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Monarchie et opposition: une guerre sans merci

Le livre Histoire du Maroc, Réactualisation et synthèse, sous la direction de Mohamed Kably, sera bientôt dans les librairies en arabe et en français. Bonne surprise, l'ouvrage dépeint sans fard les luttes pour le pouvoir qui ont suivi l'Indépendance. Extraits en avant-première.

Il s'agit d'une somme monumentale de l'histoire du Maroc de plus de huit cents pages. Ecrite dans un style accessible et sans le jargon des spécialistes, c'est l'½uvre collective historique jamais réalisée dans le pays : plus de quarante historiens et spécialistes en sciences sociales et humaines ont mis la main à la pâte. Mais du fait que ce travail, qui a duré plusieurs années, a été réalisé dans le cadre de l'Institut royal pour la recherche sur l'histoire du Maroc (IRRHM), une partie de la communauté scientifique s'attendait à lire une histoire « domestiquée » à un degré ou à un autre. C'était compter sans la ténacité, le professionnalisme et la volonté d'indépendance de l'équipe restreinte qui a dirigé les travaux. Tout le monde ou presque l'attendait au tournant concernant l'histoire du Maroc indépendant, période récente et donc par définition épineuse : luttes violentes pour le pouvoir, tentatives de coups d'Etat, révoltes populaires et répression de l'opposition ont marqué au fer rouge la plus grande partie de l'histoire politique du pays durant la deuxième moitié du XXe siècle. Lisons donc ces pages pour constater que sur le plan des libertés académiques, quand on veut on peut.

 

La monarchie à l'assaut du pouvoir 

« En tant qu'appareils de souveraineté, l'armée et la police constituent un [...] pilier du nouvel Etat. La monarchie, avant même l'avènement de Hassan II, a tenu à les contrôler au moment même de leur mise en place. Le litige entre le Palais et le Parti de l'Istiqlal autour du titulaire du ministère de l'Intérieur, au moment de la formation des premiers gouvernements, a pour toile de fond l'enjeu du contrôle de la police et la mainmise sur les nominations des agents de l'autorité locale. Créé le 16 mai 1956, ce ministère est retiré, dès le début, au Parti de l'Istiqlal pour être confié à des hommes proches du chef de l'Etat. Quant à l'armée régulière, elle est créée le 14 mai 1956, mais la question de son contrôle ne sera définitivement résolue qu'en 1960 avec la formation du gouvernement présidé par Mohammed V lui-même. Mises sous l'autorité du prince héritier Moulay Hassan, les Forces armées royales (FAR) seront ainsi formées de troupes marocaines venant des anciennes armées coloniales. Parallèlement, l'Armée de libération (AL), fondée en 1955 dans le cadre de la lutte pour l'indépendance, entend, quant à elle, continuer le combat pour le parachèvement de la libération du territoire national, y compris notamment Ifni, Tarfaya, le Sahara mais aussi, pour certains, le pays Chenguit. De plus, cette même Armée de libération a en vue, en collaboration avec l'Armée de libération nationale (ALN) d'Algérie, de libérer l'ensemble du Maghreb. A ce propos, Mohamed Ben Abdelkarim Khattabi, à partir de son exil au Caire, use de tout son prestige pour appuyer une telle stratégie. Néanmoins, seul l'arbitrage du roi Mohammed V amène les deux parties - les FAR et l'AL - à accepter un compromis sur la base de ce principe : un seul roi, un seul Etat, une seule armée. Et c'est ainsi que 5000 hommes de l'Armée de libération rejoignent les FAR, mais des milliers d'autres rejoignent le Sud du Maroc et forment l'Armée de libération-Sud. Or, en 1960, cette armée sera dissoute et certaines des ses éléments intégreront les FAR alors que certains des ses dirigeants seront arrêtes et condamnés pour « complot ». Une fois de plus, Mohammed V ne tarde pas à intervenir pour libérer la majorité des prévenus. »

Les enjeux de pouvoir: retraditionaliser pour dominer

« Le départ de l'occupant a laissé face à face la monarchie et le Parti de l'Istiqlal, animés tous deux de prétentions hégémoniques. Parti nationaliste extrêmement populaire au lendemain de l'indépendance, l'Istiqlal s'appuie aussi sur un syndicat fort et monopolistique, en l'occurrence l'Union marocaine du travail (UMT), ainsi que sur une Armée de libération dont une importante branche, rappelons-le, refuse de déposer les armes. De son côté, la monarchie - qui est sortie grandie de la lutte pour l'indépendance et qui tient à conserver la position dominante que la départ de l'occupant lui a ménagée - ne peut s'accommoder longtemps et sans encombre d'un concurrent aussi puissant, bien que son hégémonie soit de plus en plus contestée non seulement par les forces tribales traditionnelles, mais aussi par des partenaires politiques modernes.

Après une courte période d'équilibre des forces politiques en présence (1956-1960), on assiste à un glissement, à partir de la formation d'un gouvernement présidé par le roi en mai 1960, vers un système autoritaire optant pour la retraditionalisation de ses rapports avec les autres acteurs politiques. Des années plus tard, l'instauration de l'état d'exception (7 juin 1965-31 juillet 1970), confirme cette tendance et amène le roi Hassan II à rompre avec la plupart des forces nationalistes [...].

Les années 1990 représentent un tournant important. C'est l'amorce d'une transition qui conduit à la réouverture du jeu politique avec la réintégration de l'opposition nationaliste, qu'il s'agisse de la mouvance conservatrice ou celle des réformateurs modernistes, ouvrant ainsi la voie à sa participation à la gestion des affaires après des décennies passées dans l'opposition. Cette longue période aura donc connu trois étapes : de la compétition pour le pouvoir, on passe à l'autoritarisme royal et, de là, à l'élargissement du champ politique. »

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