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Analyse de La Lettre d’intention de la Tunisie envers le FMI : Dernière étape avant la colonisation

 

Comme nous l'avons analysé dans notre article « Prêts en échange de réformes libérales », Le gouvernement tunisien, qui s'est décidé à se financer auprès du FMI, après la dégradation de notre note souveraine par la plupart des agences de notations internationales et l'épuisement de toutes les garanties de nos partenaires, est officiellement en pourparler avec l'institution de Washington dans le cadre du prêt de précaution d'un montant de 2,7 Milliards de Dinars ( 3.92% du PIB). Dans ce cadre 2 documents confidentiels ont fuité.

Nous nous proposons dans cet article d'analyser le contenu de ces documents, et de commenter les différents chiffres et mesures traités. Il sera utile de consulter notre dossier concernant les dangers de la dette et ses effets sur l'économie nationale afin de pouvoir juger de la gravité de la situation et de comprendre que l'on arrive au bout du tunnel : La fin d'un rêve nommé « Révolution ».

Calendrier de Choc

Le 1er document est un résumé du calendrier des « réformes » qui seront menées par le gouvernement et par la banque centrale, on voit que certaines ont déjà été entamées comme l'augmentation du prix des carburants. On rappelle déjà que le gouvernement a justifié ces augmentations par les prix sur les marchés internationaux, alors qu'il n'en n'est rien comme nous l'avons expliqué précédemment. Ces augmentations ne vont pas être les dernières puisque le calendrier prévoit un nouveau système de fixation des prix de l'Energie, mesure dont on a jamais entendu parler...

Les autres principales mesures sont :

- L'annulation des mesures de restriction des crédits bancaires, ce qui en suivra surement une ré-explosion du déficit de la balance courante et la chute des réserves en devises.

- Le déplafonnement des taux d'intérêt, afin de garantir aux banques la possibilité d'améliorer leur rentabilité et d'effacer leurs pertes en faisant porter le fardeau des années de mauvaise gouvernance sur les citoyens et sur les entreprises nationales qui verront leur coût d'endettement augmenter alors que les patrons de ces banques sont à la plus haute marche de la pyramide des salaires.

- Audit des banques publiques afin de décider de ce que doit faire l'état : fusionner, renflouer ou vendre ces institutions qui ont été complètement détruites par la dictature.

- Baisse des du taux d'imposition sur les sociétés on shore et les caler sur le taux des sociétés off shore, qui est pratiquement nul. Cette mesure aura pour effet de baisser les ressources financières de l'Etat et d'augmenter les revenus du capital, on connait l'effet de telles mesures, les peuples européens et américains souffrent depuis maintenant 5 ans à cause de la crise financière enclenché par les risques démesurés pris par les banques et qui ont été renflouées par les états qui ont perdu leur capacité financière pendant les 30 dernières années à cause de la baisse des taux d'imposition…

- Auditer la STIR et la STEG, deux structures stratégiques qui assurent l'approvisionnement du pays en énergie. Ces audits concluront par l’abandon de certains pans de l’activité (production de l’énergie, expansion et maintenance du réseau…) en faveur de multinationales spécialisées ce qui détruira le rêve de l’indépendance énergétique…

- Finaliser l’abandon définitif du système de compensation sans passer par un débat national concernant ce sujet sensible relatif au niveau de vie des tunisiens

Ce calendrier se termine en décembre 2013, ces réformes si profondes peuvent-elles sérieusement être lancées en moins de 9 mois au sein d’une démocratie digne de nom, surtout connaissant le rythme de nos institutions qui peinent à rédiger une constitution depuis plus de 2 ans?

Mensonge public, sincérité avec les seigneurs

Le 2ème document est une lettre d’intention pour la demande du prêt, le ton est à la sincérité, l’humilité, le sérieux et à la justification. En annexe on y trouve “un mémorandum des politiques économique et financière”

remarquez la faute de grammaire, preuve que le document n’est pas une version définitive. Vu l’aggravation de la situation, la proposition finale sera surement plus désastreuse encore…

ce mémorandum présente les réformes prévues par ce gouvernement, transitoire rappelant le, et détaille les prévisions macro-économiques.

Ces prévisions, “prudentes”, comme l’a souligné le ministre des finances , sont en décalage avec celles publiées officiellement ainsi:

- la croissance pour 2012 serait de 3,2% alors que l’INS parle de 3,6% de croissance. Le ministre se défend en disant que les documents date de Février 2012, la publication de l’INS, aussi…
- un taux d’exécution de 75% du budget 2012, on remarque que dans le document il est dit que ce taux médiocre est dû à la mauvaise situation du pays alors que dans le projet du budget de l’état, on y lit que ce taux est une bonne performance par rapport à l’habitude (mettre un lien vers le budget de l’état, je ne le retrouve pas!)

Le resserrement de la politique monétaire durant l'année 2012 a permit de faire face à l'augmentation de l'inflation globale.

Cette affirmation, si on la recoupe avec l’agenda des réformes où l’on prévoit d’annuler la politique de resserrement des crédits indique que l’état est prêt à accepter une inflation plus poussée dans les années à venir, tout le contraire du discours politique où l’on assure que le gouvernement fera tout pour limiter l’augmentation des prix…

À fin juin 2012, le ratio des prêts improductifs est resté constant à un niveau élevé (13,4% des créance totales); mais les premières estimations à fin septembre indiquent que ce ratio pourrait être de 3 à 4 points de pourcentage plus élevé en vue du reclassement probable des créances rééchelonnées de 2011 en impayés.

Encore une information exclusive, les responsables n’ont jamais évoqué cette augmentation du ratio des impayés. Publiquement, la banque centrale n’a jamais cessé de parler de stabilisation de la situation bancaire .

Bien qu'une croissance du PIB réel de 4,5% pour l'année 2013 reste l'objectif que nous désirons atteindre, nous avons établi les objectifs du programme sur un taux de croissance plus modeste qui se rapprocherait de 4 % en 2013 en raison de la conjoncture difficile en Europe. Cette croissance serait tirée par la production agricole, la reprise du secteur touristique et de l'activité dans l'industrie (particulièrement les phosphates).

le ministère avoue ici que l’objectif de 4,5% de croissance est ambitieux, mais le plus problématique reste l’ambition qu’on donne au secteur agricole en tant que moteur de l’économie, alors qu’il ne représente que 12% du PIB et sera moins performant que l’année dernière, vu la sécheresse qu’a connu le centre et le sud du pays. Quant au Tourisme, il reste convalescent et les principaux acteurs du secteur reste septique quant à l’afflux de touristes pour cette saison.

Besoins de recapitalisation bancaire. Selon les estimations de l'évaluation récente de la Stabilité du Système Financier (ESSF), ces besoins pourraient atteindre jusqu’à 2,6% du PIB pour les deux prochaines années. A cet effet , et à titre de précaution , une tranche a été prévue dans la loi des finances de 2013 , et nous prévoyons d'allouer une deuxième tranche atteignant ainsi un taux maximum de 0.5% du PIB et ce dans la loi des finances rectificative

Une autre exclusivité, le gouvernement avoue que la recapitalisation des banques coûtera 2,6% du PIB soit 1.78 Milliards de Dinars. la tranche retenue pour le budget 2013 a été de 60 Millions de Dinars ce qui est négligeable (3% du budget nécessaire).

De plus le gouvernement parle d’une loi de finances rectificative, nous n’avons jamais entendu parler de ça pour cette année. il prévoit d’augmenter ce budget à 0.5% du PIB, soit plus de 500 Millions de Dinars que prévu! cette dépense sera ponctionnée sur les investissements publics et grâce à de nouveaux endettements locaux.

Régime des pensions.
Les régimes des retraites de la fonction publique et de l'assurance maladie sont considérés comme financièrement non durables pour le long terme. D’ici 2018 et en l'absence de toute réforme, le déficit combiné pourrait atteindre 2% du PIB. Pour parer à ce risque, le Gouvernement Tunisien a commencé à analyser les scénarios de réformes des retraites et de l’assurance maladie, en vue d'assurer la viabilité du système.

Encore une nouvelle inquiétante, qui nécessite aussi un réel débat national: le financement du régime des retraites.

Le reste du document traite de la libéralisation de l’économie (réforme du code du travail, encouragement fiscaux pour les investisseurs, privatisation…) et du secteur financier et bancaire, il est prévu de faciliter les opérations en devise et de limiter l’intervention de la BCT sur le marché ce qui accélérera la dévaluation du Dinars, de créer une institution qui jouera le rôle de prêteur en dernier ressort et permettre aux banques d’avoir l’assurance d’être sauvées en cas de faillite, sur le dos du contribuable bien sûr.

Conclusion

Il faut encore rappeler que ces réformes sont des exigences classiques du FMI, les proposer en premier pour ne pas avouer l’abdication au dogme des institutions financières internationales est une technique de communication, classique aussi, pour faire accepter au peuple ce traitement de choc.

La mort de Chokri Belaid, lui qui était le porte drapeau de la frange souverainiste de l’opposition, apparaît comme une aubaine pour ce gouvernement dans ce contexte. La route est pavée désormais pour offrir le pays aux multinationales et aux rentiers internationaux. Ce peuple n’a rien fait pour mériter une telle tragédie, les vrais coupables sont libres et continuent à s’enrichir, . Les responsables quant à eux, font porter tout le poids de leur incompétence sur nous et sur les prochaines générations qui auront le fardeau d’arrêter cette drogue ultime: la dette odieuse ou le néo-colonialisme.

Nawaat

Ses derniers articles: Peut-on (encore) se passer des banques au quotidien en Tunisie?  En Tunisie, le "plus grand drapeau au monde" ne fait pas l’unanimité  Tunisie-Union européenne: une mise sous tutelle déguisée 

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