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Le Sénégal renonce au nucléaire

Et si l'Afrique devenait le premier continent sans nucléaire? La plaie énergétique s’accentue au fur et à mesure des politiques et des volontés de développement, et les chefs d’Etat africains cherchent des alternatives à ce problème qui décourage les entreprises privées à s’établir durablement dans leur pays.

Au Sénégal, le président Abdoulaye Wade, qui souhaite une énergie moins chère et plus constante que celle proposée par la Société Nationale d'Electricité du Sénégal (Sénélec), avait laissé entendre en 2010 la construction d’une centrale nucléaire en mesure d’assurer une production suffisante et permettant au pays d’exporter du courant dans les sous-régions.

Wade est non seulement revenu sur son ambition nucléaire, mais il entend également étendre ses intentions écologiques à toute l’Afrique. Le président a fait part de sa décision de «proposer à l’Union africaine une résolution visant à faire de l’Afrique une zone exempte de centrales nucléaires et tournée résolument vers les énergies renouvelables et notamment le solaire».

En dehors du coût d’un tel projet (pratiquement le budget du Sénégal), le choix de l’énergie nucléaire est aujourd’hui sérieusement remis en cause par la récente catastrophe japonaise de Fukushima et les débats qui s’installent dans les pays les plus nucléarisés, la France en tête de file. De plus, la principale ressource, l’uranium, dont la demande dans le monde dépasse largement l’offre, est progressivement devenue hors de prix sur les marchés. Enfin, la question des déchets radioactifs et de la sécurité de la centrale laissent supposer un tutorat français strict qui par ailleurs alimentera les rumeurs d’ingérence de la France au Sénégal.

«Au regard des risques liés à la catastrophe nucléaire au Japon, le chef de l’Etat a indiqué que le Sénégal renonce à l’option de construction d’une centrale atomique flottante, déjà commandée auprès de la Russie», rapporte le  communiqué du Conseil des ministres du Sénégal, tenu le jeudi 31 mars 2011 à Dakar.

La question n’est pas de savoir si le Sénégal a les moyens scientifiques d’assumer un tel engagement énergétique, car le pays regorge d’hommes et de femmes capables de diriger des projets d’envergures. Le Sénégal finance la faculté des Sciences et Techniques de l’Ucad et son laboratoire de physique nucléaire, et l’Institut de Technologie nucléaire appliquée (Itna). Mais il s’agit d'observer et de se servir des leçons des pays industrialisés qui reviennent petit à petit sur le nucléaire et d’avoir le courage et l’ambition, là où tout est à entreprendre, de faire le choix des énergies renouvelables à travers le solaire ou l'éolien. 

Lu sur Afrique Avenir, Bonjour l'Afrique