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On lira leurs noms. On lira qu’ils sont morts pour le Mali. On saura qu’à ses héros, la patrie est reconnaissante.

En janvier, François Hollande lance l'opération Serval. Interventions, contingents, affrontements, guerre au Mali. «Une guerre est un conflit armé plus ou moins dévastateur qui implique directement ou indirectement des tiers. Elle a pour principales caractéristiques, la force physique, les armes, la tactique, la stratégie et la mort».  Lorsque la mort fauche un soldat, sa dépouille est rapatriée pour que la nation rende un hommage citoyen à un fils tombé au champ d'honneur. Le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, sur les pavés de la cour des Invalides, à Paris, remercia Damien Boiteux pour son sacrifice ultime.

Le 20 janvier, la photo d'un soldat français, qui se protégeait du sable à Niono grâce à un foulard représentant une tête de mort, fit la une de la presse et le tour des réseaux sociaux. Le porte-parole de l'état-major français jugea inacceptable le comportement du soldat. Pourquoi cette réaction face à la vérité ? Ce soldat affichait clairement que l'action qu'il mène au Mali est du même ordre que celle qu'il a menée avant, ailleurs, il soulignait que son action est bien synonyme de mort, potentiellement la sienne ou celle de ceux qu'il est venu combattre. C'est son métier.

Et, en effet, la cour des Invalides allait retentir à nouveau de la sonnerie aux morts, pour des soldats français partis combattre au Mali. L'adjudant Harold Vormezeele en février, le caporal Cédric Charenton et le brigadier-chef de 1ere classe Wilfried Pingaud en mars. Ils intervenaient « dans des opérations de sécurisation menées par les forces maliennes, africaines et françaises  » précisa le ministre de la Défense français, Jean-Yves Le Drian, dans un communiqué.

Le 23 février, dans le Massif des Ifoghas, 26 militaires tchadiens sont venus allonger ce macabre décompte. Le temps de rapatrier leurs corps, et 8 jours plus tard, sur la base aérienne Adji Kosseï à N'Djamena, les militaires français de la force Épervier étaient aux côtés des troupes tchadiennes pour entendre le Ministre Délégué, Chargé de la Défense Nationale tchadienne, le général Bénaïdo Tatola,  rendre hommage aux «vaillants soldats tombés en martyrs au service de leur pays». Il a réaffirmé l'engagement total du président de la République du Tchad, Idriss Déby Itno, ainsi que de tout son peuple pour combattre le terrorisme, et ce, même à plus de 2000 kilomètres du territoire. «Ces soldats se sont engagés et ont payé de leur vie pour protéger un pays ami contre la menace terroriste et pour permettre la stabilité du pays.» Le vent faisait flotter les drapeaux bleu, jaune, rouge qui recouvraient les cercueils, comme il avait fait flotter le bleu, blanc, rouge sur ceux à Paris.

Des Français, des Tchadiens... Une petite voix nous disait qu'il devait bien y avoir des victimes au sein de l'armée malienne et parmi les civils, mais aucune information ne filtrait de ce côté là. Rien que le silence. Pas une cérémonie, pas un  nom. Le Mali n'est-il pas reconnaissant à ses fils, comme toute nation doit l'être lorsqu'il n'y  a pas d'autre solution que de les envoyer risquer leur vie pour assurer l'avenir du pays ?

Très récemment, très tardivement, oserai-je dire, on a appris que depuis le début de Serval,  37 soldats maliens ont trouvé la mort. Selon la DIRPA, tout a commencé le 11 janvier, par la bataille de Konna où 11 soldats maliens ont été tués. Le 30 janvier, ce sont 4 autres qui ont été tués par l'explosion d'une mine entre Gossi et Hombori, alors que 5 furent blessés. Le 31 janvier, 2 autres soldats meurent dans une explosion similaire sur la route Douentza-Gao.  Le 6 février, une mine probablement posée par le Mujao, explose au passage d'un véhicule de l'armée malienne sur la même route, tuant 4 soldats. À ce lot, s'ajoutent des militaires morts des suites de blessures. Des cérémonies ont sans doute eu lieu pour leur rendre hommage, mais ce n'est que récemment, que l'image d'un cercueil enveloppé de vert, jaune, rouge a été diffusée. Sur la place d'armes du camp des gardes à N'Tomikorobougou, en présence du ministre de la Défense et des Armées maliennes, hommage a été rendu à Yousouf Ag Aguissa, pour son sacrifice ultime. Son nom a fait sortir ses frères d'armes aussi malchanceux que lui de l'anonymat.

Personne n'a envie de voir ces listes s'allonger, mais, en temps de guerre, il faut être réaliste. Ce qui se passe dans le septentrion est dur, très dur, les forces contre lesquelles les diverses armées se battent résistent et ne veulent pas céder. D'autres soldats étrangers tomberont encore. Leurs pays leur rendront hommage. D'autres fils du Mali tomberont encore. Leurs noms seront écrits quand des monuments les élèveront en héros dans les cités libérées.  On lira leurs noms. On lira qu'ils sont morts pour le Mali. On saura qu'à ses héros, la patrie est reconnaissante.

Françoise WASSERVOGEL

Mali Web

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