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Les Nubians en concert à Nairobi, août 2007/ AFP
Les Nubians en concert à Nairobi, août 2007/ AFP

Les Nubians, Africaines dans l’âme et Américaines de cœur

Installées aux Etats-Unis, les sœurs franco-camerounaises reviennent en France, avec un nouvel opus: Nu-Revolution.

Avec 500.000 albums vendus aux Etats-Unis, leur premier album, Princesses nubiennes (1998), les avait propulsées au rang d’icônes.

Après Charles Aznavour et Edith Piaf, les Nubians font partie des rares artistes ayant réussi à séduire le public américain dans la langue de Molière. One Step Forward (2003), leur deuxième album, n’avait pas rencontré le même success.

Les Bordelaises ont fait le choix de vivre outre-Atlantique. Célia, depuis cinq ans, et Hélène, depuis près de trois ans. Elles apprécient le pays de Barack Obama, et leur pays d’adoption le leur rend bien.

Dans chaque grand évènement organisé par la diaspora, les Nubians sont invitées. Elles sont d’ailleurs programmées au festival Essence, à la Nouvelle-Orléans, prévu en juillet 2013. Elles se produiront aux côtés d’artistes de renom tels que Maxwell, Brandy, LL Cool J, Big Daddy Kane...

La vie aux Etats-Unis

«C’est un pays où on se repose jamais sur ses lauriers, c’est pourquoi on essaye avec ma sœur de développer des choses autour de la musique et ne pas se fermer à une seule discipline», confie Hélène.

Les Etats-Unis ont rendu les sœurs encore plus exigeantes et combatives. Le quotidien des Nubians est une rythmé par des répétitions, l’écriture, des échanges avec d’autres musiciens comme avec l’artiste Bam’s dont elles soutiennent la preparation de l'album prévu à l'automne prochain.

«Depuis cinq ans, j'ai beaucoup appris et même l'éducation que j’inculque à mes enfants est différente. Ici, les enfants se responsabilisent plus vite», confie Célia.

Les Nubians se sont mobilisées lors de la dernière présidentielle américaine. «La candidature d’Obama a sensibilisé les Américains qui avaient abandonné la politique. La conscience politique est plus importante qu’il y a 10 ou 15 ans, elle est presque née de nouveau», confie Célia.

Leur troisième album, Nu-Revolution, est sorti à l’été 2011 aux Etats-Unis. L’opus de 14 titres aux influences hip-hop, soul, et africaines, a été revisité pour le marché européen, avec de nombreux titres teintés de house.

Ambitieuses, les sœurs Faussart ont créé leur entreprise, il y a dix ans, afin d’assurer leur promotion et être plus libres dans leurs choix artistiques.

Naturellement, elles passent beaucoup de temps ensemble, «On est expatriées dans la même ville, on vit à seulement trois blocs l’une de l’autre. On a réussi à recréer la proximité des villages africains et c’est très agréable», fait savoir Célia avec un sourire communicatif.

Pour autant, il n’est pas question pour elles d’être constamment l’une sur l’autre.

«On est soeurs mais pas jumelles. On a pas les mêmes adresses de sorties à New York. Il y a, certes, quelques similitudes dans nos goûts et nos lieux de predilection, mais c’est important pour nous d’avoir notre propre cercle d’amis», affirme Hélène.

Des projets en nombre

Pour l’aînée Hélène, les Etats-Unis ne sont qu’un passage avant l’Afrique. Son projet est la création d’un centre culturel à Kribi (dans le sud du Cameroun):

«Le Cameroun peut devenir le carrefour des cultures africaines, nous avons par exemple notre Jill Scott camerounaise qui s’appelle Daniel Ehogue Makedé, et ce lieu va permettre une meilleure visibilité de nos talents.»

Dans ce centre les mélomanes pourront écouter de la musique, mais aussi découvrir des artistes de toute l’Afrique et de toutes disciplines. Pour elle, l’Afrique est le futur.

Sous le pseudonyme de Blue Nefertiti, Célia, la benjamine, s'octroie le temps de chanter en solo depuis quatre ans, avec un répertoire plus jazz, plus cabaret. Son univers est «afropéen» comme elle se plaît à dire, une identité autant européenne qu’africaine.

Assise à une table sur scène, avec un verre de vin, l’audacieuse Célia interprète son répertoire tantôt en chantant, tantôt en scandant des textes telle une slameuse.

Elle offre un spectacle où son personnage est un mélange d’Edith Piaf, Joséphine Baker et Grace Jones. Hélène développe également sa patte artistique, à travers l’écriture de musique pour documentaires, pour des comédies musicales pour enfants, et pour le slam.

Depuis 2009, elle est la marraine de l’association Esprits metis, qui a pour objectif de développer et promouvoir le dialogue des des cultures, et le métissage socioculturel. Hélène vient aussi de lancer une gamme de produits cosmétiques. Elle souhaite prochainement faire travailler sur ce projet les femmes camerounaises, à travers une coopérative, pour le moment ce sont des jeunes en insertion à Brooklyn qui concoctent les produits avec elle.

L’importance des cheveux

Hélène et Célia ont longtemps cherché a dompter leur cheveux. «Quand ma tante coiffeuse m’a défrisé les cheveux, pour la première fois, sans demander la permission à ma mère, cela avait à l’époque créé quelques tensions entre elles. J’entrais dans l’adolescence et j’ai eu tout un cheminement où j’ai compris qu’il n’était pas acceptable de payer pour dénaturer mon cheveux avec des produits chimiques», confie Hélène qui a porté des dreadlocks de nombreuses années, avant de les couper pour passer à la chevelure afro. 

«Vos cheveux sont une affirmation de vous même, et porter le cheveux crépu avec beauté c’est facile», exhorte Célia. Dans leur clip Afrodance (VIDEO), les Nubians nous entraînent dans un bal chevelu haut en couleur, les personnages portent de façon décomplexée des coiffures à la fois déjantées et distinguées.

New-York a, comme Paris, la caractéristique d’être une cité où cohabitent des citadins venus du monde entier. Les Nubians y voit un second souffle, car elles ne supportaient plus le panier de crabes que représente parfois le milieu artistique parisien.

Elles sont désormais portée par l’énergie du pays qui a vu naître Martin Luther King et Malcom X. Les Nubians avancent et continuent de nous offrir, avec leur troisième album une ode à la joie, à travers une musique riche et métissée.

Ekia Badou

Les Nubians sont en concert dans la salle parisienne du New Morning, le 18 avril 2013.

Ekia Badou

Ekia Badou. Journaliste française.

Ses derniers articles: L'autisme, une réalité mal comprise des Africains  Les Nubians, Africaines dans l’âme et Américaines de cœur  Zang, ovni du théâtre français 

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