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Il y a moins de musulmans en France aujourd'hui qu'en 1905

«En 1905, il y avait très peu de musulmans en France, aujourd’hui il y en a entre cinq ou six millions. [...] Cet accroissement du nombre de fidèles et un certain nombre de comportements posent problème.»

Les propos controversés tenus le 4 avril 2011 par le ministre de l’Intérieur s’appuient sur des chiffres qui sont de fait, de nature à inquiéter. Mais correspondent-ils à la réalité?

La plupart des enquêtes posant directement la question de l'appartenance religieuse ont été effectuées par des organismes de sondage privés. Ainsi, TNS Sofres avançait en 2007 le chiffre de 3% de la population française, CSA donnait quant à eux le chiffre de 4% tandis que deux ans plus tard, Ifop recensait 5,8% ce qui équivalait tout au plus à 3,5 millions. La dernière étude en date, parue en octobre 2010, émane de l’Institut national des études démographiques (Ined) et de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Selon les deux organismes publics, la France compte 2,1 millions de «musulmans déclarés».

Il y a moins de musulmans aujourd'hui qu'en 1905. Un rapide calcul l’illustre: le recensement de 1906 se base sur une population française de moins de 40 millions d’habitants, dont 10% de confession musulmane, soit environ 4 millions. Le ministère de l’Intérieur avance 5 à 6 millions de musulmans sur près de 67 millions d’habitants, soit, environ 8 à 9% de la population totale. *

La loi française interdisant depuis 1872 de poser la question de la religion lors de recensements effectués par les organismes publics, il est donc statistiquement impossible d’être affirmatif sur la question du nombre de musulmans sur le territoire. Un principe réaffirmé dans la loi du 6 janvier 1978, article 8:

«Il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses…»

Le gouvernement, qui n'a pas le droit de poser la question de l'appartenance religieuse, utilise donc le biais de l'origine géographique des personnes. C'est en comptabilisant le nombre d'habitants originaires d'un pays à dominante musulmane —ou ayant des parents qui en viennent— qu'il parvient à établir ce chiffre. Les chiffres présentés régulièrement par le ministre de l'Intérieur ne correspondent à rien si ce n'est peut-être à ceux de l'immigration des pays dits musulmans.

Un amalgame malheureux et répétitif qui revient à enfermer chaque personne dans les limites parfois étroites de son pays d'origine. Or, de l'aveu même du ministère, seuls 33% de ces cinq à six millions se déclarent croyants et pratiquants. Soit 1,9 million, l'équivalent du chiffre de l'enquête Insee/Ined d'octobre 2010. A noter que les musulmans qui se définissent comme tels se divisent en trois catégories: 33% de croyants et pratiquants, 38% de croyants non-pratiquants, et 28% d’origine musulmane.

* (8 avril 2011) - Dès 1848, l’Algérie devient «territoire français», divisé en trois départements. Les chiffres avancés dans le recensement de 1906 prennent donc de fait en compte les algériens.

Lu sur Le Figaro.fr, Le Monde diplomatique