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France-Maroc, un passé flamboyant, un présent tristounet, un avenir incertain…

Belle unanimité que celle de la presse quotidienne francophone marocaine annonçant mercredi matin le début de la visite d'Etat du Président François Hollande au Maroc. C'est « L'âge d'or » pour l'un, « la volonté partagée d'avancer ensemble », pour le second, tandis que le troisième salue l'amitié séculaire maroco-française sous le titre « Bienvenue Président» et que le quatrième évoque la densité du programme de cette visite présidentielle.

Laissons donc nos confrères à leurs louanges, conformes peut-être à la légendaire hospitalité marocaine, pour constater que le Président François Hollande entame sa première visite d'Etat au Maroc dans une position bien faiblarde. Et cette faiblesse se nourrit incontestablement de plusieurs causes.

La première, psychologique et toute récente, tient au scandale majeur qui secoue le gouvernement français, la classe politique hexagonale et l'opinion publique, celui des aveux de Jérôme Cahuzac, ex-ministre du Budget, parjure, menteur et titulaire d'un compte off shore de 600 000 euros auprès d'une filiale d'une banque suisse à Singapour.

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Le Premier ministre et le Président français sont certainement déstabilisés par cette affaire et c'est toute la crédibilité de la démarche du parti majoritaire, le PS, du gouvernement et même de l''Elysée qui est ainsi fortement mise à mal.

On citera, en second, la réelle et continue baisse de popularité de François Hollande dans les sondages d'opinions en France. Il s'agit d'un Président, démocratiquement élu certes, mais, moins d'un an après sa victoire, plus de 56 % des Français considèrent déjà que « l'affaire est pliée »…, et sa présidence d'ores et déjà un échec.

Troisième cause de cette faiblesse, la grave crise économique, sociale et financière qui affecte aujourd'hui la France, avec des taux de chômage jamais enregistrés depuis 1997, un déficit des finances publiques au taux quasiment incompressible du fait du manque de croissance, un endettement à la grecque avec plus de 92 % du PIB, une désindustrialisation galopante, etc..

Et, last but least, la marginalisation incontestable de François Hollande dans le concert européen. Entouré de dirigeants au profil idéologique et politique opposé, le président socialiste a bien du mal à s'opposer aux vues et décisions d'une Angela Merkel ou d'un David Cameron qui, à Bruxelles, donnent le La. Résultat, Paris donne l'impression de se trouver en position d'infériorité, voire d'isolement, ce qui n'est sans doute pas pour rehausser l'image de la France à l'extérieur.

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Voilà quel est, objectivement, le contexte global qui caractérise cette visite d'Etat. Foin donc de louanges et de superlatifs laudateurs !

M. Hollande durant ces deux journées au Maroc, fera sans doute de belles rencontres, ira au devant des hommes d'affaires, s'exprimera devant les Chambres au Parlement, sera salué par la communauté française expatriée, visitera un chantier de la Lydec casablancaise, etc..

Au plan des relations d'Etat à Etat, c'est avec SM le Roi que seront examinées les grandes questions stratégiques et notamment l'affaire malienne et le Sahel, la problématique des rapports avec l'Algérie ou encore les pistes d'un partenariat pluri-dimensionnel en Afrique de l'Ouest et Centrale. Peut-être évoquera-t-on également la cession des parts de Vivendi dans Maroc Telecom alors qu'un « riche ami commun », le Qatar, est sur les rangs des acquéreurs potentiels…

Mais, dans le champ du concret, cette visite n'apportera rien de vraiment nouveau puisque l'essentiel de la « corbeille d'offrandes françaises » a été présentée en décembre dernier lorsque le Premier ministre Jean-Marc Ayrault était venu à Casablanca pour atténuer la déception des Marocains frustrés de voir François Hollande consacrer sa première sortie maghrébine à l'Algérie…

On re-signera donc les mêmes contrats et avec une belle emphase et beaucoup de trémolos, on se gargarisera d'un concept qui ne veut pas dire grand chose dans un contexte de crise économique et de désinvestissement, celui de la «co-localisation», triste avatar et cache-misère de la mondialisation contre laquelle la France et le Maroc ne peuvent mais…

François Hollande au Maroc, c'est, au mieux, la reconduction des opérations et projets déjà lancés, au pire, la simple évocation de relations bilatérales faites d'un passé flamboyant, d'un présent tristounet et d'un avenir incertain…

Et comment se convaincre du contraire quand le temps lui-même est maussade et pluvieux en ce début d'avril si peu printanier !

Fahd YATA          

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La Nouvelle Tribune

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