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Centrafrique : une vie économique arrêtée et difficile à reprendre

BANGUI (AFP) - (AFP)

Le milieu économique centrafricain demeure "pessimiste" quant à la reprise de "l'activité" promise mardi par le nouveau pouvoir en place, alors que l'insécurité persiste dans le pays et qu'une partie de l'outil de production a été détruite lors des violences qui ont amené la rébellion au pouvoir.

"La reprise ne se décrète pas" regrette Serge-Alain Yabouet-Bazoly, ancien ministre et jurisconsulte du Groupement interprofessionnel africain (Gica) un des deux syndicats des patrons centrafricains.

Cette semaine, le gouvernement d'union nationale a promis une "reprise de l'activité administrative et économique" mardi, dix jours après la prise de Bangui et le renversement du régime de François Bozizé par la rébellion Seleka.

Toutefois, les pillages se poursuivent dans les quartiers et les entreprises ont payé un lourd tribut à l'insécurité depuis le début de l'offensive en décembre et surtout à l'anarchie et aux pillages qui ont suivi la prise de la capitale le 24 mars.

Le pays, qui compte 5 millions d'habitants était déjà l'un des plus pauvres du monde, miné par les rébellions et la corruption qui l'ont empêché d'exploiter les nombreuses richesses de son sous-sol.

En décembre, le Gica avait chiffré à 27 milliards de francs CFA (4,1 millions d'euros) les dégâts occasionnés par le début de l'offensive du Séléka."Il est à craindre que ce chiffre a explosé depuis", estime Patrick De Jean, le président du Gica, dont les 23 grandes entreprises représentent 45% des 130 milliards de CFA (20 millions d'euro) de recettes fiscales locales de l'Etat centrafricain.Et les caisses sont vides.

"En état actuel, il est impossible de reprendre.Il faut avant tout rétablir la sécurité.Pour que les sites (des entreprises) soient sécurisés, pour que employés puissent se déplacer et pour que les quartiers soient aussi sécurisés afin que les employés n'aient pas peur de laisser leurs familles seules à la maison.Pour le moment, ces conditions ne sont pas réunies", précise-t-il.

Entreprises rackettées

Les entreprises sont rackettées par des groupes du Séléka.Patrick De Jean confie avoir dû payer 20 millions de FCA (30.000 euros) à des officiers Séléka pour que son entreprise, la Société Centrafricaine de Cigarette (Socaci), ne soit pas pillée lors de la prise de Bangui."Ce sont ceux qui vous pillent qui vous proposent de vous protéger", raconte-t-il.

La plupart des grandes entreprises ont maintenant trouvé un accord avec le contingent tchadien de la Force multinationale (Fomac) pour payer 400.000 F CFA (600 euros) par soldat les protégeant pour la durée de la crise.

Les PME sont aussi touchées."Il y aura de nombreuses faillites", souligne Patrick De Jean.Beaucoup de petits commerçants interrogés admettent que les affaires sont en baisse : "les gens n'ont plus d'argent.Ils n'ont pas été payés ou n'ont plus de travail", explique l'un d'eux.

La situation des banques complique la situation."Les ordinateurs ont été volés dans beaucoup d'agences.Donc, on va avoir du mal à rouvrir si celles-ci n'ont plus accès aux comptes des clients", explique Stéphane Doukouré, directeur général d'Ecobank.

"L'administration n'a pas repris, donc la banque centrale est +out+ pour le moment.On ne peut pas s'approvisionner en argent et il y aura sans doute une demande importante d'argent.C'est dangereux car il y a le risque de ne pouvoir fournir tout le monde et je ne parle pas du risque de voir débarquer des hommes armés quand on aura ouvert les coffres...", ajoute-t-il.

Il explique aussi que beaucoup d'entreprises vont solliciter des prêts pour reprendre l'activité et que les perspectives économiques mauvaises vont interdire à la banque d'accorder ces prêts à des entreprises en difficulté.

"Le chômage technique et le chômage tout court ne manqueront pas.Malheureusement.Cette crise est un coup fatal", analyse Pierre Siovène, secrétaire général adjoint de l'Union des travailleurs de Centrafrique (USTC)

A long terme, le patronat espère des aides extérieurs pour soutenir l'emploi."Sinon, c'est impossible", explique Patrick De Jean."Patassé, Bozizé, ca fait des années que c'est la même chose.Il faut maintenant un solution politique durable pour qu'on ne recommence pas de nouveau.L'avenir en dépend".

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