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Zenten en guerre: une vie sous perfusion, entre ennui et combats


Des personnes font la queue au guichet de la seule banque ouverte, le 16 juillet 2011 à Zenten AFP Marco Longari

A Zenten, à part la guerre, tout est à l'arrêt. Plus personne ne travaille. Les magasins sont clos, les écoles fermées. Il n'y a pratiquement plus d'argent et pour manger tout repose sur les dons. Les hommes vivent entre ennui et combat, les femmes entre cuisine et stress.

Quand les pick-ups ne partent pas en trombe vers le front remplis de rebelles, de lance-roquettes ou de canons, la ville, centre névralgique de la rébellion dans l'ouest libyen, semble frappée de somnolence plombée par le soleil de juillet. Depuis le début de l'insurrection mi-février, il n'y a plus à Zenten aucune activité autre que de se battre et de survivre.

Depuis cinq mois, aucun salaire n'a été versé. Pendant quatre mois, personne n'a pu retirer de billets à la banque. Pour la première fois cette semaine, un des deux établissements bancaires a rouvert et les habitants ont accouru. Mais il n'y a pas assez d'argent et chacun ne peut retirer que 200 dinars libyens (154 USD), explique un responsable.

Khalila Ahmed, 65 ans, a fait la queue trois heures avant d'arriver au guichet. "Je n'ai pas d'argent à la maison, pas un centime depuis le début de la révolution. Je ne vis que grâce aux dons", dit-il.

Depuis des mois, la majorité des familles ne subsistent que grâce aux vivres acheminés depuis la Tunisie par l'Association caritative de Zenten, financée à l'étranger. Huile, eau minérale, pâtes, tomates: contre un ticket d'alimentation on obtient de quoi tenir plusieurs jours. Mais les distributions sont irrégulières et quasiment tous les magasins fermés.

"Nous n'avons rien, nous vivons à 100% sous perfusion", décrit Hana Akra, médecin interne de 24 ans.

Dans cette ville déjà pauvre avant guerre, on dépend des rebelles de Benghazi. La banque Al-Wahda a pu rouvrir grâce à des fonds transférés par son directeur depuis le fief de l'insurrection dans l'est du pays. Le Conseil national de transition (CNT) vient aussi pour la première fois d'apporter de l'argent destiné aux familles de l'Ouest.

"Mais ils n'ont pas beaucoup, nous attendons des dons ou le déblocage des avoirs gelés de Kadhafi", explique un responsable du conseil civil de la ville, Mohamed El-Maloul.

En attendant, la solidarité est de mise à Zenten où un lien de parenté existe plus ou moins entre tout le monde. "On n'avait plus rien à manger, des voisins ont frappé à la porte et nous ont donné des légumes", raconte Afaf Boussaa, étudiante de 20 ans.

Les plus riches vont s'approvisionner en Tunisie. Mais le pétrole manque aussi. Deux stations services sont alimentées depuis ce pays frontalier et l'essence est gratuite pour les combattants. Mais elle est hors de prix pour les autres: depuis la guerre, les 20 litres sont passés de 1,5 à 50 dinars.

Quant à l'hôpital, les médecins ne peuvent assurer que le minimum vital. "On manque de médicaments pour les maladies chroniques, les infections rénales, le diabète, l'hypertension", explique le docteur Anis Atia.

Personne ne se plaint, tout le monde s'adapte. Et vit une drôle de vie, entre l'effervescence des combats et l'ennui de l'attente, dans une ville désertée par la moitié de ses habitants.

Privées d'école, les adolescentes se morfondent. "Toutes mes amies sont parties en Tunisie, je m'embête", lance Fatima, lycéenne de 17 ans.

Les mères, les femmes, les soeurs se démènent pour joindre les deux bouts, cuisiner pour leurs hommes avant ou après le combat, les voir partir au feu la boule au ventre tout en s'occupant des enfants qui tournent en rond en chantant des chansons révolutionnaires ou en jouant à la guerre. "A chaque fois que je vois partir mon frère, je me dis qu'il ne va pas revenir, je suis tellement stressée", raconte Hana Akra.

Les jeunes combattants, eux, attendent le front, impatients mais un peu léthargiques. "Quand il n'y a pas de bataille, on vérifie les munitions, on nettoie les armes, on dort, c'est un peu ennuyeux", dit Mohamed Belqasem, 23 ans, dans l'école qui abrite son unité où ses camarades sont avachis en regardant la télévision.