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Focus : Réarmement moral

Les instructeurs militaires de l'Union européenne vont commencer à former les soldats maliens

Dans les années 1992, un ami colonel de l'armée de terre et ancien ministre, sous la 3è République, nous confiait, lors d'une conversation : «Notre gros problème au Mali a été de considérer l'armée et les services de sécurité comme des dépotoirs d'enfants récalcitrants. Regardez dans une famille, dès qu'un garçon commence à poser des problèmes à ses parents, on prend la décision de l'incorporer. Or, ce que les gens ignorent, c'est  que l'armée ne change pas toujours le comportement des individus. Au contraire, elle peut endurcir certains».

Ces propos de cet ami, qui finalement a volontairement décidé de quitter les rangs, me reviennent, sans cesse au vu de certains évènements vécus au Mali, ces douze derniers mois.

Le coup d'Etat du 22 mars 2012 ? Les pillages des services publics, consécutifs au coup ? L'abandon des villes du nord, sans combattre ? Ce sont là autant d'actes qui prouvent à suffisance l'état d'indiscipline, et de déliquescence dans les rangs de l'armée et des forces de sécurité.

Anecdote. En avril 2012, un groupe de soldats et de gendarmes, en service dans une localité du nord, décident de...se replier sur Bamako. Dans ce groupe, il y avait le petit frère (il est sergent) d'un haut gradé. Il téléphone à son grand frère et lui dit : « Nous sommes à bord d'un véhicule de transport, nous ne nous arrêtons ni à Mopti, ni à Ségou. Notre destination, c'est Bamako». Quelques heures après, le « repli tactique » de ces soldats était consommé. La localité qu'ils étaient censés défendre a été prise le même jour par les terroristes. Voici à peu près dans quel état se trouve aujourd'hui l'armée malienne, au moment où l'Union européenne décide d'être à nos cotés pour la formation de 4 bataillons. Et le mardi, un premier contingent (de 570 soldats) a entamé sa formation au Centre d'instruction de Koulikoro. A terme, la mission de formation de l'UE (Eutm) se fixe pour objectif de former près de 7000 soldats maliens, dans divers domaines, dont le génie, l'artillerie, les télécommunications et le respect des droits de l'homme.

En définitive, il s'agit de mettre sur pied une nouvelle armée malienne. Une armée véritablement républicaine, professionnelle et soucieuse du respect du droit de l'homme et des citoyens.

Dans cette nouvelle armée, l'uniforme ne doit plus être un « épouvantail » destiné à terroriser les populations et/ou à assouvir des intérêts personnels. Dans cette nouvelle armée, la chaîne de commandement doit être rétablie, et la discipline et l'ordre instaurés. Aussi, le Mali a-t-il besoin d'un nouveau type de soldat qui, au lieu de réaliser des prouesses en matière de « repli tactique », serait prêt à mourir pour la défense des institutions de la République et de l'intégrité du pays.

Afin de parvenir à ces résultats, les formateurs de l'UE auront du boulot. Et même beaucoup de boulot. Car, au-delà des aspects techniques et tactiques, l'armée malienne, (tout comme la société malienne) aurait surtout un besoin pressent pour remettre le pays sur les rails. Il s'agit du réarmement moral à tous les niveaux. Et c'est là, la tâche la plus ardue qui attend les formateurs de l'Europe.

C.H. Sylla

Mali Web

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