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Burkina Faso - Compaoré fait le sourd, la population hausse le ton

Le président Blaise Compaoré avait laissé entendre que la crise était finie; qu’à l’issue des rencontres avec les militaires et les engagements de ses interlocuteurs de ne plus descendre dans la rue, le Burkina Faso avait retrouvé son équilibre —ou du moins s’était résigné à accepter la situation. Pourtant, il n’en est rien.

Vendredi 8 avril 2011, des dizaines de milliers de manifestants et membres de la Coalition nationale contre la vie chère (CCVC), composée de nombreux travailleurs du public et du privé, ont défilé dans les rues de la capitale Ouagadougou pour protester contre la hausse des prix des denrées alimentaires, les conditions de vie et de travail, la corruption et la mal gouvernance en matière de justice, notamment sur la mort de Justin Zongo, jeune élève de Koudougou, et d’autres personnes disparues dans des conditions encore non élucidées.

Pour Tolé Sagnon, porte-parole et président de la Coalition, «le malaise est profond et criard au Burkina et la fragilité du système évidente. La crise ne fait que commencer.» Pire, «elle s’approfondit».

«Nous sommes sortis aujourd'hui pour dire que nous avons faim. Nous voulons également exprimer notre ras-le-bol de la situation que vivent les Burkinabés et pour exiger vérité et justice pour les multiples victimes de crimes de sang», a-t-il indiqué.

La manifestation s’est déroulée de façon plus ou moins pacifique, même si certains commerçants ont été brutalisés pour avoir gardé leurs boutiques ouvertes, bravant les consignes de la CCVC. Les slogans scandés étaient pour la plupart hostiles au régime en place, de même que certaines pancartes sur lesquelles on pouvait lire «Nous avons faim», «Le stylo et l’arme ne peuvent pas cohabiter ensemble. Nous ne voulons plus du SSU (Service de sécurité des Universités, ndlr) sur le campus», ainsi que des messages appelant clairement au départ de Compaoré.

Le mouvement social du 3 janvier 1966 qui avait abouti au renversement du président Maurice Yaméogo reste dans tous les esprits. Pour éviter pareils soulèvements, les travailleurs souhaitent voir cette fois-ci leurs préoccupations réellement prises en compte par les autorités, en-dehors des annonces vaines et fictives du chef de l’Etat sur la justice, la protection et le bien-être de ses concitoyens.

En donnant rendez-vous aux travailleurs le 1er mai 2011, journée internationale du travail, le président de la CCVC a appelé les populations à rester mobilisées. Car «si des concertations du président du Faso, il n'en sort pas de décisions concrètes, nous allons encore vous appeler à descendre dans la rue», a-t-il lancé. En attendant, les travailleurs ont été invités à participer à la grève des enseignants qui débute le 13 avril prochain.

Dans cette avalanche de revendications martelées ici et là et qui embrasent les rues de Ouagadougou, il serait décidément surprenant que du haut de son siège, le président Compaoré n’entende pas les cris de la population. D’autres chefs d’Etats ont, il y a peu, payé cher pareille surdité.

Lu sur Faso.net