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Des écolières vont à l'école à Nairobi au Kenya le 15 février 2013. REUTERS/Noor Khamis
Des écolières vont à l'école à Nairobi au Kenya le 15 février 2013. REUTERS/Noor Khamis

Elle accepte de se faire exciser pour avoir le droit d'aller à l'école

L'histoire d'un étrange deal entre une fille de 12 ans et son père.

Kakenya Ntaiya avait à peine 12 ans quand elle a fait un pacte avec son père: elle acceptait de subir le rite maasai de l'excision, s' il s'engageait à la laisser partir à l'école secondaire. Ne pouvant supporter l'affront de voir sa fille fuir le village, il consent à sa requête. Plusieurs décennies plus tard, Kakenya Ntaiya ne blâme pas son père. Elle explique qu'il a réagi comme l'aurait fait un autre père de sa génération. 

Le quotidien britannique The Guardian relaie l'histoire de la jeune femme, qui, plusieurs années plus tard, raconte son parcours devant un parterre réceptif et ému. Elle décrit comment elle a poursuivi ses études en Amérique. Elle a alors appris que ce qui était arrivé à ses sœurs et à elle était connue sous le nom de «mutilation génitale féminine», et que sa pratique était illégale au Kenya. 

Le Parlement kényan a voté une loi interdisant l’usage des mutilations féminines en 2011. Il devenait ainsi le 20e Etat africain à pénaliser ces pratiques. La législation couplée d'un volontarisme remarquée de l'ex-Première dame du Kenya, Lucy Kibaki, a entraîné un recul des mutilations génitales dans le pays. Malgré l'interdiction, cette pratique demeure ancrée dans la société. Déroger à l'excision est presque considéré comme un acte de bravoure. Pour preuve, le témoignage d'un père kényan qui a accepté de laisser partir sa fille à Nairobi pour la préserver de la tradition. 

«Ici, les femmes sont comme une propriété. On les excise et on les marie, parfois dès l'âge de 10 ans, témoigne-t-il. Il savait que sa fille, à 16 ans, n'avait plus beaucoup de temps avant de devoir subir ce rituel, contre sa volonté. Elle m'a supplié de la soutenir et de la protéger. C'était une décision difficile, mais j'ai accepté. Je l'ai envoyée vivre avec une amie à Nairobi.»
L'Organisation mondiale de la Santé le répète chaque année:  
«La mutilation génitale féminine est ... une violation des droits fondamentaux des filles et des femmes. Il reflète une profonde inégalité entre les sexes, et constitue une forme extrême de discrimination contre les femmes Elle est presque toujours.. pratiquées sur des mineures et constituent une violation des droits des enfants.»
Ntaiya dit être retournée dans son pays, au Kenya. Elle lutte et travaille avec les aînés du village pour construire une école pour les filles de sa communauté. Parce qu'elle refuse que l'oppression des femmes se perpétue à travers cette pratique, elle a réussi à changer la vie d'une centaine de jeunes filles.
Lu sur The Guradian, IPS

 

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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