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Le come-back de Moubarak

Exilé et muet depuis sa fuite le 11 février 2011, l'ex-président égyptien Hosni Moubarak a refait surface ce dimanche 10 avril 2011 via un message sonore diffusé où il se dit victime de «campagnes de diffamations» et dément cacher une fortune à l’étranger. Quelques minutes après la diffusion sur la chaîne satellitaire saoudienne Al-Arabiya basée à Dubaï, la justice égyptienne a annoncé sa convocation et celle de ses deux fils, Alaa et Gamal, dans le cadre d’une enquête.

Tenus de s’expliquer sur l’emploi de la violence contre les manifestants lors de les révoltes de janvier et février, les trois hommes auront à rendre compte des 800 morts et milliers de blessés officiellement recensés. Par ailleurs, les Moubarak seront également interrogés sur les accusations «d’utilisation de l’argent public», dans le cadre d’opérations anticorruption visant l’ancien régime. Enfin, le parquet a aussi annoncé la mise en détention pour quinze jours d’Ahmed Nazif, ancien Premier ministre du raïs et son ministre de la Défense pendant vingt ans.

L’ex-président égyptien réfute donc la thèse selon laquelle il serait l’une des plus grandes fortunes du monde. Estimée entre 40 et 70 milliards de dollars (entre 27 et 50 milliards d’euros) par le magazine Challenges –—l’équivalent du montant de la dette égyptienne— les Moubarak étaient accusés par la population d’avoir pillé, pendant près de trente ans de règne, les ressources du pays.

Des manifestants rassemblés ce 8 avril 2011 sur la grande place Tahrir du Caire, haut lieu de la «Révolution du Nil», ont réclamé depuis plusieurs jours la traduction en justice de l’ancien président et d’autres membres de son régime. Ce dernier rassemblement aurait d’ailleurs fait deux morts. Pendant ce temps, d’autres anciens ministres et hommes d’affaires proches de son clan font l’objet de procès ou de mesures diverses, comme le gel de leurs avoirs ou l'interdiction de quitter le pays.

Voici la traduction de la première intervention d’Hosni Moubarak depuis sa chute le 11 février 2011:

«Je ne peux garder le silence face aux campagnes de diffamation et aux tentatives de porter atteinte à ma réputation et à mon intégrité, ainsi qu’à la réputation et à l’intégrité de ma famille. Nous avons souffert physiquement et moralement de cette campagne injustifiée. J’accepte de fournir tous les papiers susceptibles d’aider le procureur général à demander aux ministères des Affaires étrangères de contacter d’autres ministères des Affaires étrangères afin de divulguer les comptes qui appartiennent à ma femme et moi-même. Le but est que tout le monde, et surtout les Egyptiens, prennent connaissance et se rendent compte des mensonges qui se jouent derrière les allégations qu’ont exprimé les médias locaux et internationaux à propos de mon immense fortune supposée.»

Le nouveau gouvernement, qui souhaite assurer sa volonté de traduire en justice les anciens du régime, et son ministre de l’Intérieur, Mansour el-Issaoui, ont déclaré qu’Hosni Moubarak et ses fils, convoqués par la justice, pourraient être arrêtés s’ils ne se rendaient pas au tribunal. S’ils refusent de comparaître, le «procureur en sera notifié et les mesures légales seront prises», a précisé le ministre, cité par l’agence officielle Mena.

Assigné à résidence à la station balnéaire de Charm el-Cheikh, le raïs revient sur le devant de la scène à un moment stratégique où l'incertitude sur l'avenir de l'Egypte gagne du terrain. Une intervention minutieusement préparée et qu'on imagine faisant suite à la construction d'un argumentaire pyramidal, voire même de dispostions juridiques et financières tendant à disculper et à soigner le profil de celui que les Egyptiens surnomment encore le «Pharaon».

Lu sur Tunis Tribune