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Pour avoir tué son cousin à coups de couteau : Ibrahima Gning prend 7 ans de travaux forcés

Une banale querelle doublée d'une histoire de crise d'hystérie a accouché d'un meurtre sur la personne de Thierno Tine le 30 janvier 2008. Alors que les faits semblaient tout d'abord désigner Mor Diagne comme coupable, l'enquête et les témoignages vont démontrer la culpabilité du cousin de la victime, Ibrahima Gning qui sera condamné à sept ans de travaux forcés.

L'histoire est partie d'une redevance à payer après usage d'un parking. Thierno Tine, conducteur de calèche à temps plein et gardien de parking à certaines heures demande à Mor Diagne de s'acquitter des droits de parking. Devant le refus de ce dernier, une violente altercation survient et Thierno Tine se saisit d'une grosse pierre qu'il lui a balancée sur la nuque. C'est là que Mor Diagne s'est présenté à Ibrahima Gning pour se plaindre des agissements de Thierno Tine qui l'avait interpellé pour lui demander de payer la taxe de gardiennage de parking alors qu'il n'est ni propriétaire ni chauffeur d'un quelconque véhicule. Ibrahima Gning se rend au parking trouver son cousin. Il s'en est suivi une bagarre et la mort de ce dernier. Arrivés sur les lieux, les officiers de police judiciaire constateront le corps sans vie de Thierno Tine avec une blessure béante tout juste au niveau du c½ur d'où sortait encore du sang. Gning a tout fait pour faire porter le chapeau à Mor Diagne. Pour­tant, les déclarations de plusieurs témoins devaient corroborer une tout autre version. De l'avis de Modou Gaye, Abdoulaye Diéwo et Aly Dia, Ibrahima Gning mis au courant de l'altercation de son cousin s'en était pris à ce dernier et l'avait poignardé au niveau de la poitrine. Il a même été surpris en train de glisser l'arme sous sa ceinture avant de la retirer pour la jeter sous un tabouret et a été obligé par les témoins à mettre la victime dans un véhicule pour l'amener à l'hôpital. Finalement il reconnaît les faits, sa victime l'ayant clairement désigné à Mamadou Lamine Diagne avant de rendre l'âme. Mor Diagne, lui avait déjà été emprisonné pour une période de 3 mois avant d'être relâché, ses déclarations n'ayant fait l'objet d'aucune contradiction.

Devant la barre, Ibrahima Gning, acculé par le président du Tribunal, change de fusil d'épaule et corrige sa version de bout en bout. Pressé de dire toute la vérité sur l'affaire, Ibrahima Gning raconte avoir été le bon samaritain pour son cousin qu'il considère comme son frère qu'il a éduqué, accueilli dans la capitale et pour qui il avait même trouvé une charrette. Le témoin Aly Dia s'empêtre dans ses déclarations, multiplie les incohérences et frôle la prison. Pour l'avocat général, l'accusé a menti sur toute la ligne, ce, jusqu'à mouiller Aly Dia et Mor Diagne. Il affirme que la mauvaise volonté de Gning est manifeste. Il sollicite l'application, sans bienveillance aucune de la loi et requiert les travaux forcés à perpétuité. Pour les avocats de la défense, leur client est foncièrement bon, même s'il a eu à mentir dans cette affaire. Pour lui, la question est d'établir que Gning, en allant rejoindre son cousin, avait des envies criminelles et subsidiairement qui avait le couteau. Il a finalement été condamné à 7 ans de travaux forcés.

PROFIL - Ibrahima Gning alias Rambo : Film d'une vie

De l'acteur américain, il a copié passablement la carrure. Epaules larges, taille respectable, mâchoires carrées. Sans plus. L'homme, Sérère bon teint, à l'accent saillant, engoncé dans un boubou traditionnel vert kaki porte haut ses 52 balais. Il est le portrait robot d'un rural débarqué à la capitale aux mois de soudure. C'est l'histoire d'un ancien lutteur au talent évident qui aurait pu faire carrière sur les aires sablonneuses des arènes sénégalaises. Champion local dans son village de Mbourouwaye, son dos n'a flirté avec le sol qu'une seule fois et il a accroché au toit de sa case plusieurs drapeaux et empoché maintes fois les primes victorieuses de 15 000 francs Cfa, au soir des fêtes sportives. Ayant dû raccrocher son «Nguimb» (Pagne de lutteur) suite aux pressions familiales, Ibrahima Gning s'investit dans le créneau naturel des jeunes du village : l'élevage et l'agriculture. Rigolard et blagueur, il raconte n'avoir jamais fait les bancs de l'école française, encore moins avoir vu sécher l'encre de sa tablette dans un Daara. Le révélateur de l'enquête de personnalité dessine un homme «pacifique, peu enclin à la violence ayant cependant un penchant pour l'alcool». Après l'échec d'un premier mariage avec la femme avec qui il avait eu un enfant dans sa jeunesse, il a fait deux autres mariages où il a eu 7 enfants. Après avoir rempli son grenier de mil, il venait à Dakar pour de petits boulots avant de s'y installer comme gardien de parking. En s'affublant dans son travail d'une paire de chaussettes et d'un manteau trois quarts, il sera, pour tout le quartier Rambo.

Le Quotidien