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Cri de détresse à l'occasion de la journée mondiale de l'eau (Par Henri M. Lo)

Le 22 mars 2013, notre pays a célébré, à l'instar de la communauté internationale, la journée mondiale de l'eau.

A cette occasion, le Directeur Général de la Société nationale des eaux du Sénégal (SONES) a adressé un message qui laisse perplexe, plus d'un sénégalais. En effet, au moment où certaines populations restent des semaines sans une goutte d'eau, ce discours donne l'impression que l'on vit dans le meilleur des mondes où personne ne doute que si la plupart des OMD risquent d'être une chimère, le secteur de l'eau reste le seul où l'espoir est permis. En somme, des discours comme on sait en faire dans nos pays mais qui n'ont aucune prise sur la réalité cruelle que vivent les gens.

Ce ne sont pas les habitants de la Cité de la Paix (plus connue certainement sous le nom de Mixta) qui me contrediront, eux dont les bidons de 10 litres de Kirène recyclés, jonchent les appartements, obligés qu'ils sont quotidiennement d'aller faire la queue au stade Léoplod S. Senghor, comme les charretiers, pour trouver de quoi se laver et maintenir un minimum d'hygiène chez eux. Ils peuvent en effet, rester pendant deux semaines consécutives sans la moindre goutte d'eau et qui plus est, sans aucune communication. Pourtant au moindre retard de paiement des factures, c'est le couperet. Quel est le pays de droit où cela se passerait impunément ? Puisque M. le Directeur dit vouloir « faire de l'eau un irréductible droit de l'homme », évoquant en cela les dizaines de milliers de branchements sociaux qui sont effectués. Permettez-moi, M.

Le directeur d'attirer votre attention sur le fait que paradoxalement les branchements (en tous cas au Sénégal), ne garantissent pas l'accès effectif à l'eau. Il s'agit en réalité, de ce que j'appelle non sans ironie, les « branchements à sec ». Et je comprends bien, en ce qui concerne les OMD dans le secteur, que les autorités fanfaronnent avec leurs 80 % d'objectifs atteints. Nous n'avons tout simplement pas les mêmes indicateurs. Les populations de la communauté rurale de Yène (département de Rufisque) ont encore en mémoire les 40 jours qu'elles ont passés sans eau. Elles pensaient que les responsables de l'approvisionnement de ce bien précieux1 avaient fini de tirer les leçons de ce douloureux épisode (douloureux pour qui d'ailleurs ?) et de faire en sorte que pareille situation ne se reproduise pas. Illusion ! Voilà qu'elles viennent encore de passer une semaine sans eau ! Peut-être considère-t-on que qui peut le plus (40 jours), peut le moins (7 jours) !

Comment expliquez-vous une telle situation, MM. les directeurs de la SONES et de la SDE ? Parce que vous nous devez des explications ; surtout que vous refusez catégoriquement les nôtres quand vos factures fantaisistes ne sont pas payées en temps voulu, exerçant sans aucune possibilité de recours, votre loi du plus fort.

Et c'est pour le citoyen que je suis (avec ses devoirs mais aussi ses droits inaliénables !) une opportunité pour :
i) lancer un appel aux associations consuméristes, pour qu'elles prennent à bras le corps les véritables problèmes des citoyens quel que soit le lieu où il se trouve ; et aux citoyens de refuser la fatalité et de prendre leur destinée en main, parce que personne ne le fera à leur place. En cela, ils sont en droit, bien sûr, de réclamer le soutien indéfectible de leurs autorités (maires de communes ou d'arrondissement, présidents de communautés rurales ...). N'est-ce pas cet objectif qui est visé en rapprochant l'administration de l'administré, par le truchement de la décentralisation ?

ii) interpeller les pouvoirs publics sur les manquements de la SDE et des sociétés de « services » en général (SDE, SENLEC, SONATEL pour ne nommer que les 3 « serpents » pour qui nous travaillons, en réalité). Oui, parce que le comportement de ces « serp... », j'allais dire ces sociétés, pose éminemment un problème de gouvernance qui ne peut être un concept purement technique et manipulé par les seuls initiés.

La bonne gouvernance doit être un des leviers importants du développement humain durable (inimaginable sans eau) et comprise comme un ensemble de mécanismes capables de faire garantir dans l'espace public mais aussi privé, des principes majeurs comme la vertu, la crédibilité et la redevabilité (j'ai cité M. le ministre de la bonne gouvernance du Sénégal)2.

Les entreprises citoyennes dont on parle doivent être imbues de ces attributs essentiels et cesser de faire du citoyen celui sur qui on répercute toutes les créances impossibles à récupérer, sans se préoccuper de la qualité du service qui lui est rendu. Ce n'est qu'à cette condition, que nous ferons nôtres, les beaux discours qui nous sont servis.

Henri M. Lo,
citoyen de la Communauté rurale de Yène

1 De grâce que l'on ne nous rétorque pas que la SONES et la SDE sont deux structures différentes. Pour le sénégalais lamda, une seule chose reste constante, c'est qu'on doit lui fournir de l'eau, moyennant ; tout le reste (société de patrimoine, affermage ou autre) n'est que débat de techniciens, voire d'intellectuels et ne l'intéresse aucunement.
2 Contribution parue dans le journal « le Soleil », du mercredi 7 novembre, 2012.



Rewmi

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