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Chronique satirique : La saison des nomades politiques

Qu’ils transhument à dos de chameau ou à dos d’âne, les politiciens changent de bord depuis que le « Vieux Commando » a fui, sans leur laisser la moindre boussole pour se guider. Grand gagnant du nomadisme: SoumailaCissé, le mentor de l’URD. Grand perdant: Oumar Mariko.

Soumaila Cissé s’adressant aux participants.

La succession de Dioncounda Traoré étant ouverte, la marmite politique nationale bouillonne comme un jeyser. Chaque citoyen qui a pu, malgré la crise, manger à sa faim et épargner 20 à 50 millions, rêve de s’asseoir dans le fauteuil présidentiel. Il n’y a rien de tel, en effet, que ce fauteuil pour fructifier sa cagnotte. Mais il n’y a rien, non plus, de plus dangereux car les occupants du très convoité fauteuil ont neuf chances sur dix de se faire arrêter, de dévaler une colline à pied ou de recevoir une bastonnade. Mais apparemment, il en faut davantage que ces sombres statistiques pour décourager les candidats…

En bien, dans la course au pompon,l’Adema paraît se diriger tout droit vers un fiasco. Un parti ne peut aligner 20 candidats aux primaires et espérer garder son unité : lors des primaires, ces 20 messieurs diront tout le mal qu’ils pensent de leurs concurrents, ce qui creusera entre eux un puits de rancune sans fond. Les primaires, c’est bon en Amérique mais non dans un pays à moitié illettré où les gens ont, pour tout programme, la quantité de pagnes et de sacs de mil à distribuer dans les villages. De plus, pendant tout son règne, l’astrophysicien Cheick Modibo Diarra s’est évertué, chaque mercredi, à limoger les responsables Adema tapis dans les juteuses sphères  de l’Etat. Du coup, le parti se retrouve avec les poches trouées et un Comité exécutif rempli de chômeurs de luxe du genre IbaNdiaye. Le plus navrant, c’est que les candidats de l’Adema, pour la plupart, semblent provenir de la planète Neptune tant leur nom ne dit rien aux Maliens: ces Koné, Diarra, Ag Bilal et autres illustres inconnus ne gagneront une élection qu’en bourrant, comme au beau vieux temps, les urnes itinérantes du nord-Mali, chose s’avère impossible depuis que le nord vit à l’heure du jihadisme. Si jamais Iyad Ag Ghali surprend, derrière les dunes, un politicien en train de bourrer des urnes, il l’amputera sans doute des deux pieds et des deux mains pour corruption des moeurs islamiques !

Le sort de l’Adema s’annonce d’autant plus tragique que tous les grands candidats adverses se préparent à chasser du gibier sur ses terres. Le plus décidé de ces chasseurs d’électeurs adémistes s’appelle Modibo Sidibé. Ancien premier ministre et trois fois rescapé des geôles de Kati (c’est une prouesse, hein ?), ce policier a le cuir épais et de la suite dans les idées.Il puisera dans les rangs de l’Adema mais aussi dans ceux du PDES, orphelin éploré du« Vieux Commando ». Sidibé partira enfin avec la bénédiction de l’ancien président Konaré qui, hélas!, a perdu la voix depuis le 22 mars. Entre nous, il vaut mieux se taire que de recevoir la visite des bastonneurs nocturnes, n’est-ce pas ? Le vrai problème de Modibo Sidibé, c’est qu’on ne sait toujours pas s’il roule pour lui-même ou s’il n’est qu’un sous-marin du « Vieux Commando » dont quelqu’un de galonné rêve de « faciliter » la comparution en cour martiale…

LadjiBourama, chef des tisserands, n’a pas dit son dernier mot.Seulement, par les temps qui courent, ses éternels refrains « Inch Allah! Inch Allah! » ne suffisentplus à attirer l’électorat. D’ailleurs, LadjiBourama ferait mieux, à l’avenir, de garder ses pieuses formules pour lui de peur de se voir confondu avec les jihadistes de BokoHaram et d’AQMI qui ont, pendant leur règne d’un an au nord, galvaudé le saint nom d’Allah soubahanawatallah. LadjiBourama a toujours su mobiliser les foules mais son problème, c’est qu’au fil du temps, il est personnellement devenu plus gros que son parti, ce qui n’annonce rien de bon pour le scrutin de juillet.

Le scrutin se présente en noir foncé pour les partisans du « changement », à commencer par le docteur Oumar Mariko, leader de SADI.Notre ami barbu (tiens, tiens !) n’a pas eu, comme espéré, la primature à la faveur du putsch du 22 mars qu’il a pourtant applaudi des pieds et des mains. Dommage! Re-dommage: nul ne craint plus le Che Guevarra local depuis que la Sécurité d’Etat a osé l’interpeller puis le garder pendant un ou deux jours. Oumar Mariko, le premier soutien des putschistes du 22 mars, harcelé par la Sécurité d’Etat: qui l’eût cru ? Pis, Mariko n’arrive plus à utiliser son arme préférée – occuper les rues – depuis que l’état d’urgence a été instauré dans notre pays suite aux aigres propos de  l’ambassadeur de France selon lequel « l’armée française n’est pas venue ici pour amuser la galérie! ». C’est parce qu’ils ont vu, à travers ces événements, l’étoile de leur chef pâlir, que les militants de SADI ont jugé bon de l’abandonner au milieu du gué. Ainsi, à peine revenu de son exil « médical » européen, SoumailaCissé, le mentor de l’URD, a été rejoint par une flopée de cadres SADI de la région de Sikasso, fief traditionnel de Mariko. Une hémorragie ne survenant jamais seule (Mariko, en tant que médecin, est bien placé pour le savoir), SADI a saigné aussi du côté des députés. 2 de ses 4 députés se sont joints à la masse des transhumants : Moussa Koumbéré, député de Kolondiéba, et Oumou Coulibaly, députée de Niono. Du beau monde donc pour Soumaila qui récolte, par-dessus le marché, une manne de 54 conseillers communaux enfuis de SADI. Comme Soumaila, ex-diplomate ouest-africain, a le sens du protocole, il a organisé, le 21 mars au Grand Hôtel, une cérémonie de signature du protocole d’adhésion des nouveaux-venus à l’URD. Les 178 transhumants ne viennent pas seulement de SADI mais également du RPM, du MPR, du CNID et du PDES. Le président de l’URD, Younoussi Touré, saluant le choix des transhumants pour l’URD, a noté, avec le sourire, que leur décision est « la preuve qu’ils ont conscience des défis qui se posent à notre nation » et qu que l’URD seule peut relever. Younoussi souligne que l’URD nourrit « l’idéal de construire un Etat démocratique, républicain et laïc ». Et de conclure : « A l’URD, il n’y a ni de premiers ni de derniers venus. Tous les militants sont égaux en droits et en devoirs ».

Daouda Moussa Koné, migrant (sans-papier?) de SADI a été désigné porte-parole par ses excellents confrères; comme quoi, la règle démocratique de la majorité s’applique même chez les transhumants puisque Daouda est issu du plus fort contingent de migrants. Or donc, selon Daouda, lui et ses camarades ont constaté que la crise où patauge le pays a amené leurs partis d’origine à s’éloigner des valeurs républicaines. D’où la nécessité de quitter ces partis pour l’URD. Si Soumaila lui glissait dans la bouche un de ces croustillants gâteaux ramenés de Paris, le porte-parole des nomades aurait sûrement révélé qu’au CNID, au RPM, au MPR ou au PDES se cachent les chefs du CNDRE et les démolisseurs de mausolées de Tombouctou! Lesdits partis doivent se mordre les doigts de n’avoir pas, au temps de leur majorité parlementaire, fait voter une loi qui punit de mort le nomadisme politique.

Soumaila prend en somme un bon départ. On le dit même proche de Paris et de la CEDEAO, les deux tuteurs du Mali.La question est maintenant de savoir si la paix est revenue entre lui et le capitaine Sanogo. En effet, le capitaine, que l’on disait perdu avec l’arrivée des Français, garde encore toutes ses 32 dents au point que critiquer ses primes est devenu une infraction pénale. Le journaliste BoukaryDaou en sait quelque chose…

 

Tiékorobani

Mali Web

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