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La Centrafrique a-t-elle tué Ange-Félix Patassé?

La polémique enfle autour des circonstances de la mort d’Ange-Félix Patassé. L’ancien président de la République centrafricaine s’est éteint à Douala, au Cameroun, le 5 avril 2011 à l’âge de 74 ans. D’après sa famille, il aurait été empêché par deux fois de se rendre en Guinée équatoriale pour bénéficier de soins auxquels il n’avait pas accès en Centrafrique. Comme le rapporte Afrik.com:

«L’entourage de l’ancien président, dont la santé s’était détériorée, avait accusé les autorités d’avoir refusé à deux reprises de le laisser quitter le territoire pour des examens médicaux que les infrastructures sanitaires centrafricaines ne permettent pas de réaliser. Une information que le gouvernement a démentie, avançant des problèmes administratifs.»

Le site du quotidien burkinabè L'Observateur ajoute que «selon l’entourage de l’ex-président, il n’avait pu prendre ni le vol affrété par le président Obiang Nguema le 22 mars, ni le vol régulier de Kenya Airways le 30 mars pour Malabo». Souffrant de diabète et d’une fièvre typhoïde, il avait finalement pris l’avion pour Malabo (capitale équato-guinéenne) via Douala le 2 avril. Selon Martin Ziguélé, son ancien Premier ministre, «il aurait raté sa correspondance à Douala et aurait été hospitalisé dans cette ville», où il serait décédé trois jours plus tard.

Les autorités centrafricaines, elles, démentent toute responsabilité dans l’aggravation de l’état de santé de Patassé. Fidèle Ngouandjika, porte-parole du gouvernement Bozizé (le président actuel), pointe du doigt «l’instrumentalisation à des fins politiques des obsèques d’Ange-Félix Patassé par l’opposition», rapporte le site de RFI.

Ce serait donc au nom d’une «restriction de la liberté d’aller et de venir imposée aux opposants et adversaires malheureux de l’élection présidentielle de janvier 2011» que Patassé n’aurait pu quitter le territoire, tel que le souligne le journaliste Séni Dabo dans le quotidien burkinabè Le Pays.

«Mais l'on ne peut pas dire que l’interdiction de sortir du territoire a été compensée par une prise en charge du patient au niveau national. Non seulement les autorités l’ont retenu mais aussi ne l’ont pas soigné.»

Président de la République centrafricaine en 1993 et réélu en 1999, Patassé avait été contraint à l’exil en 2003 après le coup d’Etat militaire de François Bozizé. C’est en 2009, après six années d’exil, qu’il est revenu au pays afin de se présenter à l’élection présidentielle de 2011.

«Ange Félix Patassé s’est énormément épuisé durant la campagne électorale qui l’a vu parcourir le pays du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. Bien plus, déterminé à revenir aux affaires, le président Patassé s’est donné à fond. Au point de solliciter des financements du guide libyen Kadhafi contre une hypothèque sur les diamants de la République centrafricaine. Une ambition à laquelle François Bozizé a mis fin en se faisant proclamer vainqueur du scrutin au terme duquel "le moustachu" (comme on le nommait à Bangui), s’est rallié à Martin Ziguélé l’ancien Premier ministre du pays et candidat malheureux à la présidentielle de janvier dernier», explique le quotidiens camerounais Mutations.  

Mis en cause dans le procès de Jean-Pierre Bemba (qui se tient actuellement devant la Cour pénale internationale) pour avoir participé aux massacres commis en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003, Patassé gardait toutefois de nombreux sympathisants. A l’image de Paul Kakpé, 64 ans, qui confie à l’AFP:

«Le pouvoir a intérêt à corriger l’erreur politique grave qu’il a commise en refusant à deux reprises que le président Patassé sorte pour un contrôle médical. Il doit lui réserver des obsèques nationales dignes de ce nom. On ne peut pas comprendre qu’un pays assassine ses propres enfants en interdisant qu’ils sortent pour des raisons sanitaires.»

Lu sur Afrik.com, Quotidien Mutations, Le Faso.net, RFI, l'Observateur