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La médina de Tunis, janvier 2013 / REUTERS
La médina de Tunis, janvier 2013 / REUTERS

L'Algérie tremble face à la menace d'un printemps arabe

Des syndicalistes algériens venus participer au Forum social mondial de Tunis reconduits à la frontière. Sans autre forme de procès.

Les quatre-vingt-seize membres de divers syndicats et associations défendant les droits de l'homme se sont retrouvés bloqués à Tebessa, à la frontière tunisio-algérienne, alors qu’ils devaient se rendre au Forum social mondial qui se déroule à Tunis.

Rabia Abderrahim, membre du bureau national du Syndicat national autonome du personnel de l'administration publique (Snapap) témoigne:

«Nous sommes arrivés à 3h du matin à Tebessa, le passage frontalier et la douane nous a posé une série de questions. Où nous allons? Qu’est que le FSM? pourquoi nous y participons? Ils nous ont fait attendre et ont fini par dire que nos passeports n’étaient pas en règle et que nous ne pouvions pas passer.»

Il est donc parti avec la délégation vers Annaba, mais s'est retrouvé confronté aux mêmes refus.

«J’ai l’impression que les douanes se sont passé le mot. Maintenant, on nous dit qu’il faut des autorisations en tant qu’associations, des invitations et toute sorte de paperasse, prouvant que nous allons bien au FSM», déclare Rabia Abderrahim.

Panique à Alger

Selon le site d'information Algérie Focus, un autre bus qui portait cette fois, une délégation d’altermondialistes, a réussi à passer la frontière du côté de Oum Tboul mais non sans mal.  Elle a aussi été bloquée le lundi 25 mars juste après être entrée sur le sol tunisien par la Police aux frontières algérienne. Sur sa page Facebook, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme a posté le statut suivant:

«Les participants ont réussi a entrer en territoire tunisien et rejoindre le FSM, grace à la mobilisation du comité de suivi et des organsiateurs qui ont depeché des bus de Tunis pour transporter la délégation algérienne. Honte au gouvernement qui a réussi encore une fois à s’attirer les feux de la rampe, il aura droit au scoop au moment où des militants sont venus de Brésil et d’Argentine pour participer au FSM, l’Algerie s’enfonce dans son isolement et entêtement, honte au pouvoir algérien, qui continue encore a accroître la pression sur la société civile

Selon les sources sur place, la délégation a été autorisée puis de nouveau bloquée à cause de son bus qui n’avait pas l’autorisation nécessaire à certains transports pour quitter le sol algérien.

Dans le cas de la Snapap, la délégation est toujours coincée en Algérie. «C’est ce traitement inégal que nous ne comprenons pas », déclare depuis Tunis, le président de la Snapap. Il a réussi à entrer sur le territoire tunisien car il est est venu depuis la France. Sans sa délégation, il tente de mobiliser à Tunis des associations, afin de protester devant l’ambassade d’Algérie à Tunis. Les autorités algériennes ne se sont pas encore exprimées sur le sujet ni sur le blocage à la frontière tuniso-algérienne.
Pour Rabia Abderrahim, le gouvernement vise directement des syndicalistes qu’il a dans le collimateur:  
«C’est l’incompréhension total, pour moi, ils ne veulent juste pas que nous allions à l’étranger.»

Climat tendu

 Selon Yacine Zaid, un militant algérien qui a été emprisonné dans les geôles algériennes il y a peu, c’est en effet une manière d’éviter que ces ressortissants quittent le pays.  

«Ils ont une liste avec certains noms dont le mien et ils veulent nous mettre des bâtons dans les roues.»

En parallèle à cet évènement, les manifestations contre le chômage continuent en Algérie. Après celle du 14 mars, à Ouergla, dans le sud du pays, qui avait réuni plusieurs milliers de personnes, à Gardaïa et Metlili, les chômeurs sont revenus à la charge après des manifestations mi-mars, ils ont entamé un sit-in lundi 25 mars. Selon le quotiden Liberté-Algérie qui rapporte les propos de Moumen Khelil, militant de la Laddh

«Le pouvoir a peur de l’exportation ou de l’internationalisation de la mobilisation citoyenne autour du mouvement des chômeurs.»

Le Forum Social Mondial qui se déroule jusqu’au 30 mars doit accueillir près de 30 000 personnes venus de plus de 127 pays sur le thème de la « Dignité ». C’est la première fois que le Forum se tient dans un pays arabe. Des problématiques comme le chômage et les crises socio-économiques après les révoltes arabes feront partie des sujets de réflexion du Forum.
Lilia Blaise

Lilia Blaise

Journaliste à SlateAfrique

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