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A la recherche d'un Mali rêvé perdu, Laurent Fabius ne sait plus à quel diplomate se vouer (2/3)

« On peut d'ores et déjà s'interroger sur la maturité d'un personnel politique malien plus tenté de revenir à des pratiques traditionnelles qui ont conduit le pays à sa perte qu'animé par la volonté d'imposer enfin des réformes toujours plus nécessaires. A quoi bon s'engager dans une guerre si ceux que l'on veut protéger ne tirent aucune leçon des échecs passés pour la reconstruction de leur avenir ? ».

La question que pose Dominique Moïsi, professeur au King's College de Londres, conseiller spécial à l'IFRI, dans sa chronique hebdomadaire (Les Echos du 11 mars 2013), est celle que se posent, désormais et désormais seulement, les commentateurs.

Dommage que cette question n'ait pas été posée avant l'implication diplomatique et militaire française. Et que personne n'ait pris en compte la réalité malienne. Avant la chute d'Amadou Toumani Touré, le « général de la démocratie », il n'y avait pas foule pour « s'interroger sur la maturité » du personnel politique malien ; ni évoquer des « pratiques traditionnelles » qui auraient causé la « perte » de ce pays. Ce sont les mêmes hommes qui, aujourd'hui, assurent la transition ; et les nouveaux sont du type « capitaine Sanogo », autant dire un sous-modèle. Il y a trois mois, Paris comme un paquet de capitales d'Afrique de l'Ouest, nous ont vendu « la lutte contre le terrorisme » ; voilà qu'on nous vend aujourd'hui la « démocratie », le « dialogue », la « réconciliation »...

Il aurait fallu commencer par cela non pas hier mais avant-hier quand ATT était l'objet de toutes les attentions de la diplomatie « occidentale ». Jean-François Copé, « patron » de l'UMP, le dit sans ambages : « Tout le monde a aujourd'hui à l'esprit la sortie du conflit. C'est sur la réussite de cette phase que François Hollande sera jugé. Reconstruire le Mali, faire face aux attentats et à la guerre d'usure des terroristes : autant de défis qui s'annoncent très difficiles ». Ah bon, c'est cela le job ? Je croyais que l'armée française était intervenue pour sauver les « fesses » des institutions de la transition ; voilà la France en charge de la reconstruction/sécurisation du Mali !

Le discours politique « défaitiste » de Copé rejoint le discours militaire « défaitiste » des officiers français : l'armée malienne, « ce n'est pas une armée, c'est une brocante » affirme le colonel Bernard Héluin (Le Monde daté du 10-11 mars 2013, reportage de Nathalie Guibert) ; la MISMA manque de tout : chaussures, rations, pick-up, armes. Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, qui lutte contre ce « défaitisme » politico-militaire, réaffirme que « nos objectifs de guerre n'ont pas changé d'une virgule : bloquer l'offensive djihadiste, libérer le territoire, permettre l'application des résolutions internationales, c'est-à-dire le relais par les forces africaines et maliennes » (entretien avec Nathalie Guibert - Le Monde daté du mardi 12 mars 2013). Sauf qu'on ne peut passer le « relais » qu'à la condition que quelqu'un soit disposé à le prendre : là, le bât blesse.

Après deux mois et demi de baroud des militaires français (épaulés par les Tchadiens) et un déploiement logistique terre-air-mer remarquable*, Paris est désormais contraint d'aller (politiquement) au bout du processus (militaire) engagé, au risque de perdre les acquis du combat mené jusqu'à présent. Or l'Elysée et le Quai d'Orsay savent que dans cette affaire, ils ne pourront pas plus compter sur la classe politique malienne qu'ils n'ont pu compter sur son armée. Et que s'ils ratent cette nouvelle phase, ce sera la porte ouverte à de nouvelles « influences » en Afrique de l'Ouest.

Dans ce contexte, Laurent Fabius est à la recherche d'une équipe homogène qui ait les yeux rivés sur la réalité du Mali, par sur un Mali rêvé. Les militaires aiment à penser, comme l'affirmait le général Charles De Gaulle » : « l'intendance suivra ». Les diplomates, quant à eux, n'aiment pas être considérés comme des « intendants ». Surtout quand on leur demande de faire des miracles au pays des mirages (« La machine politique malienne est un champ de ruines : la belle vitrine de la démocratie a volé en éclats et personne ne semble savoir par où entamer la reconstruction », écrivait Tanguy Berthemet dans Le Figaro du 12 mars 2013). Il s'agit surtout, pour le Quai d'Orsay, de reprendre l'initiative sur le Mali qui a échappé, depuis le 11 janvier 2013, aux Affaires étrangères. L'agacement est visible au Quai face à l'occupation du terrain malien et... médiatique par Jean-Yves Le Drian et ses bidasses. Il transparaissait, récemment, dans les mots de Fabius (Le Parisien du dimanche 10 mars 2013) : « Cette opération [des forces armées françaises dans les Ifhogas] - m'a indiqué mon collègue et ami Le Drian - devrait pouvoir être achevée fin mars ». Une subordination qui lasse les diplomates.

Fabius a donc entrepris de remettre de l'ordre dans les rangs. Il faut faire, au Mali, avec ce que l'on a et non pas avec ce dont on rêve. Silence dans les rangs ; et je ne veux voir qu'une seule tête. Celle de Laurent Bigot est la première qui, n'étant pas dans l'axe, est tombée au titre de victime collatérale de l'affaire malienne. On se souvient de l'envolée peu diplomatique (le Mali étant, à juste titre, présenté comme « un pays corrompu jusqu'au palais présidentiel », le diplomate ajoutait que le Burkina Faso n'était pas mieux loti), devant les auditeurs de l'Institut français des relations internationales (IFRI), de celui qui était alors sous-directeur Afrique occidentale au ministère des Affaires étrangères. C'était le 2 juillet 2013 alors que Fabius avait déjà, au lendemain de son arrivée au Quai d'Orsay, le 12 octobre 2012, « zigouillé » sans ménagement Elisabeth Barbier, patronne de la DAOI, la Direction Afrique-Océan Indien, où elle était remplacée par Jean-Christophe Belliard (cf. LDD Spécial Week-End 0563/Samedi 15-dimanche 16 décembre 2012). Barbier a récupéré l'ambassade de France en Afrique du Sud ; quant à Bigot, il est sans affectation depuis le 1er mars 2013 alors que l'on évoque le nom de Laurent Viguier pour le remplacer (énarque passé par la préfectorale et le Service d'information du gouvernement - SIG - avant d'assister Jacques Toubon quand celui-ci était en charge de « l'Année de l'Afrique » en 2010 ; il a été en poste au Congo et au Kenya).

Bigot et Barbier n'avaient pas été nommés par Fabius. Ce n'est pas le cas de Jean Félix-Paganon qu'il était son représentant spécial pour le Sahel. C'était au début de l'été 2012 quand les « talibans du Sahel » avaient entrepris de déglinguer les mosquées et les mausolées musulmans (cf. LDD Spécial Week-End 0541/Samedi 30 juin-dimanche 1er juillet 2012). Le mercredi 6 février 2013, Félix-Paganon sera viré de son poste en catimini. Ce jour-là, Gilles Huberson était nommé à la tête de la mission « Mali-Sahel » (MMS), un job de pro-consul à Bamako qui, du même coup, vidait de sens la position occupée par Félix-Paganon (cf. LDD Mali 063/Mercredi 6 février 2013).

Félix-Paganon devrait être nommé ambassadeur à Dakar. Pas vraiment un limogeage, mais pas non plus une promotion pour ce diplomate d'expérience qui a été ambassadeur au Caire. Et ce n'est pas fini. Le dernier changement opéré par Fabius concerne purement et simplement l'ambassadeur de France au Mali, Christian Rouyer. Mais, une fois encore, dans cette opération, ce n'est pas le départ du titulaire qui est annoncé mais l'arrivée de son remplaçant. « Dans le cadre d'un mouvement concernant plusieurs postes africains, la nomination de Gilles Huberson comme ambassadeur a été proposée aux autorités maliennes » explique laconiquement un communiqué du Quai d'Orsay le jeudi 21 mars 2013.

* Dans son édition datée de mars 2013, le mensuel RAIDS a consacré un dossier spécial (27 pages) à l'opération « Serval » qui illustre l'ampleur du déploiement logistique qui explique l'extrême réactivité des forces françaises prépositionnées au Tchad, au Sénégal, au Gabon et en Côte d'Ivoire, sans oublier les forces spéciales du « plot d'opportunité » de Ouagadougou. Cette réactivité a permis de soutenir l'action du COS, le premier engagé sur le terrain et le premier a avoir ouvert le feu, et d'éviter de voir surgir des djihadistes, « particulièrement mobiles et furtifs », sur les arrières de l'offensive française, au milieu des convois logistiques et des « charters » de journalistes,

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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