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Qui peut censurer les sites pornos tunisiens?

Nouveau rebondissement dans l’affaire des sites pornographiques tunisiens. Dans un article daté du 15 juillet 2011, le célèbre blog tunisien Nawaat.org présente une étude réalisée par cinq experts indépendants destinée à évaluer l’efficacité du filtrage des sites X par l’Agence Tunisienne d’Internet (ATI).

Un rapport qui arrive à point nommé, puisque la justice tunisienne, qui avait déjà reporté l'audience, s'apprête à juger l’affaire sur le fond le 4 août 2011. L’étude sera donc versée au dossier de la défense, en l’occurrence l'ATI. Celle-ci avait fait appel du jugement la condamnant, le 26 mai 2011, à filtrer les sites pornographiques jugés «contraires aux valeurs arabo-musulmanes», avant d’être déboutée. Selon les experts:

«Confier la mission de censurer les sites indésirables à l’Agence tunisienne d’Internet [...] n’est […] pas le choix le plus judicieux». 

L’envergure de l’opération de filtrage de 4 millions d’accès Internet (estimation du nombre de foyers tunisiens disposant d’Internet) aboutit en effet à un coût évalué pour les cinq prochaines années de 37 à 40 millions d’euros.

En outre, toujours selon l’étude publiée par Nawaat, le choix technique du filtrage n’est lui-même pas convaincant. Il risquerait en effet de ne pas fonctionner pour les échanges sur les réseaux sociaux et les forums. De plus, dès lors que l’hébergement d’un site et son accès se font par un opérateur identique, l’ATI ne serait plus en mesure de censurer son contenu. 

Surtout, l’expertise estime que contrairement à ce que prétend l’accusation, confier le filtrage à l’ATI n’est pas «l’unique solution». Il existe des «solutions techniques accessibles et faciles à appliquer».

D'abord, les logiciels de contrôle parental permettent aux adultes de surveiller et de limiter les sites visités par leurs enfants. Ensuite, les fournisseurs d'accès Internet (FAI) proposent souvent eux-mêmes des services pour filtrer certains contenus online.

Ces solutions, en plus de répondre à une demande de l’utilisateur lui-même, ont l'avantage de permettre à la Tunisie d’obtenir une position honorable dans le classement des pays respectant la liberté sur Internet, estiment les experts.

Lu sur Nawaat.org