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Un couple de lesbiennes fait une pause pendant la «Soweto Pride», en Afrique du Sud, le 23 septembre 2006. REUTERS/Siphiwe Sibek
Un couple de lesbiennes fait une pause pendant la «Soweto Pride», en Afrique du Sud, le 23 septembre 2006. REUTERS/Siphiwe Sibek

Aux racines de l'homophobie

Dans de nombreux pays d’Afrique noire, une partie de la population continue d’affirmer que l’homosexualité n’a jamais existé sur le continent, et que ce sont des pratiques importées d’Occident.

Il y a peu, le premier ministre kenyan Raila Odinga a appelé à pourchasser les homosexuels, qui ne seraient à ses yeux que de vulgaires criminels.

Une posture qui s’inscrit dans la droite ligne de celles adoptées auparavant par le président zimbabwéen Robert Mugabe, pour qui les homosexuels sont «pires que des cochons et des chiens», ou encore du numéro un gambien Yahya Jammeh, qui menaçait il y a deux ans de leur couper la tête.

Il n’est donc pas étonnant que sur un plan strictement juridique, l’homosexualité soit toujours considérée comme un crime dans près d’une quarantaine de pays du continent.

Le mythe de la «maladie occidentale»

Les homosexuels sont ainsi devenus les boucs émissaires de sociétés où les valeurs morales sont en perte de vitesse, où les égoïsmes prennent le pas sur les solidarités ancestrales, où l’argent est roi, quelle que soit la manière dont il est gagné, où la majorité de la population est en proie à des difficultés économiques et sociales incommensurables.

Pis, les amalgames entre homosexualité, pédophilie, pédérastie, franc-maçonnerie, Rose-Croix, prostitution, tourisme sexuel et pratiques perverses de toutes sortes se multiplient.

Dans ce contexte, le débat est souvent difficile, voire impossible, et les positions sont manichéennes —il faut être pour ou contre. Pour l’immense majorité des populations —qui est bien entendu violemment homophobe, l’homosexualité est une inclination contraire aux «traditions africaines».

D’où la résurgence du vieux mythe selon lequel l’homosexualité aurait été introduite en Afrique par les Occidentaux. 

L'homosexualité dans les traditions africaines

Or ce qui est vrai, c’est qu’à leur arrivée sur le continent, sans avoir réalisé la moindre étude sur le sujet, quelques-uns des premiers explorateurs et missionnaires affirmèrent que l’homosexualité n’existait pas en Afrique.

Des recherches effectuées dès le début du XXe siècle ont démontré le contraire comme celle-ci, réalisée au Cameroun. Ainsi, chez les Bafia du sud du pays par exemple, on considérait autrefois que les garçons devaient franchir trois étapes différentes pour bénéficier d’une bonne croissance.

Au cours de la première étape, tous les garçons âgés de six à quinze ans vivaient entre eux, à l’écart des jeunes filles. Cet entre-soi et la grande promiscuité qui l’accompagnait amenaient parfois certains adolescents à avoir des relations sexuelles avec les plus jeunes d’entre eux.

Autre exemple, en Afrique australe: lorsqu’elles étaient mariées, les jeunes femmes Herero expliquaient leurs pratiques homosexuelles —désignées par le terme epang— par l’insatisfaction sexuelle à laquelle elles étaient confrontées dans leurs foyers.

C’était aussi le cas pour les femmes des foyers polygames des Azande du sud-ouest du Soudan, ou encore pour les femmes Nkundo du centre de la République démocratique du Congo. Mais à côté de ces pratiques très spécifiques, il existait également une homosexualité identitaire.

Au sud de la Zambie par exemple, tous ceux qui préfèrent avoir des relations avec des partenaires du même sexe sont appelés mwaami dans la langue Ila. Et si certaines langues africaines offrent un vide conceptuel et linguistique au sujet de l’homosexualité, d’autres permettent en revanche d’appréhender cette notion de façon très précise.

En cachette

Malheureusement, beaucoup continuent de nier l’évidence, obligeant ainsi la quasi-totalité des homosexuels à vivre cachés et dans des milieux fermés. Afin de ne pas éveiller les soupçons, ils mènent bien souvent une double vie: femme et enfants à la maison en guise de couverture —au Cameroun, on appelle ça le Nfinga— et des relations homosexuelles en cachette.

Marginalisés, discriminés et vulnérables, ils ne peuvent compter la plupart du temps que sur l’aide d’ONG comme Behind The Mask, un webzine basé à Johannesburg en Afrique du Sud, et qui offre de nombreux services en français et en anglais aux homosexuels du continent.

Ce qui malheureusement ne suffit pas toujours. Et lorsqu’on sait que dans de nombreux pays les dispositions du code pénal criminalisent l’homosexualité, alors on comprend pourquoi la majorité d’entre eux ne rêve que d’exil.

Christian Eboulé

 

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