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Centrafrique: sommet crucial à N'Djamena pour l'avenir du pays

Le sommet des chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC) qui se tient mercredi à N'Djamena revêt un importance cruciale pour la Centrafrique, dix jours après le coup de force de la rébellion Séléka qui a renversé le régime de François Bozizé.

L'Afrique du sud, qui a perdu au moins 13 soldats dans la bataille de Bangui, y est représentée par le président Jacob Zuma qui a fait le déplacement avec trois de ses ministres (Relations internationales et Coopération, Défense, Sécurité d'Etat).

Il sera notamment question de "l'habillage constitutionnel" qui devra donner un semblant de légitimité au nouveau régime centrafricain que la communauté internationale n'a pas reconnu.

Une des idées est de revenir, avec quelques aménagements, à la Constitution dont le nouvel homme fort de la Centrafrique, Michel Djotodia, avait annoncé la suspension.

Il s'agirait de "refuser la présidence de la République au président de l'Assemblée nationale à qui elle revient" normalement en cas de vacance du pouvoir, pour créer à la place "un Conseil national de transition dirigé par Michel Djotodia" et ainsi "retrouver un peu de légalité internationale", selon une source diplomatique.

La communauté internationale, à qui la Centrafrique a demandé une aide d'urgence, devrait presser M. Djotodia et exiger des garanties quant à son départ du pouvoir, annoncé pour 2016, voire accélérer la transition censée mener à des élections libres et transparentes.

Un exercice qui a ses limites. "Il ne faudrait pas qu'on déshabille ou humilie M. Djotodia. Il ne faut pas oublier qu'il y a 3.000 (rebelles de la coalition) Séléka en ville", dit une source proche du gouvernement.

M. Djotodia, sauf surprise, ne devrait pas être présent à ce sommet, contrairement au Premier ministre Nicolas Tiangaye, avocat issu de l'ancienne opposition au régime de Bozizé et, pour le moment, seule personnalité "légitime" aux yeux de la communauté internationale.

"Main invisible" du Tchad

Le puissant voisin tchadien, sans qui rien ne se fait en Centrafrique, devrait "donner son feu vert" aux décisions prises au cours de ce sommet qui n'a pas lieu par hasard à N'Djamena.

Depuis quelques jours, le rôle du Tchad dans la chute du président François Bozizé le 24 mars se confirme. On prête au régime d'Idriss Deby Itno - au pouvoir depuis 1991 - la volonté de renforcer son influence au sein du Séléka en soutenant certains groupes dont il est proche.

Signe de cette "main invisible", le général Noureldine Adam, un des cerveaux financiers du Séléka et chef de la CPJP (Convention des patriotes pour la justice et la paix)-fondamentale, a été promu troisième ministre d'Etat et le général Moussa Dhaffane, chef du CPSK (Convention Patriotique du Salut du Kodro), quatrième ministre d'Etat dans un gouvernement qui n'en compte que cinq.

François Bozizé lui-même a accusé mardi le Tchad de l'avoir lâché: "C'étaient les forces spéciales des forces armées tchadiennes qui ont mené l'opération du dimanche (24 mars) dans la matinée puis ont attaqué la base des Sud-Africains", a dit le président déchu à la BBC Afrique.

Zuma et trois de ses ministres

Autre dossier épineux: celui de l'engagement militaire de l'Afrique du Sud en Centrafrique.

Treize soldats sud-africains sont morts en Centrafrique ans des affrontements avec les rebelles du Séléka, selon le bilan officiel sud-africain (35 selon un bilan officieux de sources centrafricaines) et l'affaire a fait scandale en Afrique du Sud.

Depuis, M. Zuma doit justifier cet engagement au nom d'un obscur accord de défense. "Nous continuons nos consultations avec la région d'Afrique centrale et l'Union africaine" pour décider de la suite à donner à la mission militaire sud-africaine en Centrafrique, a-t-il dit mardi.

Des sources proche de la présidence et des services sécuritaires affirment que MM. Zuma et Bozizé avaient signé des "accords intuitu personae (en fonction de la personne, ndlr) donnant à des entreprises sud-africaines l'accès à des richesses pétrolières, diamantifères et aurifères" dans deux régions. En échange, l'Afrique du Sud devait défendre le régime de Bozizé, assurent ces sources.

"Il a pris des risques avec la vie de ses soldats et a tout perdu avec la chute du régime. Mais il se peut qu'il demande réparation ou exige des compensations pour calmer les siens en Afrique du Sud", soutient une source proche du dossier.

Au Séléka, un responsable assure, pour le moment: "Les accords de Bozizé avec l'Afrique du Sud n'étaient pas dans l'intérêt du pays mais du maintien au pouvoir de Bozizé. Ils ont perdu militairement. Ils doivent s'en aller et oublier".

Cependant, la présidente de la Commission de l'Union africaine qui a suspendu la Centrafrique de l'organisation n'est autre que la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, ancienne épouse du président Zuma.

AFP

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