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Manifestation de femmes à Ogun au Nigeria le 24 décembre 2012. DR
Manifestation de femmes à Ogun au Nigeria le 24 décembre 2012. DR

Les Femen n'ont rien inventé du tout

Manifester les seins nus est une méthode déjà maintes fois utilisée par les Africaines.

Un cri de colère peut s'exprimer de différentes manières. Certains préféreront utliser leur plume ou leur voix, d'autres leur corps. Mais tous exprimeront la même chose: un ras-le-bol. Celui de ne pas avoir été sufisamment écouté et compris.

Manifester les seins nus n'est pas le propre d'une époque ou d'une région. Les activistes des Femen ne sont pas les premières à manifester seins nus dans les rues. Des Africaines avaient usé de ce mode de protestation bien avant elle.  

«Avons-nous oublié les manifestations de femmes nues qui ont eu lieu au Nigeria, au Liberia, au Kenya et en Ouganda il ya près d'un siècle?», s'interroge le site OkayAfrica.

En 1929, au Nigeria, des femmes noires se rebellèrent en masse contre l'autorité coloniale. Dans son livre dédié aux femmes africaines, l'historienne Catherine Coquery-Vidrovitch démontre à quel point les associations de femmes étaient actives et ne reculaient devant rien pour faire avancer leurs idées.

«Dans la majorité des cas, elles l'emportèrent, au moins momentanément. Les autorités coloniales, désarmées, ne pouvaient plus recourir à la manière forte. On ne massacrait pas les femmes, cela aurait fait scandale; elles le comprirent très vite et, fortes de leur relative impunité, elles en jouèrent sans vergogne.»

Près d'un siècle plus tard, d'autres Nigériannes ont défilé à moitié nues dans les rues d'Ogun, au sud-ouest du pays. Plusieurs femmes âgées ont silloné la ville pour protester contre l'invasion constante de voyous. 

En avril 2012, en Ouganda, les femmes firent preuve de la même pugnacité. 15 activistes ougandaises avaient manifesté en soutiens-gorges pour dénoncer l'arrestation musclée d'une opposante politique très active dans le pays. Parce qu'elles sont indignées, des femmes africaines n'hésitent ni à choquer ni à défier les autorités en exhibant une partie de leur corps. N'est-ce pas l'un des principes-phares des happening organisées par le mouvement des Femen à travers le monde?

Le 24 septembre 2001, des Gambiennes sont allées plus loin en défilant entièrement nues dans les rues de Brikama, la deuxième plus grande ville du pays. Elles protestaient contre un rituel selon lequel l'opposition organise le «sacrifice» d'un chien pour des raisons électorales. Un journal local raconte cette surprenante manifestation: 

«Les habitants de Brikama sont restés bouche bée devant ces femmes en tenue d'Eve, qui sont passées en proférant des incantations contre l'opposition, jugée responsable de cette mise à mort rituelle. Les femmes nues, qui psalmodiaient en langue diola, ont demandé à Dieu de punir l'opposition pour cet acte vil. Elles ont ensuite creusé un trou, autour duquel certaines se sont assises, tandis que les autres continuaient à exprimer leur colère.»

Chaque fois ou presque, les réactions fusent. Les autorités religieuses condamnent, la police intervient et une partie de la population dénigre. En République démocratique du Congo, des policiers ont même usé d'armes à feu lors d'un cortège funèbre où défilaient sept femmes dénudées. Certaines complètement nues, d'autres en petite culotte, improvisaient des pas de danse quand le cortège fut arrêté par des agents de police congolais.

Nadéra Bouazza

 

Nadéra Bouazza

Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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