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AG DES TRAVAILLEURS DE LA FILSAH : ‘'DG, Seydou n'est pas seul !''

En réponse à la sortie médiatique d'Abdoulaye Nabolé, Directeur général de la Filature du Sahel, la Filsah, les employés de ladite société ont tenu une assemblée générale à la bourse du travail de Bobo, le lundi 1er avril 2013. Objectif, démentir les propos du DG, soutenir Seydou Ouédraogo en grève de la faim depuis plus de dix jours, et étaler au grand jour la misère des travailleurs... de la FILSAH

Lundi 1er avril 2013, lundi de Pâques et jour de repos pour la majorité des travailleurs burkinabè. Mais aussi, un lundi pas comme les autres pour des travailleurs de la FILSAH.

En effet, dès 8 heures, les plus déterminés d'entre eux étaient déjà à la bourse du travail.

Un premier groupe de 5 personnes entame ainsi les discussions. Le misérabilisme, l'épée de Damoclès qui plane sur les travailleurs, Koné, le « Judas » qui a osé dire à la Radio Télévision du Burkina (RTB) qu'il n'y avait pas de problème à la FILSAH, sont des sujets de discussions.

En attendant le début de l'assemblée générale, les uns et les autres se réjouissaient des premières victoires de la lutte engagée pour l'obtention de meilleures conditions de vie et de travail.

Car depuis le début de ce que l'on peut appeler l'affaire Seydou Ouédraogo contre Abdoulaye Nabolé, les travailleurs de la FILSAH disent compter désormais dans la balance.

Ils se disent courtisés par la direction. « On a vu des 4x4 et des V8 dans des six mètres, ce n'est plus nous qui avons peur, Monsieur Nabolé, notre directeur est à la recherche des délégués syndicaux. En compagnie de son comptable et du directeur des ressources humaines, ils ont fait un tour chez Seydou » laisse entendre un ouvrier de la FILSAH.

A 09 heures, heure prévue pour le début de l'assemblée générale, les délégués syndicaux de la FILSAH n'avaient pas encore le nombre escompté pour démarrer la rencontre. Une quinzaine de minute est donc demandée à l'assistance pour attendre les retardataires.

« Pas de problème, même s'il faut attendre une journée on est prêt » lance un agent.

A 09 heures quinze, les places vides de la bourse du travail se faisaient rares. En nombre, plus d'une centaine de travailleurs de la FILSAH ont répondu à l'appel de leurs délégués syndicaux.

Avec leur double statut de délégué du personnel et de délégués syndicaux de la Confédération générale des travailleurs du Burkina (CGTB) Souleymane Koné, Eric Bado, Romuald Koné, Emmanuel S. Nana, Abdoulaye Soma entament la rencontre.

L'Etat de Seydou Ouédraogo, la visite du gréviste par le DG, le DRH et le comptable de la FILSAH, le verdict de l'audience du 26 mars 2013 au Tribunal du travail, les avants propositions des délégués syndicaux et les divers ont été retenus comme points focaux de la rencontre. Avec en toile de fond, la fameuse phrase de Ki Zerbo, « Ni an lara, an sara (Si on se couche, on est mort) ».

Abdoulaye Soma, délégué syndical monopolise la parole pour un temps. Pour lui, il s'agit de démentir les propos du DG, de rappeler le courage de Seydou Ouédraogo et d'exprimer la souffrance et le harcèlement dont sont victimes les délégués syndicaux.

Concernant l'intervention d'Abdoulaye Nabolé sur Lefaso.net et sur Burkina 24, les délégués syndicaux ont effectivement reconnu le passage de 86 à 94% du taux de production à la FILSAH.

Par contre, au lieu du bien-être, de l'épanouissement, ils disent que les efforts surhumains sont dus à une pression. Car selon eux, « les lois du Burkina s'arrêtent à la porte de la FILSAH ».

Des cas de licenciement illicites à l'avis contraire de l'inspection du travail, les mises à pieds abusives, les pressions morales, l'illégalité dans le traitement salarial, la non classification des travailleurs (des non embauchés toucheraient plus que des salariés pour un même travail) sont autant d'anomalies érigés en norme à la FILSAH selon eux.

Seydou Ouédraogo, parmi les 30 premiers salaires de la FILSAH

Sur sa lancée, le délégué syndical va orchestrer une entrée solennelle à celui qui incarne la lutte des travailleurs de la FILSAH.

Seydou Ouédraogo, en grève de la faim, affaiblit, tient malgré tout le coup. Et pour ses collègues, il est l'exemple typique d'un bon chef. Car, Seydou fait partie des 30 premiers salaires de la FILSAH et a le double du salaire de la majorité des ouvriers.

Malgré tout, il est celui qui paie le plus grand tribut de la lutte engagée par ses pairs pour la dignité du travailleur de la FILSAH. Et pour cela, Seydou a été applaudi tout au long du trajet qui mène à l'assemblée.

Diminué physiquement, il a du mal à tenir debout. Mais le verbe, l'aisance et la teneur des mots demeurent. En pur produit de la CGTB ou encore de l'ANEB, Seydou Ouédraogo a décrit la situation peu enviable des agents de la FILSAH, son isolement dans une salle à machine, où esseulé tout au long de ses journées de travail, il n'avait pas la chance de communiquer avec ses collègues, les pressions multiples et multiformes que subissent les délégués syndicaux de la FILSAH et sa réponse à l'invitation de son DG de surseoir à sa grève constituent l'essentiel de son intervention.

Des conditions pour arrêter la grève

« A mon âge, il vous sera difficile de me faire changer ; celui qui n'est pas avec moi est contre moi » l'auteur de ces phrases qui n'est autre que le DG Abdoulaye Nabolé, qui est craint par ses employés.

A l'évocation de son nom, la salle n'a pas manqué de faire la comparaison avec Laurent Gbagbo. Et comme face à Laurent Gbagbo, les paroles ne suffisent pas avec Nabolé selon les délégués syndicaux.

Voila pourquoi, sa demande de suspension de la grève entamée par Seydou Ouédraogo qu'il se chargerait personnellement d'annoncer aux journalistes a été déclinée par ce dernier. Comme préalable à toute discussion, le gréviste demande la fin de toute forme de pression à l'encontre des délégués du personnel et la classification pure et simple des travailleurs de la FILSAH.

Comment manifester notre soutien à Seydou ?

Cette question était la principale au cours des ''divers'' de l'assemblée générale des travailleurs de la FILSAH.

Sur la toile et dans des universités du Burkina, la cause des travailleurs de la FILSAH a été entendue. Malheureusement, Seydou étant le principal acteur, était encore le plus en vue.

Ce qui posait des problèmes à certaines personnes qui n'hésitaient pas à affirmer que Seydou Ouédraogo se bat seul sans l'assentiment de ses collègues.

Pour démentir ces points de vue, les participants à l'assemblée générale n'ont pas manqué de propositions. Comme par exemple arrêter le travail, brûler la FILSAH, entamer une grève de la faim collective, ou encore marcher jusqu'au Gouvernorat...).

S'en remettant finalement à la décision de leurs délégués, l'assemblée a retenu une baisse de la production et l'entame des démarches pour une marche pacifique.

Quand la misère fait rire

« Dieu n'existe pas à la FILSAH ». C'est en tout cas l'avis de Seydou Ouédraogo et des travailleurs de la FILSAH.

Avant, pendant et après l'assemblée générale des travailleurs de cette société de textile qui investissent des milliards par an en matériel et en construction, des hommes et des femmes n'ont pas manqué de relater de manière parfois humoristique la galère des travailleurs. L'on apprend ainsi que « les vendeuses de riz sont parties de la FILSAH à cause des impayés qui leur sont dus.

A entendre les travailleurs de cette entreprise, la FILSAH est la mère des miséreux. Pourquoi donc rester dans cette société ? A cette question, des ouvriers ont répondu que partir n'est pas la solution.

D'autant plus que la majorité des industries de la zone industrielle de Bobo-Dioulasso est selon eux, à l'image de la FILSAH. Alors autant rester et se battre pour changer les choses. Car avant tout, ils estiment que la FILSAH n'appartient pas seulement à monsieur Nabolé et à son staff.

Ousséni BANCE

Lefaso.net

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