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Marché Sikasso by c.hug via Flickr CC
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Au Mali, c'est une femme qui gouverne

Amadou Toumani Touré a choisi une femme méconnue pour Premier ministre: Kaïdama Sidibé. Un progrès pour certains, une manipulation pour d'autres.

C’est une première dans l’histoire de la République du Mali, une femme: Cissé Mariam Kaïdama Sidibé, a été nommée au poste de Premier ministre par le président Amadou Toumani Touré (ATT). Kaïdama est une technocrate, peu connue du grand public qui suscite la curiosité autant que la controverse.

«Le choix porté sur vous pour impulser l’action gouvernementale traduit la consécration de votre engagement au service de la nation», a déclaré le Premier ministre sortant, Modibo Sidibé, dont le gouvernement a démissionné le 31 mars. Depuis cette date, le Mali tout entier attendait un nom. Le 3 avril, la surprise a été de taille à l’annonce de la nomination de Kaïdama Sidibé. «Cette dame méconnue sur la scène politique cumule en tout et pour tout quatorze mois au sein du gouvernement. Est-elle la mieux indiquée?» s’interroge Lamine Diallo de l’hebdomadaire Waati.

Une chose est sûre, cette dernière, qui a été ministre du Plan puis de l’Agriculture entre 1991 et 1992,  n’est affiliée à aucun parti et n’a pas d’ambition présidentielle. Or, ATT l’a dit et répété: il n’est pas prêt à accepter des ministres candidats à l’échéance 2012 dans le nouveau gouvernement. Le 6 avril, la nouvelle chef du gouvernement a dévoilé la composition de son équipe composée de 32 membres, contre 28 dans la précédente. Outre l’arrivée de certaines figures de l’opposition, la moitié des ministres du gouvernement précédent ont été reconduits. Ceux qui affichaient leur ambition présidentielle ont été écartés.  

Priorité au code de la famille

La Première ministre entend faire la promotion des femmes et conclure la révision du code de la famille, censé libérer les femmes des pesanteurs socioculturelles et religieuses, qu’ATT a maintes fois repoussé et qui devrait donner à Kaïdama l’occasion de faire ses preuves en la matière. Celle-ci aura également la charge de dépoussiérer les institutions et de la révision constitutionnelle ainsi que de l’organisation des élections générales prévues en 2012.

Cette nomination est «une nouveauté dans un pays sahélien qui se veut de moins en moins machiste et sexiste mais n’en demeure pas moins sceptique quant à la gestion féminine des affaires publiques», explique El Moctar Kanta dans les colonnes du Républicain, précisant que la nouvelle équipe gouvernementale ne comporte que cinq femmes ministres y compris la Première, au lieu de sept dans le gouvernement précédent. C’est une preuve qu’«ATT roule pour lui-même et non pour les femmes», note le Ciwara Infos dans son éditorial.

En réalité, il n’a pas échappé à de nombreux observateurs de la vie politique malienne que le choix d’une femme pour diriger le gouvernement est de la part d’ATT un acte éminemment politique qui lui permettra de terminer son mandat la tête haute.

Inconnue du grand public

La journaliste Rokia Diabaté regrette la position de certains, qui estiment que «le Président n’aurait jamais dû nommer une femme sans relief pour remplacer Sidibé, inconnue du grand public», et rappelle au passage que «l’apport des femmes a été très positif dans l’accession du Mali à la souveraineté nationale le 22 septembre 1960». Le Journal du Mali note pour sa part que la classe politique dans son ensemble a réagi favorablement au choix d’ATT.

«Je voudrais exprimer toute ma satisfaction de voir le président de la République accorder sa confiance à une femme au poste de Premier ministre. Je sais qu’elle donnera le meilleur d’elle-même pour réussir sa mission», a déclaré le président de l’Union pour la République et la démocratie (URD), Younassi Touré. Le président du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi), qui a refusé de faire partie du gouvernement, mettait dans le même temps en avant la grande capacité d’écoute de Kaïdama.  

Si du côté des femmes la nomination de Kaïdama suscite de grands espoirs, les autres pays de la région observent cela avec un certain intérêt.

«Dans une Afrique où les femmes ont toutes les difficultés pour rentrer dans le cercle des décideurs politiques, le geste du président de la République du Mali est plus que louable. Il est à souhaiter que les autres lui emboîtent le pas», souligne Boulkindi Couldiati dans les colonnes du quotidien burkinabé Le Pays.

Anne Collet

 

Anne Collet

Journaliste française, spécialiste de l'Afrique et des sujets sur les femmes. Ancienne journaliste de l'hebdomadaire Courrier international.

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