'hui.

Le président a été élu sur un malentendu qu'il lui faut aujourd'hui purger. Aujourd'hui nous devons nous dire qu'on ne sert de l'ambiguïté qu'à son détriment. Le chef de l'État s'est présenté aux Camerounais sans programme mais avec tout l'appareil d'État. Ce qui veut dire qu'il a pris large en pensant tout attraper mais pour quelle fin ? Aucun débat n'a eu lieu, aucune campagne mais des visites officielles pour marquer la continuité de l'État. Ce qu'il paie aujourd'hui, c'est de n'avoir pas fait campagne, de n'avoir rien expliqué ni à son appareil d'État, ni au peuple de qui il semble tenir son mandat. Le pouvait-il ?

Si le Président Biya avait dit la vérité à son appareil d'État pendant la campagne, il n'aurait pas été élu même face au dernier des Camerounais candidats. L'appareil d'État, mieux le Train à Grande Vitesse (TGV) de la fraude, ne se serait pas mis à son service. Les députés, ceux qui ne savent plus où se mettre aujourd'hui, n'auraient sans doute pas travaillé pour lui. Les conseilleurs municipaux aussi. De même que les ministres, les directeurs généraux, tout l'appareil d'État y compris les plantons qui espèrent encore une récompense. Marafa Hamidou Yaya n'aurait certainement pas mis toute son intelligence à sa réélection s'il avait su qu'il allait se retrouver en prison au lendemain de la réélection de son mentor. Que dire de Chief Inoni et de tous les autres ? Bekolo Ebè, Jean Jacques Ndoudoumou, Jean Tabi Manga ! Telle est la tragédie de la politique et de l'agenda auquel un seul homme a accès ! Ils ont joué, ils ont cru aux règles même s'ils ne les connaissaient pas, ils ont perdu et au revoir ! Disons donc, pour ceux-là, que la lucidité n'est jamais cher payée dès lors qu'elle est affichée.

Le Document de Stratégie Pour la Croissance et l'Emploi concocté par Louis Paul Motaze dont personne n'a jamais nié les compétences est passé de simple document de travail en véritable programme politique. Erreur ! Il faut être capable de questionner même l'inquestionnable, de nommer l'innommable afin qu'advienne la vérité au sens de la compréhension de ce qui est soumis à notre critique. 166 pages de chiffres vidées de lettre et de texte que personne n'a jamais véritablement pris la peine de lire et de comprendre pour découvrir la vacuité de ce qui est présenté, aujourd'hui, comme action gouvernementale. Nous sommes réduits à vouloir remplir les caisses vides de l'État grâce à la vente d'ananas à la Turquie. Le compte rendu que nous fait le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement à cet effet dans le Cameroon Tribune du 1er avril 2013 est d'ailleurs assez édifiant sur notre propos(2). Où est passée l'amélioration de l'efficacité du marché de l'emploi annoncée à la page 21 du DSCE ? Où est passée la gouvernance et la gestion stratégique de l'État ?(3) Les créateurs d'entreprises nationaux se plaignent tous les jours des difficultés qu'ils rencontrent auprès des banques pour trouver des sources de financement. Beaucoup avouent ne rien comprendre au système d'imposition en vigueur. Les effets de la surfiscalité et de la corruption qui l'entoure asphyxient les initiatives et assomment les entrepreneurs sans rien rapporter, au contraire, car elles font baisser l'activité, aussi modeste soit-elle.

Où en est-on avec la modernisation de l'appareil de production agricole adoptée par le gouvernement en 2005 et qui nous est rappelée en p. 63 du DSCE ? Qu'a-t-on fait pour cette « agriculture malade, structurellement incapable désormais de nourrir la population camerounaise » ?(4) Qu'a-t-on fait des contraintes identifiées hier par le DSCE à savoir le vieillissement de la population rurale, les difficultés d'accès à la terre, difficultés d'accès aux intrants (engrais, semences amliorées, etc...), « difficultés d'accès aux techniques agricoles modernes et aux autres innovations de la recherche agronomique, difficultés d'accès au crédit, insuffisance des infrastructures d'appui au développement du secteur rural (pistes, routes, magasins de stockages, abattoirs, chaînes de froid etc.) ; difficultés de commercialisation de la production, souvent du fait d'une chaîne de commercialisation trop longue qui accapare l'essentiel de la valeur ajoutée agricole et freine le réinvestissement » ?(5)

C'est vrai qu' il y a une industrie de production de tracteurs à Ebolowa avec Bernard Njonga en pape de la nouvelle agriculture au Cameroun. Mais qui a donc pris la peine d'expliquer aux Camerounais que les tracteurs sont inutilisables dans la forêt primaire ? Nous sommes donc réduits à parler de champs et autres plantations expérimentales dans les lycées agricoles ! Le Cameroun, dans ce secteur, ne devrait-il pas voir ce qui se fait en RDC pourtant en guerre ?(6) Ce pays livre aujourd'hui à la Turquie 72% de sa production d' ananas ! Non, il n'y a pas de meilleure façon de précipiter un pays dans l'abime. Nous sommes en plein syndrome de Wilson, du nom de l'ancien Premier ministre travailliste de Grande-Bretagne qui a coulé son pays, dans les années 60. L'heure n'est plus aux slogans politiques, car les slogans c'est pour la campagne, ils ne sont pas une politique. Voilà pourquoi tout homme d'État digne de ce nom doit expliquer où il va avec son peuple, qu'est-ce qu'il fait pour son peuple. Même si le fond de l'air est funèbre, ces jours-ci, il serait stupide d'enterrer le président. Après le 14 avril, date des élections sénatoriales, la grogne sera encore plus grande. Il restera au Président de la république une solution, c'est la balle du chérif : la dissolution de l'Assemblée nationale et des Conseils Municipaux. Ainsi, il pourra, dans la foulée, confier aux mêmes équipes la gestion des affaires courantes, la session ordinaire du parlement pourra se tenir sans risque de vide constitutionnel au mois de juin.

La politique est un manège plus ou moins emballé où l'on tombe des chevaux de bois avant de remonter dessus. Mais, entre chaque élection présidentielle, c'est le chef de l'État qui, seul, a accès au bouton qui le fait tourner... Paul Biya, jouez votre joker. | Dr Vincent-Sosthène Fouda, Socio-politologue

[1]

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[4].

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[1]

Dans cet article intitulé Candidatures au Sénat : Les recalés du RDPC accusent le sommet du parti, le journaliste Rodrigue Ntongué du quotidien Le Messager semble confirmer la thèse d'une entente entre certains partis dits de l'opposition et le parti au pouvoir raison pour laquelle la liste du RDPC de l'Ouest est disqualifiée. C'est le même son de cloche qui parvient de l'Ouest. Une source proche du chef Bandjoun, artisan de la confection des listes du Rdpc dans cette localité dit être surprise par l'explication portant sur la non-conformité du bulletin n°3 de la candidate Akwalefo Bernadette Djeudo parce que délivré par la Police en lieu et place de la Justice. « Il n'y a jamais eu de bulletin n°3 signé à la Police dans les dossiers reçus par la commission Abba Sadou [président régional de la commission de réception et d'analyse des candidatures à l'Ouest, ndlr]. Cette affaire nous est tombée sur la tête », fulmine notre source. Lire aussi, notre analyse : « Comment le RDPCSDF s'organise pour contrôler le pays semant la haine de l'autre »

[2] www.cameroon-info.net

[3] DSCE, p. 21

[4] Op.cit. p., 63

[5] Ibidem

[6] www.lavoixdupaysancongolais consulté le 2 avril 2013, à 2 GMT.

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