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l’Islamisme nahdhaoui : un projet fondamentalement anticulturel.

Par Naceur Ben Cheikh

Dépasser le seuil de la peur, pour un peuple relativement policé par cinquante ans de culture politique ayant pour centre la préservation de l'Unité nationale et l'édification d'un État stable, ce n'est pas retourner à la Siba qui aurait transformé notre révolution sans chef, en révolte contre le pouvoir central. C'est ce qui explique que le dépassement du seuil de la peur a été perçu surtout comme une libération de l'expression politique et culturelle au niveau le plus évolué. Et c'est cette nouvelle donne que semblent ne pas percevoir les comploteurs nahdhaouis. Et ce, pour la simple raison qu'il s'agit de concepts et de besoins qui se situent en dehors de leur « vision du monde » de laquelle ont été évacuées la dimension sacrée de la créativité dans l'humaine condition et le besoin de liberté qui lui est nécessairement associé, ainsi que la notion de dignité qui leur donne sens, dans la mesure où le sentiment de dignité serait l'expression de nostalgie qu'éprouverait l'être humain pour sa condition divine d'Origine.
D'où l'on pourrait comprendre la cécité intellectuelle radicale des intégristes quand il s'agit de l'importance que tout gouvernement soucieux de bonne gouvernance, se doit d'accorder à la liberté d'expression politique et culturelle. Il va de soi que l'absence, de leur horizon de penser, de ces valeurs propres à la constitution même de toute société civile, les rend également insensibles à toute « vision révolutionnaire » dont le sens ne peut être, à leurs yeux, que contraire à la « nécessaire soumission radicale » à Allah et à ses représentants sur terre que sont les héritiers de son Prophète, fondateur de l'État islamique. C'est ce que Mohamed Talbi a essayé de dire, aussi bien à Ghanouchi, dès son retour de Londres qu'à Tariq Ramadhan, venu couvrir les islamistes tunisiens par sa démagogie spectacle.

Ce n'est donc pas un hasard que les grains de sable qui font grincer la machine à comploter des islamistes, ou plutôt les cailloux qui les font trébucher au quotidien , appartiennent tous au champ de l'expression culturelle et de la communication sociale. Champ constitué de bout en bout d'activité de production symbolique dont il ne peuvent percevoir ni le fonctionnement, ni les motivations et sont donc obligés, pour neutraliser son effet de résistance, de frapper à l'aveuglette, en révélant, sans le vouloir, leurs vrais mobiles et la nature fondamentalement inhumaine, parce que fondamentalement dominatrice de leur projet fondamentalement anticulturel. Septembre 2012

Source

Tunisie Focus

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