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Dividende démographique : « On n'imposera pas aux femmes de limiter leur maternité »

Cheick MaBacké est un expert statisticien démographe sénégalais. Présent à Abidjan dans le cadre de la sixième réunion annuelle conjointe de la conférence des ministres de l'Economie et des Finances de l'Union africaines et de la conférence des ministres africains des finances de la planification et du développement économique de la commission économique pour l'Afrique du 21 au 26 mars 2013 à Abidjan (RCI), nous lui avons tendu notre micro pour comprendre davantage le concept de « dividende démographique ».

Que faut-il comprendre par dividende démographique ?

Le dividende démographique est un terme utilisé actuellement pour caractériser le bénéfice qui peut provenir des changements que nous observons dans la structure par âge de la population, qui, subséquemment, traduit une baisse de la fécondité, une amélioration de la santé des enfants, gage de contributions aux changements économiques. Il y a une décennie, les Nations unies et plusieurs institutions internationales ont recommandé aux différents pays de l'Afrique de prendre en compte dans leur planification de développement, les aspects de populations, de démographies.... Mais il n'y avait pas assez « d'outils » pour faire ce travail d'intégration. C'est pourquoi, nous espérons qu'au cours de cette 6e conférence annuelle, les ministres de l'Economie et des Finances prendront en considération ces efforts d'intégration de variables démographiques dans les planifications. Et qui au sortir de la rencontre, seraient à même de mettre en place des mécanismes capables de développer des outils qui permettront de mesurer la contribution du dividende démographique dans l'accroissement des économies des pays africains.

Au regard de l'engagement des experts africains, le « dividende démographique » semble être un défi à relever pour l'Afrique. Pourquoi ?

L'Afrique est le seul continent qui est encore à un niveau où le dividende démographique est naissant. Il ne s'est pas encore entièrement révélé. L'ensemble des autres continents ont fini de bénéficier de ce dividende ou encore, ils sont en plein dans sa matérialisation. C'est l'exemple des pays d'Asie comme l'Inde, et la Thaïlande. L'Afrique est toujours au stade embryonnaire parce que la fécondité est élevée.

Le dividende démographique est-il une initiative continentale ou individuelle pour chaque pays ?

Le dividende démographique est un concept assez technique. C'est la première conférence au cours de laquelle il est largement réfléchi. Tout compte fait, le facteur le plus important reste la baisse de la fécondité et la survie des enfants.

Les programmes de planifications familiales tels qu'ils se déroulent dans nos différents pays suscitent-t-ils de l'espoir pour amorcer cette transition démographique ?

En Afrique de l'Ouest, les programmes de « planning familial » n'ont pas encore eu d'effet dans les pays. En Afrique australe par exemple, le taux de fécondité est de loin le plus élevé, de même que l'utilisation de méthodes contraceptives. Elle est encore plus avancée en Afrique de l'Est. En Afrique de l'Ouest, on en est encore à une phase d'expansion du planning familial. Le taux de prévalence des contraceptifs est relativement bas, sauf au Ghana et au Togo. Nous avons beaucoup d'efforts à fournir à ce niveau. Et nous espérons qu'avec l'initiative de Ouagadougou prise en février 2011 lors de la Conférence internationale sur la population, où les pays d'Afrique subsaharienne ont décidé de travailler dans le développement du planning, la cause défendue pourra progresser un peu plus vite. Trois pays (Sénégal, Niger, Burkina Faso) ont déjà élaboré leurs plans d'actions.

Quels sont alors les avantages du dividende démographique pour les pays de l'Afrique ?

Les avantages sont nombreux. La pyramide de population dans nombre de pays africains est très jeune. Chaque corde qui vient est plus importante que la corde qui suit. Nous avons beaucoup d'enfants à supporter. On investit beaucoup de ressources dans des acteurs qui ne contribuent pas forcement au développement économique. La baisse de la fécondité reste donc une condition « sine qua non » pour l'atteinte des objectifs du dividende démographique. Nos pays gagneront plus à promouvoir le planning familial.

C'est donc dire que les femmes doivent limiter leurs maternités ?

Pas du tout ! Vous convenez avec moi que les familles aisées de nos jours sont les familles qui ont moins d'enfants. Ils ont donc accès à la santé, à l'éducation. Il faut avoir les moyens de prendre en charge les enfants. Le planning familial est un choix et on ne peut pas contraindre les gens à l'appliquer. Nos politiques ne peuvent pas imposer une limitation de naissances aux populations. Il faudra juste les informer, les sensibiliser.... à faire moins d'enfants.

Interview réalisée par Bassératou KINDO à Abidjan

Encadré :

Pour réaliser « le dividende démographique », les pays doivent faire des investissements stratégiques dans quatre domaines clés. Il s'agit d'initier le changement démographique qui consiste en un déclin rapide de la fécondité grâce à des investissements dans le planning familial, dans la santé des enfants et dans l'éducation des filles. Il faut en outre améliorer la santé des populations et mettre en ½uvre des politiques économiques et de gouvernance.

Le Faso

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