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Mali : une armée à refonder

La formation de l’armée malienne par l’Union européenne a débuté cette semaine. De sa réorganisation dépendra en partie l’avenir du pays. Mais les défis pour restaurer l’Etat du Mali sont encore nombreux.

Le Capitaine Amadou Haya Sanogo

Les 570 premiers soldats maliens sont arrivés mardi à Koukiloro, à une soixantaine de kilomètres de Bamako. C’est dans un centre de formation militaire situé dans cette ville que des instructeurs européens, envoyés au Mali il y a deux mois, auront pour objectif de former et entraîner l’armée nationale. C’est l’EUTM (European Union Training Mission), la mission dite de « reconstruction » lancée par l’Union européenne. Au total, quatre bataillons rassemblant près de 3.000 soldats maliens se succéderont. En réalité, c’est une refonte totale des forces armées qui est entreprise par l’Europe, en commençant par les unités d’élites.

En l’état, l’armée du Mali est incapable de faire face seule aux islamistes. Ces derniers résistent dans les grandes villes du Nord, multipliant les fusillades et attentats suicides à Gao et, depuis quelques jours, à Tombouctou. Il y a un an, cette armée avait été mise en déroute par les touareg et les groupes djihadistes dans cette région, entraînant une partition du pays. Les luttes intestines n'y étaient pas étrangères : le renversement du président Touré le 22 mars 2012 par la junte emmenée par  le capitaine Amadou Haya Sanogo avait déstabilisé le pays. Le même a ensuite poussé à la démission le Premier ministre Diarra, en décembre dernier.

 

Le chef de la junte formé par les Etats-Unis

Ce n'est pas la première fois que les forces maliennes bénéficient d'un soutien international. Après les attentats du 11-Septembre 2001, les Etats-Unis  avaient lancé des opérations de contre-terrorisme en Afrique, passant par des dons financiers et des missions de formation dans les pays de la région sahélo-saharienne, dont le Mali. Après le Pan Sahel Initiative commencé en 2002, l'opération Enduring Freedom initié en 2007 a coûté au total 500 millions de dollars à Washington.

L'opération de l'EUTM au Mali devrait en coûter 16 millions, soit 12,4 millions d'euros. « On connaît aujourd'hui les conséquences des initiatives américaines, et elles ne sont pas particulièrement positives », résume  pour leJDD.fr André Bourgeot, chercheur au CNRS et spécialiste de l’Afrique sahélienne. Les soldats entraînés par les Etats-Unis ont pour certains rejoint les groupes djihadistes, pour d'autres la junte militaire, à commencer par le putschiste Sanogo. « Il a même été formé aux Etats-Unis même si, officiellement, il a reçu une formation littéraire. On imagine mal un militaire malien partir pour des raisons littéraires... », ironise André Bourgeot. La semaine dernière, le New York Times précisait qu’Amadou Haya Sanogo a bien reçu un apprentissage militaire entre 2004 et 2010 au Texas, en Arizona et en Géorgie.

 

Le retour de l’ordre constitutionnel en question

La mission européenne encourt-elle les mêmes risques? Il est sans doute encore trop tôt pour le dire. « Cette formation va prendre des mois. La réalité, c'est que la plupart des européens ne sont pas vraiment aguerris pour ce genre de travail. Ça rappelle les opérations de l'Eufor (les forces d'intervention européennes) », explique au JDD.fr Antoine Glaser, ancien rédacteur en chef de LaLettre du Continent et spécialiste de l'Afrique. « S'il s'agit de former l'armée malienne uniquement sur le plan militaire, je crains que ce soit encore un échec », ajoute André Bourgeot. « Il faut qu’elle redevienne une armée républicaine. L’UE aura fort à faire pour rétablir la confiance, l’autorité et la hiérarchie au sein de cette armée », précise-t-il.

Restructurer l’armée en profondeur ne suffira pas à stabiliser le pays. « L’avenir du Mali dépend beaucoup du retour à l’ordre Constitutionnel et à une entente de sa classe politique », explique Antoine Glaser. La feuille de route adoptée en janvier prévoit la tenue des élections d’ici juillet, étape indispensable pour le « retour de l'Etat malien dans la région Nord », juge le Quai d’Orsay.

 

Réconciliation avec les bérets rouges

« La situation politico-militaire actuelle ne permet pas d’être optimiste. Au contraire, il existe un certain nombre d’inquiétudes », estime André Bourgeot. « Le MNLA (rébellion historique qui s’était alliée aux djihadistes et combat désormais aux côtés de la France) interdit toujours aux soldats maliens de se rendre à Kidal, tout au Nord du pays. Or, Kidal fait quand même partie de la reconquête de l’intégrité territoriale malienne », explique le chercheur.

Seule note positive : le début de réconciliation entre les bérets rouges, soldats de l’ex-garde présidentielle d’Amadou Toumani Touré marginalisés depuis un an, et les bérets verts du capitaine Sanogo. Une unité de bérets rouges est partie cette semaine pour la première fois dans le Nord du pays. L’entente sera-t-elle durable?

Amadou Haya Sanogo, qui se fait discret depuis l’intervention militaire française, reste « maître du jeu même au niveau du pouvoir politique », explique André Bourgeot. « Il constitue la clé de voûte de l’évolution politico-militaire de la situation au Mali. » Depuis le mois de février, il est lui-même en charge de la réforme de l’armée. Une fonction « totalement paradoxale pour le chef de la junte », selon Antoine Glaser. « L’une des thèses évoquée, c’est que cela lui donne un rôle mais lui permet aussi d’être surveillé », précise-t-il. L’EUTM assure ne pas avoir de contact avec lui. Reste que Sanogo bénéficie toujours d’importants relais politiques. Pour l’heure, il n’a rien dévoilé de ses ambitions pour l’après-guerre.

 

 

Arnaud Focraud – leJDD.fr

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