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Des femmes atteintes du sida, dans un hôpital près de Cotonou, au Bénin, le 28 novembre 2007. REUTERS/Jacky Naegelen
Des femmes atteintes du sida, dans un hôpital près de Cotonou, au Bénin, le 28 novembre 2007. REUTERS/Jacky Naegelen

Sida: quel est l’impact réel du nombre de partenaires sexuels?

Une étude menée en Afrique du Sud démontre que c’est le nombre total des partenaires au cours d'une vie qui joue un rôle déterminant dans la transmission de l’infection.

S’intéresser à la prévention du sida c’est immanquablement se pencher sur les comportements sexuels. A commencer par ceux connus pour être «à haut risque» de transmission du VIH. Une étude publiée vendredi 15 juillet 2011 dans les prestigieuses colonnes de l’hebdomadaire médical britannique The Lancet met à mal certains lieux communs concernant la sexualité et les risques infectieux inhérents à la «simultanéité» des partenaires.

Loin de prôner la chasteté avant le mariage et la fidélité réciproque ensuite, elle vient néanmoins rappeler l’importance qui, en terme de prévention, doit être accordée à la réduction globale du nombre de partenaires au cours de la vie sexuelle.

Sous la direction du docteur Frank Tanser de l’université de KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, l’étude a été menée à partir des précieuses données chiffrées, démographiques et comportementales concernant de la province sud-africaine du KwaZulu-Natal et sa population rurale de 87.000 personnes.

Les chercheurs ont focalisé leurs recherches statistiques sur un groupe représentatif constitué de 2.153 hommes hétérosexuels âgés de 15 à 55 ans et sexuellement actifs, ainsi que sur les partenaires qu’ils ont pu avoir de manière simultanée («concurrent sexual partnerships») ou non.

Parallèlement, ils ont croisé les résultats obtenus avec ceux issus des données résultant des dossiers de 7.284 femmes séronégatives âgées de 15 ans et plus. Ils estiment avoir ainsi, du moins dans cette province sud-africaine, pu évaluer l’impact des différents comportements hétérosexuels sur le risque de contamination des femmes par le VIH.

Comprendre la diffusion de l’épidémie

Objectif: vérifier le bien-fondé de l’idée très répandue selon laquelle pour un homme, avoir plusieurs partenaires sexuels au cours de la même période est un facteur favorisant la diffusion de l’épidémie de sida dans les pays d’Afrique subsaharienne. C’est là une question majeure de santé publique: deux tiers des personnes séropositives vivent dans ces pays où l’on recense près de 70% des nouvelles contaminations mondiales.

Les chercheurs précisent que dans la population étudiée, 32% des hommes sexuellement actifs ont, en moyenne, plusieurs partenaires sexuels de manière simultanée. Ce nombre est en moyenne de 6, avec des écarts allant de 3 à 13. Ils ont cherché sur une période de cinq ans à mesurer l’impact potentiel de facteurs comportementaux et socioéconomiques sur la transmission du VIH dans cette population. Ils ont notamment analysé les circonstances dans lesquelles 693 femmes séronégatives ont été contaminées.

Nombre vs concomitance

Après usage des outils statistiques, les  chercheurs sont formels: c’est bel et bien le nombre absolu des partenaires femmes au cours de la vie d’un homme hétérosexuel, et non celui, relatif, de la période de «simultanéité», qui apparaît être un facteur de risque de diffusion par voie sexuelle de l’épidémie de sida. Plus précisément une augmentation, chez l’homme, du nombre de partenaires (au cours de son existence et non pas de manière simultanée) accroît le risque individuel de contamination chez les femmes vivant dans la même zone géographique.

En toute logique, les résultats de cette étude devraient conduire à des messages préventifs sans ambiguïté: lutter collectivement contre l’épidémie et se protéger individuellement de l’infection passe par une réduction globale du nombre des partenaires, et cette réduction doit concerner la totalité de la vie sexuelle, pas seulement la période où le nombre est le plus élevé.

Mais comme rien n’est simple ici, par souci de prudence les auteurs de ce travail prennent soin de souligner qu’un nombre élevé de partenaires sexuels concomitants ne peut pas être considéré comme n’ayant aucun effet accélérateur sur la dynamique de l’épidémie de sida. 

«Le moment est venu d’en finir avec le débat sur la simultanéité [des partenaires] dans le maintien d’une épidémie de VIH généralisée chez les hétérosexuels, estiment pour leur part, dans un commentaire publié par The Lancet, les professeurs Nancy S. Padian (département d’Etat américain, Bill & Melinda Gates Foundation) et Shanthi Manian (université de Californie).

Ce débat couve encore, et ce principalement en raison de failles importantes dans les éléments de preuve appuyant et réfutant l’hypothèse selon laquelle les partenaires sexuels simultanés sont le moteur de l’épidémie en Afrique subsaharienne […] On postule que la simultanéité accroît les risques de transmission du virus, plutôt que son acquisition.»

Ils qualifient également les recherches de Tanser et de ses collègues comme étant «de première importance».

«Ce travail contribue clairement au débat, estiment-ils. Pourtant, les enquêteurs admettent eux-mêmes que la simultanéité aurait pu être un moteur important de l’épidémie, lorsque celle-ci était à un stade peu avancé. Il faut en finir avec ce débat.

La simultanéité est un sous-ensemble du facteur "partenaires multiples": ils contribuent tous deux à la formation du réseau sexuel, et ils jouent donc probablement tous deux un rôle dans la propagation de l’épidémie, même si ces facteurs de risque n’ont pas les mêmes effets aux mêmes moments et dans les mêmes régions.»

Adapter la prévention

Dans un tel contexte, que penser des campagnes d’information menées en Afrique subsaharienne qui découragent la simultanéité des partenaires? Ne risque-t-elle pas de banaliser le facteur «nombre total de partenaires»? Et qu’attendre concrètement de campagnes décourageant à la fois les partenaires simultanés et les partenaires multiples au fil du temps?

«Les messages doivent être explicites quant à la nécessaire modification du comportement et doivent convenir au contexte social, concluent les auteurs du commentaire.

Des études menées au Kenya et en Tanzanie montrent qu’un grand nombre de jeunes ne comprennent pas les slogans internationaux; ceux qui font référence à la fidélité, par exemple […] Au final, l’étude de Tanser et de ses collègues souligne la nécessité de campagnes de prévention simples et sans ambiguïtés, pour décourager les partenaires multiples —qu’ils soient simultanés ou non.»

Jean-Yves Nau

 

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Jean-Yves Nau

Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».

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