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Burkina Faso – Malaise au «pays des hommes intègres»

Le régime du président Blaise Compaoré essuie ces derniers temps divers mouvements d’humeur. Des manifestations d’étudiants et de lycéens se sont déroulées dans la ville de Koudougou, située à 100 kilomètres à l’ouest de la capitale Ouagadougou. Ces incidents qui ont fait au moins deux morts surviennent après le décès d’un élève, en février, dans un commissariat de la ville. Les services de police ont indiqué que le jeune était décédé des suites d’une méningite. Cette version a provoqué la colère des étudiants qui estiment qu’il s’agit d’une «bavure des forces de l’ordre».

A la suite des étudiants, les soldats ont observé une fronde de plusieurs jours dans divers endroits du pays afin de réclamer la libération de cinq de leurs collègues, récemment condamnés par la justice. Ils s’en sont pris aux domiciles des pontes du régime et ont saccagé des édifices publics. Le président Blaise Compaoré, réélu à la tête du Burkina Faso en octobre 2010 a dû céder aux exigences des militaires en faisant libérer les cinq soldats pourtant condamnés par la justice.

Les défenseurs des droits de l’homme dénoncent un «deal» entre les militaires et le pouvoir, de nature à renforcer l’impunité dans ce pays dont le nom signifie «pays des hommes intègres». Le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples et la Fédération internationale des droits de l’Homme ont, dans une déclaration commune, appelé le gouvernement à faire face à ses responsabilités. Pour ces deux associations, l’Etat se doit de «faire la lumière sur les circonstances exactes du décès du jeune élève de Koudougou, poursuivre et juger les responsables», et en même temps «identifier et poursuivre les éléments des forces de l’ordre responsables du décès des personnes tuées en marge des manifestations».

Certains opposants sont aussi montés au créneau. Dans un entretien accordé à la BBC, Bénéwendé Sankara, avocat et opposant au régime a déclaré:

«Nous sommes dans un pays qui est véritablement en ébullition et cela intervient malheureusement après une élection présidentielle qui a été saluée par tous les observateurs. C'est la preuve que beaucoup se sont trompés.»

Un autre opposant, Soumane Touré, tout en condamnant la furie des soldats, considère leur révolte «comme la conséquence logique des frustrations engendrées par le mode de gouvernance de Blaise Compaoré», selon des propos relayés par la presse locale. Dans un discours télévisé, Blaise Compaoré a lancé un appel au dialogue et promis des réformes.

Lu sur Africatime