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Libre Tribune: France, l’identité nationale en question

Il fut un temps où le nom de la France évoquait les grands de la littérature mondiale (Honoré de Balzac, Victor Hugo), mais surtout ce nom était le symbole de la patrie berceau des droits de l'Homme.
Toutes ces belles choses ont été ternies ces dernières années par un discours politique embourbé dans les clichés concernant les immigrés en général et les Français de confession musulmane en particulier.

Suite à l'échec des politiques d'intégration successives des gouvernements de gauche comme de droite, il y a eu un repli identitaire qui a accentué le communautarisme et la violence urbaine. Or, au lieu d'apporter des solutions à ce malaise social les hommes politiques français usent de la surenchère verbale en privilégiant une politique axée sur la répression. Durant son discours du 30 juillet 2010 à Grenoble, le président Nicolas Sarkozy (à l'occasion d'un fait divers qui a failli coûter la vie à un policier) avait réduit le problème de la société française à une simple guerre contre la délinquance et la criminalité causées à ses yeux par l'immigration irrégulière et une politique d'immigration incontrôlée. Ces rhétoriques politiciennes ont eu pour conséquences une augmentation des violences envers les immigrés et la multiplication des actes racistes et islamophobes dans la société française.
En 2012, l'immigration, la viande halal, les prières de rue ont monopolisé la campagne présidentielle occultant les vrais sujets qui nécessitaient une réponse politique tels la crise économique, le problème des retraites, le vieillissement de la population, etc.
La classe politique française en se servant de la question de l'immigration pour des buts électoralistes, avec une ethnicisation du discours politique, favorise la montée de l'intolérance et accentue les crispations et les divisions de la société.

 

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En effet, selon l'Institut de sondage français IPSOS, dans une enquête intitulée « France 2013 : les nouvelles fractures » réalisée avec le Centre d'études politiques de sciences politiques (Cevipof) et la Fondation Jean-Jaurès, 74 % des Français jugent que l'islam est une religion « intolérante », qui n'est pas compatible avec les valeurs de la république. Pire encore, 8 Français sur 10 jugent que la religion musulmane cherche « à imposer son mode de fonctionnement aux autres ».
Enfin, plus de la moitié des Français pensent que les musulmans sont des intégristes. Sans minimiser la responsabilité des musulmans face à cette méfiance d'une partie de la société française à leur égard, il est nécessaire de souligner le rôle des hommes politiques qui sont à l'origine de cette fracture et cette stratification de la société française.

Le monde politique français commence à prendre conscience de la dangerosité d'une utilisation excessive de l'islam et des étrangers dans les campagnes électorales à des fins politiciennes. Ainsi, dans un rapport adressé au premier ministre Jean-Marc Ayrault sur la « refondation des politiques d'intégration » par Thierry Tuot *, ce dernier recommande un rapport apaisé à la question musulmane et au fait religieux, impliquant notamment la création de nouveaux lieux de culte, la multiplication de carrés musulmans dans les cimetières et une meilleure prise en charge des immigrés retraités essentiellement en facilitant leurs allers et retours vers les pays d'origine.

La politique de lutte pour l'intégration « a toujours été un désir ou un regret plutôt qu'une réalité » écrit Thierry Tuot car les responsables politiques « tous partis politiques confondus » ont oublié le sens du mot intégration et ont « détruit les outils de cette politique d'intégration, en coupant les crédits des établissements et des associations ».
La jeune génération de Français d'origine étrangère et/ou de confession musulmane a pris conscience, contrairement à ses aïeuls, que sa présence en France n'est plus provisoire et que la République est sa patrie et son avenir, et commence à se structurer et s'organiser en associations et en partis politiques pour mieux défendre ses intérêts, mais aussi pour un meilleur vivre ensemble.

Karim BADRI

*Ancien directeur général du Fonds d'action sociale français (1997-2000) pour les travailleurs immigrés et leurs familles (FAS)