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Cameroun : le grand bordel sénatorial

Dr Vincent Sosthène Fouda, Président du MCSD

Que celui qui comprend ce qui se passe avec les listes des sénatoriales au Cameroun lève le doigt. Non, ce n'est pas pour provoquer Aïjomamadou ! Quel casse-tête ces sénatoriales... Non plus qu'un casse-tête, nous découvrons combien nous vivons le conte de la cigale et de la fourmi de la Fontaine. La démocratie ne s'improvise pas, elle s'étudie et s'apprend ! La nuance est là et il faut pouvoir la détecter ! La démocratie ne se décrète pas, elle ne se décide pas dans un Palais présidentiel. Oui, nous vivons de grosses prises de tête et il est impossible de fixer notamment au parti des flammes. Les listes définitives des candidats déjà élus du RDPC sont connues et sont en violation des dispositions constitutionnelles et de la loi régissant l'organisation des élections sénatoriales dans notre pays. En démocratie, ça ne se fait pas ! On ne désigne pas des chefs de délégation qui viennent s'imposer à des militants et autres leaders ou barons de région. Tout comme il est dit et écrit au chapitre II de la Loi N° 2006/005 du 14 juillet 2006 que « chaque région constitue une circonscription électorale. L'élection des sénateurs a lieu au scrutin de liste, sans vote préférentiel ni panachage. »

Nous pouvons donc nous poser la question de savoir, dans un premier temps, pourquoi le RDPC est descendu sur le terrain. À quoi servent les présidents de région, les coordinateurs s'il en existe ? Vous avez dit commission d'investiture ? « Une grosse " merde" » » disent la plupart des hommes et des femmes rencontrés. C'est vraiment absurde de se dire que c'est du Cameroun que nous parlons ! Le pays de Ruben Um Nyobè qui, dès 1948, à partir d'un syndicat a réussi à mettre sur pied un parti qui fut aussitôt affilié au Rassemblement Démocratique Africain !

L'UPC a combien de listes ? Combien de factions ? Combien de tendances ? L'on a annoncé 6 partis politiques dans les starting-blocks mais, dans ses différentes éditions, Cameroon Tribune a oublié de mentionner les différentes factions de l'UPC. Le SDF dont le leader, après avoir appelé ses partisans à prendre les machettes, a finalement selon plusieurs informations qui circulent dans les réseaux sociaux, reçu une mallette de quatre-vingt-douze millions de FCFA (92' 000' 000) et la promesse de 6 sénateurs pour accepter de participer à ce qui apparaît déjà comme une élection-désignation des premiers sénateurs de l'État du Cameroun. Garga Haman Adji le président de l'ADD parle de détournement d'une valeur de 500 millions de francs Cfa de la part des partis qui acceptent de participer à cette élection tant il est clair qu'aucun n'aura la possibilité de remporter un siège dans ce que Mathias Owona nguini nomme « élection à zéro tour ».

Que les spécialistes des élections qui ont lu les 10 chapitres et les 27 articles de la Loi N° 2006/005 du 14 juillet 2006 fixant les conditions d'élection des sénateurs au Cameroun lèvent le doigt. Que ceux qui ont levé le doigt et qui ont compris ce texte et sont capables de l'expliquer seulement aux électeurs potentiels lèvent à leur tour le doigt ! Qui a compris l'article 2 ? Sur le mode de scrutin ? Le mode de répartition des sièges dans cette sacro-sainte chambre où ce n'est pas le parti qui obtient le plus de voix qui raflerait la mise car celle-ci est attribuée soit à la majorité soit à la proportionnelle sans possibilité de vote préférentiel ni panachage.

« Les régions ? »

Avant d'en parler restons dans la loi car, le 14 juillet 2006, le Chef de l'État a promulgué la loi n° 2006/004 fixant les conditions d'élection des Conseillers régionaux. Si les deux lois se suivent c'est parce qu'elles sont indissociables et que personne n'aurait pu imaginer, même dans un moment de délire, arriver aux sénatoriales avant l'élection des Conseillers régionaux. Mais voilà, nous y sommes ! La légitimité et la légalité se sont imposées à tous par l'unique force du décret du Chef de l'État. Oui, 8 chapitres et 34 articles mis à la poubelle dans l'indifférence totale !

Pour les « régions » que nous devons continuer à écrire avec des guillemets, nouvelle appellation des provinces, personne dans la répartition du nombre de sièges n'a tenu compte de la démographie par « région », du nombre de départements et d'arrondissements ! 7 sénateurs élus et 3 nommés par région. Ainsi donc le Centre a le même nombre de Sénateurs que l'Est, que le Sud etc. La loi stipule pourtant dans son article 7 du chapitre II alinéa 3 que la composition des listes doit « tenir compte des différentes composantes sociologiques de la région ». C'est vrai que nul ne sait vraiment ce que l'on entend ici par « composantes sociologiques de la Région » et je reste persuadé que sociologues et anthropologues se perdraient ici en explications épistémologiques.

Jamais veille d'élection n'a autant ressemblé à une vente aux enchères ! À l'Ouest on parle de mallettes d'argent avec des millions pris dans les poches des milliardaires du coin : Victor Fotso, Siantou et les autres. Dans le Sud ce sont les politiques qui se tirent dessus, dans le Nord ce sont les militants de l'UNDP de Bello Bouba Maïgari qui ne veulent pas figurer sur les listes même avec la caution payée !

Un pays ingouvernable ?

On a l'impression que notre pays s'achemine tranquillement mais sûrement vers une pagaille institutionnelle angoissante. Le Président de la République nommera les 30 sénateurs et tiendra le crayon en public pour les 70 autres. Il en repêchera certains, contentera d'autres mais provoquera assurément de nombreuses déceptions... Ceci nous prouve, si besoin était, que nous ne sommes plus en démocratie mais dans un véritable partage du gâteau. Difficile de dire que le Président Biya aura, au final, été celui qui a apporté la démocratie à son peuple !

Du Sénat ingouvernable au pays ingouvernable il n'y a qu'un pas que nous ne franchirons pas pour laisser au régime en place à Yaoundé le soin de prendre conscience de ses échecs, de ses trahisons, de son refus d'alternance dans un pays qui regorge pourtant de bonnes volontés, d'hommes et de femmes disponibles pour son redressement ! |Dr Vincent-Sosthène Fouda, Socio-politologue

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